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MEDIAS-CHINE: La Chine limite la diffusion des programmes de divertissement étrangers

    PEKIN, 01 mars (IPS) – Le gouvernement chinois a récemment annoncé que les programmes étrangers regardés par des millions de téléspectateurs seront dorénavant enregistrés durant les heures de "pointe d’audience" (prime time). Le mois dernier, un an après que les programmes du genre « voyages dans le temps » ont été encouragés, le nombre de programmes de divertissement en prime time a été réduit de 75 %.

    Dernier signe en date d’une répression croissante du divertissement en Chine, l’instance de régulation de la diffusion télévisuelle a déclaré que les séries étrangères à caractère « vulgaire », principalement en provenance d’Asie, seront interdites entre 19 et 22 heures.

    Cette nouvelle législation a pour objectif d’encourager l’industrie télévisuelle chinoise en contraignant l’audience à se détourner de la concurrence asiatique pour regarder des émissions locales. Beaucoup considèrent cette décision comme une mesure visant à améliorer les résultats d’audience de la chaîne étatique China Central Television (CCTV), réputée pour ses journaux du soir et ses fictions obsolètes.

    Cet éventail de réglementations paralysantes a été ardemment contesté, en octobre dernier, alors que l’observateur de l’industrie télévisuelle, le State Administration of Radio, Film and Television (SARFT) annonçait la limitation des programmes de divertissement de grande audience qu’un officiel a qualifiés de véritable « poison » pour les citoyens.

    À la fin de 2011, les trente quatre chaînes chinoises par satellite avaient réduit le nombre de programmes de divertissement (principalement des adaptations des programmes américains à succès tels que American Idol et Top Gear) de 126 à 38 durant les heures de grande écoute, soit une diminution de 69 %.

    L’interdiction prenait officiellement effet le 1er janvier 2012. En lieu et place des compétitions de chant et des émissions de rencontres qui florissaient sur les chaînes de télévision provinciales chinoises, la SARFT a établi que chaque chaîne devrait diffuser de manière hebdomadaire des programmes « conforme à l’éthique ». Les télé-crochets seront limités au nombre de 10 par an dans tout le pays.

    « La SARFT ne veut pas que la télévision provinciale représente une menace pour l’influence nationale de la chaîne CCTV. Ils ont donc arrêté beaucoup de programmes », a déclaré le Dr Grace Leung, spécialiste de la régulation télévisuelle en visite à l’université de Tsighua de Pékin.

    Selon les dernières réglementations rendues publiques, toutes les séries étrangères, provenant principalement de Hong Kong, de Taïwan, de Thaïlande et de Corée du Sud, devront dorénavant être approuvées par l’État. « Les séries contenant des scènes vulgaires et violentes ne devraient pas être importées. Les chaînes qui ne respecteront pas la nouvelle législation se verront infliger de lourdes sanctions », a souligné le China Daily.

    Selon le journal étatique, les réglementations aideront à créer un « environnement favorable pour les séries produites par des entreprises chinoises ». La propagande reste l’objectif principal de la SARFT qui est régie par le joug communiste. Placer les principes du parti au-delà du profit et de la compétitivité de l’industrie télévisuelle reste d’une importance capitale.

    « Avec plus de 96 % de la population totale qui regardent la télévision, le petit écran est toujours l’instrument de propagande le plus efficace. Un des principaux objectifs de la SARFT est le contrôle idéologique », a expliqué le Dr Leung.

    « Il existe une inquiétude bien réelle : les chaînes par satellite remplissent-elles bien une fonction d’éducation de l’audience plutôt que de fournir du simple divertissement ? Le profit n’est pas la préoccupation principale de la SARFT », a-t-elle continué.

    Les programmes qui ont particulièrement ressenti le poids de la matraque étatique l’année dernière sont ceux du genre très populaire du « voyage dans le temps » dans lesquels les personnages remontent le temps jusqu’à différentes dynasties.

    En septembre, la SARFT a suspendu le programme Super Girl, une adaptation de Pop Idol. Lors de ses pics d’audience, cette émission atteignait les 400 millions de messages. Ensuite, les victimes ont inclus l’émission de rencontres If You Are The One qui, bien que toujours diffusée, a coupé court aux propos les plus grivois pour les remplacer par des messages moralisateurs d’une maladresse certaine.

    « Le cycle de resserrement et de relâchement n’est pas chose nouvelle en Chine », a déclaré Ying Zhu, auteur d’un livre intitulé « Two Billion Eyes : The Story of China Central Television ». « Il est clair que ce durcissement ne peut pas durer longtemps étant donné qu’il y a de grosses sommes d’argent en jeu. Le vrai conflit se situe entre la tradition culturelle chinoise régie par la morale et les exigences du système de marché dicté par le profit ».

    Les nouvelles réglementations, cependant, pourraient avoir un effet contraire au but escompté. Le nombre d’internautes chinois dépasse aujourd’hui les 500 millions et beaucoup de personnes éteignent leur téléviseur pour trouver du divertissement sur leur téléphone portable ou leur ordinateur portable, où la censure est moins envahissante et sur lesquels l’État a moins de prise.

    « Seules des personnes comme ma belle-mère pourraient regarder des programmes à la télévision et, même elle, est passée à Internet », a affirmé Raymond Zhou, 49 ans, journaliste à Pékin et critique social. « Ces réglementations vont éloigner de plus en plus de jeunes de la télévision puisque de toute façon ils avaient déjà tendance à s’en détourner. On va leur donner l’impulsion supplémentaire, ils pourront ainsi éteindre leur téléviseur le cœur léger. »

    (FIN/IPS/2012)

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