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MOZAMBIQUE: Gratte-ciels et Land Rovers dans l’un des pays les plus pauvres

    By Thembi Mutch

    MAPUTO, 1 juil (IPS) – Des bars et restaurants de style européen, portant des noms sophistiqués comme Café Continental, Nautilus, 1908 et Mundos, sont alignés le long des rues du centre de Maputo, la capitale du Mozambique.

    Et les maisons d'habitation et appartements dans la capitale de ce pays d'Afrique australe constituent un tableau ahurissant et déconcertant des icônes modernistes 'Art Deco' des années 1960, mélangés avec de nouveaux gratte-ciels.

    Un peu plus loin, dans le nouvel aéroport, construit par les Chinois à Maputo, qui a été achevé en février 2013, des lotions après-rasage sont vendues à 230 dollars, et des bouteilles Dom Pérignon, un champagne millésimé, coûtent 320 dollars.

    Cela fait littéralement trois mois de salaire pour le travailleur moyen, qui gagne 3.000 metacals (100 dollars) par mois.

    Faustus Cavelelo est un chauffeur de tuk tuk qui a travaillé comme garde du corps privé pour des investisseurs internationaux et comme videur. Il économise désormais pour subvenir aux besoins de sa jeune famille.

    "Les gros investisseurs ont besoin de gardes du corps, parce que, oui, ils sont si riches et les gens voleront leurs biens. Mais pour le reste d'entre nous, il n'y a aucun risque. Pour moi, il est difficile de gagner de l'argent – les gens sont jaloux et égoïstes, et ne s'entraident pas. Je suis déterminé à améliorer ma situation. Je travaille 10 heures par jour, tous les jours, juste pour faire face au stress, à l'incertitude".

    Il n’existe aucun chiffre sur la disparité de la richesse dans le pays. Le Mozambique est un désordre de contradictions statistiques. Il a l'un des taux les plus élevés de croissance du produit intérieur brut (PIB) réel au monde, 7,5 pour cent. Pourtant, il est 185ème sur 187 pays selon l'Indice 2013 des Nations Unies sur le développement humain réalisé par le Programme des Nations Unies pour le développement. Il est l'un des pays les plus pauvres au monde, avec plus de 55 pour cent de ses 23,9 millions d’habitants vivant officiellement en dessous du seuil de pauvreté.

    Dans le centre de Maputo, les dernières Toyota Pradas, Hiluxs et Land Rover sont conduites sur les avenues Julius Nyerere, Ho Chi Minh et Kim Il Sung. Ces anciens dirigeants socialistes pourraient être en train de se retourner dans leurs tombes à cause des disparités de richesse que l’on rencontre dans le pays.

    Mais qui sont ces nouveaux super-riches?Une variété de réponses se dégagent: Ce sont des ministres; ce sont des amis et proches du Front de libération du Mozambique (FRELIMO), le parti au pouvoir; ce sont des gens qui travaillent avec et pour l’ONU; et une petite poignée d’investisseurs dans le pétrole et le gaz ainsi que des commerçants associés.

    Les hôtels internationaux de Maputo sont réservés à 95 pour cent de leur capacité dans la semaine avec des gens d'affaires qui convergent vers ici de par le monde: Australie, Etats-Unis, Emirats Arabes Unis, Norvège, Brésil et Chine. La plupart sont ici pour le pétrole et le gaz naturel du pays – en 2011 le Mozambique a découvert des gisements de gaz en mer.

    "C’est certainement un moment de boom pour l'économie mozambicaine", déclare à IPS, Markus Weimer, un analyste principal à 'Control Risks', un cabinet-conseil mondial indépendant en matière de risques basé à Londres et à Maputo.

    "Le pays évolue fortement dans un contexte mondial morose, et les taux de croissance du PIB devraient être élevés (au-dessus de sept pour cent) pour les années à venir. La question est de savoir si une forte croissance du PIB peut satisfaire les attentes suscitées chez une grande partie de la population jeune et croissante du Mozambique".

    Feling Capella, un journaliste et poète, fait l’écho de ses sentiments.

    "Il y a un fossé qui se creuse ici: entre jeunes et vieux, entre riches et pauvres. Nous sommes la nouvelle génération, née dans la guerre. Nous sommes instruits, nous voulons des emplois, mais nous ne pouvons pas les obtenir. Nous vivons dans des régions où les routes sont épouvantables et il n'y a pas d'éclairage public, aucun système d'égout", dit-il à IPS.

    La guerre civile au Mozambique a commencé en 1977 et a pris fin 15 ans plus tard en 1992. Mais la corruption est devenue un problème majeur dans le pays.

    Sébastien Marlier, un analyste à 'Economist Intelligence Unit' qui suit les développements au Mozambique, a été cité dans le journal 'Economist' comme ayant déclaré: "La corruption est devenue une préoccupation majeure au Mozambique. Une petite élite, associée avec le parti au pouvoir et des intérêts commerciaux puissants, domine l'économie".

    La directrice de la Ligue des droits de l'Homme au Mozambique et lauréate nationale du Prix international des femmes courageuses du ministère des Affaires étrangères des Etats-Unis pour l'année 2010, Dr Alice Mabota, est sincère au sujet de la corruption.

    "Les gens sont très en colère au sujet de la corruption. Ils veulent que les décisions correctes soient prises par des gens corrects. Le FRELIMO sait qu'ils ont un problème. J'espère que la prochaine génération sera en mesure de résoudre ces problèmes. S'il vous plaît, j'implore nos citoyens, allez-y, n'attendez pas une autre personne pour opérer un changement, que cette personne soit vous-même", explique-t-elle à IPS.

    Mais les classes moyennes constituent quelque chose d'autre qui manque de toute évidence à Maputo. Les dentistes et les médecins ici ne possèdent pas de nouvelles voitures et leurs lunettes solaires ne sont pas des marques internationales telles que Gucci ou Prada.

    Des analystes estiment que le Mozambique est une illustration flagrante de ce que l’effet "de dégoulinement" du capitalisme de développement ne marche pas.

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