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MINORITES-CHINE: Kadeer : "Le gouvernement chinois veut me faire taire"

    TOKYO, 04 novembre (IPS) – Rebiya Kadeer est parfois appelée le Dalaï-lama des Ouïgours. Lors d'une récente visite dans les universités japonaises, la correspondante d’IPS s’est entretenue avec elle. "Je veux que les milliers de détenus politiques dans les prisons du Xinjiang soient remis en liberté et qu’une fin soit mise à la politique de torture qui vise à assassiner les Ouïghours", a déclaré Rebiya Kadeer.

     Après des affrontements sanglants en juillet dernier à Urumqi, capitale de la région du Xinjiang en Chine, Rebiya Kadeer s’est retrouvée au centre de la polémique car le gouvernement chinois l’a accusé d'avoir provoqué ces émeutes.

    Ces violents incidents faisaient suite à un autre incident un mois auparavant lorsqu’un conflit a éclaté entre des Ouïghours et des Chinois Han qui travaillaient dans une usine de jouets dans la province de Guangdong en Chine méridionale. Les Chinois Han représentent l'ethnie majoritaire en Chine.

    En 1953, 75 % de la population Xinjiang appartenait à l’ethnie ouïghoure Ce pourcentage a chuté à 45 % après que des Chinois Han ont été déplacés dans la province. Urumqi est maintenant peuplé à 70 % par des Hans, ce qui provoque beaucoup de ressentiments négatifs sur les Ouïghours qui vivent dans cette capitale provinciale.

    Rebiya Kadeer, Présidente du Congrès mondial des Ouïghours (CMU), nie être l'instigatrice des émeutes ayant coûté la vie à deux cents personnes. La CMU est une fédération qui regroupe plusieurs mouvements en exil dont la revendication principale vise à défendre les intérêts des Ouïgours dans et en dehors de leur patrie d’origine, soit la région autonome du Xinjiang en Chine. La région est riche en ressources naturelles et d'une importance stratégique pour Pékin.

    Composé d’environ 11 millions d’âmes, la population ouïghoure est essentiellement musulmane et est systématiquement réprimée par le gouvernement chinois. Rebiya Kadeer (62 ans) a passé six ans en prison pour avoir critiqué le gouvernement chinois et ses politiques dans le Xinjiang.

    En 2005, elle a été remise en liberté sous la pression de l'administration Bush et a déménagé en Virginie aux Etats-Unis. Entretien :
    Qu’avez-vous pu faire pour votre peuple?
    Rebiya Kadeer: "Je leur ai donné de l'optimisme et des encouragements. Mon peuple est constamment préoccupé par la politique ethnique chinoise. Les Ouïghours ont été tués et de nombreuses personnes ont peur d’être expulsées de leur pays. Nous avons besoin d'une voix et ma voix est celle du pays. Je voyage dans le monde pour expliquer nos problèmes au monde entier."
    Comment pouvez-vous faire entendre votre voix si les Ouïgours ne peuvent vous joindre par téléphone ou par internet?
    R.K. : "Il n'y a pas de contact international par téléphone ou via internet.

    Plus de 1.500 sites ont été fermés et les personnes en charge de ces sites ont été arrêtées. Ce que j'ai à dire, ils peuvent l’entendre en écoutant Radio Free Asia. Certaines personnes à Shanghai et à Beijing font également passer des messages au Xinjiang."

    Que voulez-vous réaliser dans les prochaines années pour les Ouïgours? R.K. : "Je veux que les milliers de détenus politiques dans les prisons du Xinjiang soient remis en liberté et qu’une fin soit mise à la politique de torture qui vise à assassiner les Ouïghours. Les groupes chinois attaquent sans raison les Ouïghours et ils font que cela cesse. Les femmes ouïghoures doivent également pouvoir retourner au Xinjiang. La Chine a déplacé plus de 300.000 jeunes filles et femmes âgées entre 14 et 25 ans afin de les assimiler à la société chinoise. Certaines filles devaient travailler dans les usines et les plus belles filles dans des hôtels et des bars. Le gouvernement chinois précise qu’il a voulu offrir des opportunités économiques à ces filles mais ce n’était pas son but. Elles n'ont aucune liberté et ne peuvent entretenir aucun contact avec leurs familles. Elles reçoivent le soutien du gouvernement si elles veulent se marier en Chine.

    Peut-être que la raison des émeutes de juillet 2009 est à chercher dans cette politique."
    Le gouvernement chinois prétend que vous avez des liens avec des terroristes. Est-ce pour cela que vous n’avez pas obtenu un visa pour Taiwan?
    R.K. : "Pas tous les Taïwanais, mais certaines personnes au sein du gouvernement taïwanais qui ont des liens avec le gouvernement chinois ont fait pression sur cette question. Les Chinois prétendent effectivement que je suis une terroriste, je n’ai jamais eu de liens avec le terrorisme et je suis contre tous les groupes terroristes."

    Pourquoi disent-ils que vous êtes une terroriste?
    R.K. : "Parce que les gens m'écoutent et parce que je dis la vérité sur ce qui se passe dans mon pays. Le gouvernement chinois veut me faire taire et tente d’influencer d'autres pays en prétendant que je suis une terroriste.

    Je suis musulmane, il est donc facile de lancer cette accusation contre moi pour m’empêcher de m’exprimer. Ils disent aussi que les Ouïghours sont des terroristes. Il y a plus de dix mille personnes qui sont emprisonnés sur base des accusations de terrorisme."
    Vous avez utilisé votre fortune personnelle pour créer des programmes d'éducation et d'emploi pour les Ouïghours, comme ce projet qui aide les femmes à créer leur propre entreprise. Que sont devenus ces projets maintenant que vous vivez en exil?
    R.K. : "Le gouvernement chinois a mis un terme à ces programmes. Nos enfants ne peuvent pas étudier et trouvent difficilement du travail. J'espère que le Président Obama parlera des problèmes en Chine." Etes-vous inquiète pour votre sécurité? Au Japon, vous êtes entourée par un important service de sécurité.

    R.K. "Oui, je suis préoccupée. Je ne me sens pas en sécurité. En Amérique, j'ai été victime d’un accident de voiture."
    Suggérez-vous que la Chine était derrière cet accident ?
    R.K. : "C’est possible. J'ai toujours des problèmes avec les Chinois. Je ne suis pas un ennemi du peuple chinois ou du gouvernement chinois. Je demande au gouvernement chinois que les Ouïgours puissent avoir l'occasion de vivre en paix."
    (FIN/IPS/2009)

    Photo : Rebiya Kadeer (Copyright: Catherine Makino / IPS)

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