Home » Afrique, Developpement, Droits de L'Homme, Headlines, Politique, Reportage d'Afrique »

MAURITANIE: Programme d’urgence critiqué et menace de disette

    By Mohamed Abderrahmane

    NOUAKCHOTT, 28 juin (IPS) – Habi Amadou Tidjane Diop, une femme de 38 ans, est assise appuyée sur son seau devant une boutique à la Medina 3, un quartier de Nouakchott, la capitale de la Mauritanie, sous un soleil de plomb, le foulard enroulé autour de la tête. Elle est venue acheter des denrées alimentaires.

    Diop qui est mère de neuf enfants, se trouvait dans une longue file, le 21 juin avec d’autres femmes, devant cette boutique de vente des produits essentiels à prix subventionnés et réduits. Mais, elle peinait à répondre aux questions à IPS, sous l’effet de la chaleur.

    Cette boutique est destinée à servir les couches les plus démunies de la population, explique le gérant, Sidi Ould Aly. Il ajoute que Nouakchott compte 400 boutiques similaires, ouvertes dans le cadre du «Programme Emel 2012» (Emel signifie espoir en arabe), mis en œuvre par le gouvernement afin d’atténuer les effets de la sécheresse qui a réduit à néant le pouvoir d’achat des populations pauvres.

    «Je suis venue assez tôt car c’est jeudi et je ferai mes achats pour couvrir également le vendredi, soit quatre kilogrammes de riz, deux kg de sucre, quatre kg de pâtes alimentaires et deux litres d’huile», indique Diop à IPS.

    Décontenancée par la faiblesse de la ration journalière vendue par ménage, et par les longues queues qui se dressent devant la boutique du quartier, Diop dit qu’après une rude journée, elle «rentre avec deux kg de riz, un litre d’huile et un kg de sucre, ce qui est insuffisant».

    Mamadou Samba Sy, 55 ans, polygame et père plusieurs enfants, est satisfait de la qualité du produit et des prix relativement réduits par rapport à ceux appliqués dans le commerce général. Mais il déplore la quantité vendue. «Quelqu’un comme moi, responsable de deux foyers avec une dizaine d’enfants en charge, peut passer une journée pour se retrouver avec un ou deux kg de nourriture», raconte-t-il avec amertume à IPS.

    Mais les critiques de Diop et Sy contre le programme Emel 2012 sont partagées et fusent de partout. Le 11 juin, la Chambre basse du parlement mauritanien a interpellé le Premier ministre, Moulaye Ould Mohamed Laghdaf, que les députés ont interrogé sur la gestion de ce programme.

    Le député de la majorité Houssein Ahmed Hady a déclaré au Premier ministre que les citoyens sont unanimes à dire que le programme n’a pas été à la hauteur de leurs attentes. Il a qualifié la gestion du programme d’urgence de chaotique.D’autres députés, de la majorité comme de l’opposition, ont également critiqué avec virulence la gestion du programme, déplorant notamment la quantité et la qualité des denrées, en particulier l’aliment de bétail, et l’emplacement des boutiques.Le Premier ministre a reconnu certaines insuffisances et promis de les résoudre.

    Le taux de pauvreté en Mauritanie a atteint 42 pour cent en 2010, selon l’Office national de la statistique.

    L’insécurité alimentaire est à un niveau sévère, selon un rapport publié par le Programme alimentaire mondial (PAM) en décembre 2011, sur le système de suivi de la sécurité alimentaire dans le pays. Le PAM évaluait à cette date à 800.000 le nombre de Mauritaniens affectés par la crise alimentaire liée à la sécheresse.

    Une analyse de l’organisation humanitaire 'Save The Children' et d’autres partenaires, publiée en février 2012, montre que 1.024.000 personnes en Mauritanie seront affectées par la crise entre juin et septembre.

    Mohamed Baro, nutritionniste au Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) à Nouakchott, indique à IPS que 13 pour cent des enfants de six à 24 mois sont victimes de malnutrition dans le pays en raison du déficit alimentaire.

    C’est pour faire face à cette situation que le gouvernement avait élaboré le programme Emel pour un montant de 112 millions d’euros, dont 50 pour cent sur le budget de l’Etat et le reste venant des contributions des partenaires et pays amis. Le programme, qui avait démarré fin-janvier 2012, comprenait des volets de denrées alimentaires, d’aliments de bétail, de santé animale et d’hydraulique pastorale.

    Dressant le bilan du programme, le Premier ministre Laghdaf a déclaré aux députés: «Au cours de ces quatre derniers mois, 150.000 tonnes de produits, dont 50.000 tonnes de denrées alimentaires et 100.000 tonnes d’aliments de bétail, ont été distribuées aux 1.235 boutiques du programme» réparties dans le pays.

    Le député de l’opposition, Moustapaha Ould Bedredine affirme à IPS que «le programme a débuté avec sept mois de retard, la quantité distribuée est insignifiante et la gestion est entachée d’irrégularités à tous les niveaux».

    Bedredine accuse même le régime d’utiliser les produits du programme pour acheter le soutien des populations, au moment où l’élevage est en train de mourir.

    De son côté, Khalil Ould Khairi, président de l’Association mauritanienne pour la défense du consommateur, dénonce la qualité de certaines variétés de tourteaux destinées à alimenter le bétail. «Il s’agit d’un produit nauséabond dont la consommation complique la digestion des camélidés et des bovins qui périssent rapidement», explique-t-il à IPS.

    Hacen Ould Taleb, président du groupement des coopératives agro-sylvio-pastorales, affirme que le programme Emel n’a pas profité aux petits éleveurs. «Seuls les grands éleveurs et les commerçants de blé ont bénéficié de l’opération», dit-il à IPS, se plaignant aussi de la mauvaise qualité du produit et du fait qu’il est inadapté aux petits ruminants.

    Pour sa part, le Parti des forces démocratiques de l’opposant Ahmed ould Daddah met le régime en garde contre une catastrophe pouvant éliminer le cheptel. «Une solution urgente et efficace doit être trouvée…pour éviter le pire», a-t-il averti.

    comment closed

    Tag Cloud

    Africa Centrale Asia/Pacifico Culture, Religion, Sport East Africa Education Energy Global Affairs Orient Peace and conflict Population, Refugies Science, Technologie Southern Africa Spécial Culture,Religion et Genre Travail West Africa