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MIGRATION-SUISSE: Les sans-papiers en Suisse créent leur propre école

    ZURICH, 13 octobre (IPS) – La Suisse est un pays difficile pour les demandeurs d'asile et les migrants sans-papiers. Mais à Zurich, ils ont déjà mené une longue bataille contre les autorités et aujourd'hui ils ont même réussi à mettre sur pied leur propre école de langue allemande.

    La Suisse compte entre 100.000 et 200.000 sans-papiers. A cause d’une politique sévère, les demandes d'asile sont de plus en plus refusés et les séjours temporaires sont révoqués au motif que le pays d’origine est à nouveau sûr pour organiser le retour du migrant.

    La nouvelle loi suisse sur l'asile, entrée en vigueur l'an dernier, laisse pourtant la porte entrouverte. Celui qui vit depuis au moins cinq ans sur le territoire helvétique et est "très bien intégré" obtient un titre de séjour. Mais les autorités cantonales de Zurich rendent la situation des requérants plus difficile en exigeant notamment une bonne connaissance de la langue allemande pour accorder ce droit de séjour.

    Les sans-papiers n’ont ni la possibilité, ni les moyens de suivre des cours de langue. L'année dernière, quelques sans-papiers ont donc décidé d'organiser leurs propres cours de langue. Le projet a commencé avec 30 personnes, aujourd'hui ils sont déjà 150 étudiants sans-papiers à assister aux cours. Les cours sont donnés par des professeurs sans-papiers ou des bénévoles suisses.

    Nouvelle demande Berhanu Tesfaye est l'un de ces étudiants. Il est né en Ethiopie en 2000 et a fui son pays vers la Suisse où sa demande d'asile a été rejetée à deux reprises. Même avec la nouvelle loi, il n’a pas eu de chance. "Ma demande a été refusée parce que mon allemand n'était pas assez bon. C'est pourquoi j’ai décidé de venir suivre des cours à l'école". Il a réussi l'examen et grâce au certificat obtenu, il compte introduire une nouvelle demande auprès des autorités.

    Il regrette que certains étudiants ne puissent pas suivre les trois jours de cours par semaine parce qu’ils habitent trop loin. "Nous avons collecté de l'argent pour les frais de voyage, mais cela ne suffit pas", explique l'étudiant.

    Chèque-repas Les sans-papiers reçoivent entre 60 et 70 francs suisses (40 à 46 euros) du gouvernement suisse s’ils acceptent de s’inscrire au registre. Cet argent n'est pas versé en espèces, mais à travers des chèques-repas de chez Migros, la plus grande chaîne de supermarchés dans le pays.

    Etant donné que les migrants n’arrivaient pas à vivre avec ce petit montant, ils ont commencé, il y a plus d’un an, à mettre sur pied un nouveau système avec l’aide des sympathisants. Une fois par semaine, ils se réunissent à Zurich où ils vendent leurs coupons contre de l’argent en espèces. De cette façon, ils peuvent librement dépenser leur revenu limité en achetant, par exemple, des billets de train.

    Berhanu Tesfaye trouve étrange que la classe politique suisse exige des étrangers qu’ils s’intègrent sans leur donner une chance de pouvoir le faire. "L'intégration se compose de plusieurs aspects, tels que l'accès à l'éducation, un emploi et un logement décent. Mais nous n’avons pas la chance d'aller à l'école, nous ne pouvons pas travailler et nous vivons dans des abris clôturés qui se trouvent souvent loin des villes et des villages", conclut-il.

    Les autorités zurichoises sont au courant de l'existence de cette école. Hans Hollenstein, directeur de la sécurité cantonale, admet que l'école est une bonne chose car "elle permet aux migrants un peu d'intégration temporaire. Nous pouvons tolérer cela mais j'aimerais ajouter que ces personnes sont en séjour illégal et ils doivent quitter le pays dès que possible".

    Contrairement à certains pays européens comme l'Italie ou l'Espagne qui ont régulariser des milliers de sans-papiers, le gouvernement suisse refuse de considérer l'éventualité d'une régularisation générale des personnes résidant depuis plusieurs années illégalement sur son territoire.

    (FIN/IPS/2009)

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