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MIGRATIONS-ITALIE: La gestion à Lampedusa s'humanise mais la priorité reste inchangée

    LAMPEDUSA, 22 juin (IPS) – Les réfugiés originaires des pays d'Afrique du Nord continuent de débarquer massivement sur l'île italienne de Lampedusa, l'une des principales portes d'entrée vers l'Union européenne. Contrairement à il y a quelques mois, les réfugiés ne sont plus laissés à leur sort. Mais l’Italie défend toujours l’idée de fermer rapidement cette voix d’accès à l’Europe.

    En début de matinée, un bateau policier de la Guardia di Finanza escorte un navire de pêche vers le port militaire fermé de Lampedusa. Dix-neuf migrants tunisiens se trouvent à bord, dont six femmes et un enfant ainsi qu’un mouton. Ils sont ensuite transférés vers l'un des deux centres d’accueil tandis que le mouton restera sur le port.

    Généralement, on retrouve peu de Tunisiens parmi les migrants qui débarquent quotidiennement sur le sol italien. Ce sont surtout les Africains noirs fuyant la guerre en Libye qui remplissent la majorité des convois. Samedi dernier, 1.500 migrants ont débarqué à bord de sept navires marchands. « Nous travaillons sans arrêt de 2 heures du matin à 4 heures de l’après-midi », précise Ennio Ciuffi, le coordinateur de la Croix-Rouge présent sur le site du centre d’accueil.

    Afflux de Tunisiens
    La procédure d'accueil pour les nouveaux migrants a enregistré un progrès significatif depuis début mars lorsque 12.000 Tunisiens ont débarqué en quelques jours sur la petite île volcanique peuplée seulement de 6.000 d'habitants. Aujourd'hui, tous les migrants passent immédiatement un examen médical auprès des professionnels de la Croix-Rouge et de Médecins Sans Frontières. Une petite armée d'ONG s’active afin de s'assurer que tous ceux qui en font la demande puissent bénéficier de la protection du statut de réfugié.

    Les demandeurs d'asile sont d’abord envoyés vers les deux abris temporaires de l’île puis transférés par bateau vers les centres situés sur le sol continental italien. Les Tunisiens sont systématiquement considérés comme des « migrants économiques » et rapatriés via la Sicile par le ministère italien de l'Intérieur. Ceci est le résultat d'un accord entre l'Italie et le gouvernement de transition au pouvoir en Tunisie. Le système ressemble un peu au traitement automatisé qui contraste avec la réponse inhumaine des autorités italiennes en début d’année face à l'afflux des Tunisiens.

    Berlusconi et La Ligue du Nord
    L'attitude bornée du gouvernement Berlusconi avait à l’époque fait d’une crise humanitaire une catastrophe humaine. Pendant plus de deux semaines, des milliers de Tunisiens dormaient sur des pentes rocheuses ou dans la rue.

    Berlusconi et son partenaire de coalition, La Ligue du Nord (Lega Norte) n'avaient guère quelque chose face à la crainte européenne d’être confrontée à un «exode biblique» des immigrés africains du Nord.

    A présent, les autorités italiennes font du bon travail à Lampedusa. Chaque jour, des hélicoptères s'envolent, des bateaux de la Guardia di Finanza effectuent des opérations de secours ou viennent en aide aux bateaux de migrants pour les aider à rejoindre le port.

    Tous les réfugiés qui ont embarqué pour la traversée n’ont pas pu rejoindre en vie les côtes italiennes. Selon l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) depuis mars dernier, 1.500 migrants ont perdu la vie. C'était la deuxième période la plus meurtrière dans l'histoire des portes d’accès en méditerranée à l’Europe.

    Certains bateaux ont été chargés de telle sorte que tout mouvement brusque risquait de faire basculer le navire. Il y a deux mois, la Garde côtière a pu sauver 53 personnes tombées d'un navire qui avait chaviré, explique le capitaine Antonio Morana. Ses services ont vu une vingtaine de corps qu’ils n’ont pu être repêchés à cause des intempéries.

    Rôle de la Libye
    Le flux de migrants sur l'île de Lampedusa est en partie la conséquence de la rupture d’un traité d'amitié datant de 2009 entre l'Italie et la Libye.

    En vertu de cet accord, les autorités italiennes et maltaises pouvaient renvoyer les migrants vers les eaux territoriales libyennes où les réfugiés étaient ensuite arrêtés par les forces de sécurité du colonel Kadhafi.

    « 75 % des personnes qui atteignent Lampedusa en provenance de Libye sont des demandeurs d'asile. La moitié d'entre eux avaient besoin d'une forme de protection », explique Barbara Molinario du HCR sur l'île de Lampedusa. « En concluant un tel accord avec la Lybie, le gouvernement italien fermait la principale route d’asile vers l'Europe. »
    Ni l'Italie, ni l'Europe n’est heureuse du renouveau de l'afflux de réfugiés. Le HCR a exhorté l'OTAN à mieux guider et soutenir les bateaux de migrants en provenance de Libye, mais la semaine dernière le ministre italien de l'Intérieur, Roberto Maroni, a demandé à l'OTAN de refouler les bateaux de migrants en provenance de Libye. A cause de cela, ils risquent de rester en zone de guerre.

    Angelina Jolie
    Il ya quelques jours, le ministre italien des Affaires étrangères Franco Frattini a signé à Naples un nouvel accord avec le Conseil national de transition libyen. Ainsi, les successeurs et opposant à Kadhafi veulent jouer un rôle similaire pour le contrôle des frontières européennes.

    Dimanche dernier, le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, Antonio Guterres a pu se rendre sur l’île en compagnie de l’ambassadrice de bonne volonté et actrice américaine Angelina Jolie. Ils ont appelé l'Italie et l'Europe à faire preuve de solidarité envers les réfugiés qui débarquent à Lampedusa.

    Gutteres qualifie l’arrivée de 40.000 migrants à Lampedusa de « goutte d’eau dans l'océan » pour l'Europe. Mais la conclusion de l’accord avec les rebelles libyens montrer une fois encore que le plus important pour le gouvernement italien – comme pour beaucoup d'autres pays européens – reste de fermer la « route de l'asile » vers Lampedusa.

    (FIN/IPS/2011)
    Photo : Les réfugiés arrivent à Lampedusa. © Illaria Vechi / IPS

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