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MINORITES-CULTURE: Premier musée Rom dans les Balkans

    BELGRADE, 29 octobre (IPS) – La région des Balkans a, depuis le début de ce mois, son musée rom. Le musée de Belgrade raconte l'histoire d'une des communautés les plus discriminées dans la région : les Roms.

    L’objectif du musée est de combattre les préjugés profondément enracinés au sujet des Roms, également appelés Tsiganes, selon Dragoljub Ackovic, directeur du nouveau musée. Il y a cinquante ans, il a eu l'idée de rassembler tous les articles écrits sur les Roms arrivés il y a des siècles dans la région. Tout cela l’a conduit à créer un musée sur cette communauté.

    Le petit musée à Belgrade, au rez-de-chaussée d'un immeuble d’une petite rue animée, a ouvert avec l'exposition "Le monde des Roms". Il y a des centaines documents à voir dont le plus ancien document écrit à propos des Roms datant de 1537 et qui a été publié en Angleterre, ainsi qu’une copie du premier livre sur les Roms paru en 1803 en Serbie. Ce livre, intitulé «Tsiganes», contient des histoires traditionnelles et des contes de fées typiques de cette communauté nomade.

    Trois cents autres livres en langue rom peuvent être également lus électroniquement. Les Roms ont plusieurs dialectes, dont le Vlax Romani (parlé par environ 1,5 million de personnes), le Balkan, les Carpates et le Sinti (parlé par seulement quelques centaines de milliers de personnes).

    Une analyse des dialectes a montré que des similitudes avec des langues parlées en Inde. Ces affinités linguistiques suggèrent que les Roms ont des racines indiennes.

    Un des livres qui peut être consulté par voie électronique est un ouvrage peu connu de l’auteur rom Gina Ranicic qui a vécu pendant le milieu du XIXe siècle. La collection contient également un dictionnaire unique allemand-
    serbe-rom qui a été compilé par les Roms pendant la Seconde Guerre mondiale alors qu’ils étaient emprisonnés dans des camps près de Belgrade ainsi que huit copies de traductions de la Bible en langue rom.

    Haines ethniques
    Un panneau sur le mur montre la route traversée par les Roms avant d’arriver dans les Balkans. La première présence détectée date de 1322, il s’agit d’un groupe de cirque qui débarque en Serbie en passant par la Grèce. La plupart des Roms sont arrivés pendant l'occupation turque des Balkans à la fin du 14e et au début du 15e siècle. De vieux documents turcs en Serbie montrent que la plupart des grandes villes au XVIe siècle comptaient des quartiers « mahalas » Rom. Les habitants de ces quartiers étaient pour la plupart « des forgerons, des chanteurs et des danseurs ».

    «L'histoire est une chose, la vie moderne en est une autre », a déclaré le maire de Belgrade, Dragan Djilas (42 ans) lors de l’inauguration du musée.

    "Il ne fait aucun doute que les Roms ont apporté une contribution majeure à la culture de Belgrade. Mais durant les dernières décennies, les choses ont changé. Il est maintenant commun d’entendre quelqu'un dire qu’il ne veut pas envoyer ses enfants à l’école en compagnie d’enfants roms. A l'époque où j'étais jeune, c'était impensable », précise le maire.

    Les guerres dans les Balkans au cours des vingt dernières années ont alimenté le nationalisme, la haine ethnique et les comportements négatifs envers les Roms. Partout dans les pays de l'ex-Yougoslavie, on retrouve des enfants roms placés dans des écoles spéciales, alors qu'ils sont parfaitement sains. La raison invoquée par les autorités locales pour appliquer cette politique ségrégationniste se limite généralement au fait que ces enfants ne parlent pas suffisamment la langue locale du pays et ont donc besoin de temps pour s'habituer à un cursus ordinaire.

    Bidonvilles
    On ne sait pas exactement combien de Roms vivent dans les États ex-
    yougoslaves de Bosnie, de Croatie et de Serbie. Pour la Serbie, leur nombre est estimé entre 105.000 et 600.000 personnes. Au début des années nonante, la Bosnie aurait compté environ 50.000 Roms. Depuis 1991, les chiffres n’ont plus été mis à jour. En Croatie, cette communauté est estimée entre 30.000 et 40.000 Roms mais lors d’un recensement datant de 2001, le chiffre maximum ne dépassait pas 9463 âmes.

    «Les Roms sont réticents à parler de leur appartenance ethnique", explique Ackovic. «Ils préfèrent déclarer qu’ils appartiennent à la principale ethnie locale dans l'espoir d’être facilement intégrés dans la population. Par ailleurs, ils sont généralement analphabètes et n'ont pas de papiers d'identité valables, de sorte qu'ils ne sont pas correctement pris en compte lors des recensements ».

    Le musée donne également un aperçu des recherches récentes sur la situation des Roms. Cette recherche ne comporte aucun tableau idyllique. Les chiffres de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) montrent que 70 % de 50.000 Roms en Bosnie ont été déplacés pendant la guerre de 1992 à 1995. 60 % des Roms en Bosnie contemporaine sont analphabètes et 90 % n'ont pas d'assurance santé. 70 % bénéficient d'un avantage social (13,50 euros par mois) et 80 % n'ont aucune instruction.

    En Serbie, les Roms vivent souvent dans des bidonvilles autour des grandes villes. L'espérance de vie des femmes est de 45 ans et pour les hommes 56 ans. Plus de 70 % des Roms de Serbie sont analphabètes et de 0,4 % ont terminé des études d'enseignement universitaire.

    (FIN/IPS/2009)

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