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MIGRATIONS: Les réfugiés rwandais à Brazzaville insensibles aux appels de retour

    By Arsène Séverin

    BRAZZAVILLE, 26 juil (IPS) – Huguette Mukasonga, 47 ans, réfugiée rwandaise au Congo, travaille comme journalière pour débroussailler la parcelle d’un Congolais à Kintele, un faubourg situé à 25 kilomètres au nord de Brazzaville, la capitale. Elle ne songe pas à retourner au Rwanda.

    "Pour aller faire quoi? Je suis mieux ici, je vis de ce travail depuis une quinzaine d’années et je m’en sors bien", déclare-t-elle à IPS, la houe à l’épaule.

    Nettoyer un terrain revient à environ 20 dollars, mais cette femme peut travailler sur trois parcelles dont elle entretient les plantes qu'on y met, pour gagner 60 dollars dans un mois.

    Marceline Musinga, une autre réfugiée, la cinquantaine, fagot de bois sur la tête, affirme avec assurance: "Je suis chez moi ici, le Rwanda, je n'y songe plus".

    Trois semaines après la cessation de leur statut, le 30 juin 2013, les réfugiés rwandais au Congo se montrent insensibles à tous les appels de retour au pays. Ayant fui le génocide de 1994 qui a fait plus de 800.000 morts, quelque 12.000 réfugiés rwandais étaient arrivés en 1996 au Congo-Brazzaville, selon le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et le gouvernement congolais.

    Dix-sept ans après, les autorités rwandaises lancent un appel au retour. En 2010, le président rwandais Paul Kagamé est venu le leur demander à Brazzaville, suivi en 2011 par son ancien ministre en charge des réfugiés Marcel Gatsinzi, et en juin 2013, par la nouvelle ministre, Séraphine Mukantabana.

    Les réfugiés sont hébergés dans des camps dont les plus importants sont Kintele (sud du Congo), Loukolela, Impfondo, Bétou, et Dongou, (nord), mais d’autres vivent en petit nombre au sein de la population dans trois localités du nord: Owando, Ewo et Ouesso, dont les effectifs ne sont pas publiés par le HCR et le gouvernement.

    Depuis le 30 juin, ces réfugiés ont désormais le choix entre l'intégration au Congo, l'exemption (la prolongation du statut de réfugié), et le retour volontaire dans leur pays. Mais, le gouvernement rwandais affirme que toutes les conditions sont réunies pour le retour.

    La ministre rwandaise Mukantabana avait, elle-même, été réfugiée à Brazzaville avant de retourner au Rwanda où elle a été nommée au gouvernement cette année. D'autres réfugiés qui ont vécu à Brazzaville, occupent des fonctions dans l'administration rwandaise. Mais, tout cela ne rassure pas les réfugiés.

    En 1996, le camp de Kintele accueillait quelque 4.400 réfugiés. En 2013, ils ne sont plus que 800, y compris les femmes congolaises épousées par des Rwandais. Mais, la différence des réfugiés (environ 3.600) n’est pas retournée au Rwanda; elle s’est établie à Brazzaville et environs où elle exerce des activités commerciales.

    Aloïs Bayingana, 54 ans, responsable du camp de Kintele et président de tous les réfugiés rwandais au Congo, indique à IPS que jusqu'au 15 juillet, quelque 3.300 réfugiés avaient déposé leurs demandes d'exemption au Comité national pour l'assistance des réfugiés, un organe officiel.

    Pour des raisons politiques et sécuritaires, ces réfugiés veulent que leur statut soit prolongé au Congo. "Nous avons été pourchassés par les autorités actuelles du Rwanda, donc nous ne pouvons pas aller nous livrer encore", souligne Jonas Namujimbo, réfugié à Brazzaville.

    Dominique Mushoko, un autre réfugié déclare à IPS: "La situation politique du Rwanda ne nous rassure pas avec tous ces opposants en prison comme Victoire Ingabire (leader d’un parti de l’opposition)".

    Le bureau du HCR à Brazzaville indique qu'à ce jour, aucun départ n'a été organisé vers le Rwanda.

    Certains réfugiés préfèrent prendre la nationalité congolaise et ont commencé la procédure depuis 2012. Juvénal Turatsinze, chef de quelque 2.000 réfugiés rwandais à Loukolela, a introduit sa demande de naturalisation. La procédure exige d'importants frais administratifs pouvant atteindre 1.000 dollars, dit-il à IPS.

    Selon Turantsinze, 130 demandes de nationalité ont été déposées aussi entre 2012 et 2013 à l'administration de Loukolela. "Cinquante d'entre nous se sont physiquement déjà présentés devant les autorités, et 14 ont pu payer tous leurs frais administratifs", explique Turatsinze, ajoutant: "Nous attendons la suite avec sérénité".

    "Ces mêmes gens (au Rwanda) qui nous ont massacrés jusqu'à la porte du Congo, veulent encore de nous aujourd’hui? Il y a de quoi s'inquiéter", demande-t-il.

    L'intégration locale attire très peu les réfugiés rwandais. Selon leurs représentants, à peine trois demandes ont été enregistrées à ce jour pour cette option. Ce serait dû aux frais de séjour, 212 dollars, à payer chaque année au service de l’immigration pour obtenir la carte de résident. Et il faut aussi avoir l’équivalant d’un billet d'avion Congo-Rwanda (665 dollars) comme une caution à présenter à l'ambassade du Rwanda à Brazzaville pour obtenir un passeport rwandais.

    "Tout cela (ces conditions) nous rapproche trop du Rwanda, nous n’en voulons pas", réagit un réfugié candidat à l'exemption.

    De leur côté, les étudiants réfugiés estiment que ce retour au pays va perturber leurs études. "Au Rwanda, les études, c’est désormais en anglais, nous aurons de difficultés pour nous adapter là-bas", s’inquiète Patrick Matabaro, un étudiant en sciences économiques de l'Université Marien Ngouabi de Brazzaville.

    Eric Ndayishimye, président de l’Association des étudiants rwandais au Congo, déclare à IPS: "Je ne veux pas être perturbé dans mes études, car je passe ma thèse de doctorat en médecine en octobre 2014 à Brazzaville. Si je retourne, qui s’occupera de mes études? Je n'ai plus de parents là-bas".

    Emilienne Raoul, ministre congolais en charge des réfugiés, assure que "les réfugiés qui optent pour l'exemption et l'intégration vont continuer à bénéficier de la protection du gouvernement tel que nous l'avons fait jusque-là".

    Pour évaluer la cessation du statut des réfugiés rwandais, le Congo, le Rwanda et le HCR se rencontreront en août prochain à Kigali, au Rwanda.

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