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MIGRATION-FRANCE: Après la torture, être sans abri est une chance

    TOULON, 06 octobre (IPS) – Lorsque Saoul décida de prendre le risque de quitter sa Tchétchénie natale pour la France, il ne pouvait pas imaginer combien les problèmes d’obtention d’une protection allaient se succéder une fois arrivé.

    Le danger de partir était grand, mais celui de rester peut-être plus grand encore. Le frère de Saoul était un combattant actif durant la première guerre opposant la Tchétchénie à la Russie, avant d’être emprisonné. Saoul (dont le nom a été changé) ne tarda pas à le suivre en prison, mais une rançon lui permit d’en sortir pour un temps. Il fut capturé à nouveau quelques mois plus tard et ne sortit qu’à condition de rapporter des noms d’autres activistes tchétchènes rapidement.

    De ces deux séjours en prison, où il fut torturé régulièrement, Saoul porte toujours de lourdes blessures et notamment des troubles cognitifs et de la mémoire.

    Laissant derrière lui un frère en prison et un autre mort, Saoul quitta la Tchétchénie illégalement avec sa famille en 2007. Il parvint à atteindre la France, un pays qui s'autoproclame être le champion des droits de l’Homme.

    Mais une fois arrivé en France, Saoul entra dans un vrai labyrinthe. Et encore, il fait partie des plus chanceux. Il trouva une place en CADA (Centre d’Accueil de Demandeurs d’Asile, géré par l’association France Terre d’Asile) dans le sud de la France. Beaucoup ne sont pas aussi chanceux, ils errent d’un service à un autre pendant des mois.

    Le nombre de demandeurs d’asile en France cherchant une telle place se monta à 52.762 personnes en 2010, selon le dernier rapport de l’Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides (OFPRA).

    Le Dispositif National d’Accueil (DNA) est en mesure de pourvoir moins de la moitié de ces personnes, à travers les divers types d’hébergement d’urgence et les centres d’accueil. Ces derniers favorisent les familles, autant dire qu’une personne isolée est plus que susceptible de vivre dans la rue.

    « Il est difficile de mettre en adéquation l’offre et la demande dans ce domaine, » explique le directeur de la communication d’OFPRA à l'agence IPS.

    « Par essence on ne peut pas prévoir la demande d’asile »

    Les demandeurs d’asile arrivant dans le port de Toulon doivent en premier lieu se rendre à Nice, à 150 km de là, pour s’assurer du « droit au séjour » en France, un prérequis de la demande l’asile dans la plupart des cas.

    Dans l’intervalle, nombreuses sont les personnes qui n’ont pas d’endroit où dormir, pas d’argent, aucun moyen de nourrir leur famille et qui ne reçoivent pas d’aide dans leur lutte face aux traumatismes hérités de leur passé. Seulement certains bénéficient d’une aide financière.

    La directrice du CADA de Toulon, Virginie Morizot, expliqua à IPS que l’Allocation Temporaire d’Attente (ATA) ne s’élève qu’à 10,83 euros par jour. Et alors que les demandeurs d’asile se démènent pour remplir de multiples formulaires en français qui pourraient leur octroyer le statut de réfugié, de nouvelles coupes dans le budget des CADA vont avoir pour résultat que plus « personne ne sera payé ni autorisé à (aider à) remplir les demandes d’asile ».

    Le gouvernement annonça en juillet que près de 400 postes vont être supprimés dès janvier prochain, sur un total de 2.000 personnes actuellement travaillant dans le secteur social de l’aide aux réfugiés.

    Morizot, qui est également la Responsable départementale de France Terre d’Asile Var, insiste sur l’importance des organisations caritatives, telles que le Secours Catholique, membre du réseau mondial Caritas, ou l’association soutenue par l’Eglise Sichem, qui permettent de pallier un maximum ce déficit d’assistance.

    Saoul n'a pas pu dans un premier temps acquérir le statut de réfugié car la difficulté de compréhension de la langue française, et surtout ses troubles cognitifs, l’empêchèrent de saisir correctement les questions de l’inspecteur d’OFPRA. Par conséquent, il ne pouvait pas y répondre habilement. Mais suivant les conseils reçus en CADA, il fit appel de la décision auprès de la Cour Nationale du Droit d’Asile (CNDA) et réussit finalement à obtenir le statut de réfugié, il y a deux mois pour sa famille et lui-même. Il est désormais suivi psychologiquement et est très fier de ses enfants qui sont parvenus à s’épanouir – à l’école aussi bien que dans le sport, son fils ayant participé au championnat de France de lutte.

    Pourtant, « la majorité des décisions prises par la CNDA confirme la décision prise par l’OFPRA », précise le directeur de la communication d’OFPRA. Soit un refus d’octroi du statut de réfugié puisque les deux organes prennent leur décision en s’appuyant sur les mêmes documents légaux : à savoir principalement la Convention de Genève relative au statut de réfugié dont le 60è anniversaire a été célébré fin juillet dernier.

    Néanmoins, les difficultés ne disparaissent pas après que le demandeur d’asile ait obtenu le statut de réfugié. Un réfugié peut rester dix ans en France, bénéficiant des mêmes droits civiques que les citoyens français excepté le droit de vote. Mais l’aide financière est progressivement supprimée et la place en CADA doit être libérée au plus tard six mois après l’obtention du statut de réfugié.

    Morizot indique que l’un de leurs employés est spécialisé dans la recherche d’un logement et d’un emploi pour le réfugié. D’autres organisations ont leur propre programme spécifique, suivant notamment des objectifs européens.

    Forum-réfugiés, fondé en 1982 et partiellement subventionné par l’Etat, travaille activement à faciliter l’accès à l’emploi et l’hébergement pour les réfugiés. Engagé dans le projet européen Equal en 2002, Forum-réfugiés a mis en place le programme Accelair qui permet à environ 300 réfugiés d’accéder au logement par an.

    Bien que le directeur de Forum-réfugiés Jean-François Ploquin admet que ces nombres paraissent faibles, il fait remarquer que le programme est pour l’instant centré sur la région de Lyon. Et dans cette région, « on est actuellement en mesure d’aider à l’intégration des réfugiés par l’emploi et par le logement dans des délais très rapides ».

    (FIN/IPS/2011)

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