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MOZAMBIQUE: Les jeunes négligent les personnes âgées

    By Jinty Jackson

    MAPUTO, 22 sep (IPS) – Carolina Poalo creuse la terre sèche à plusieurs reprises avec sa houe, son corps frêle plié presque en deux. Elle est déterminée à commencer la plantation. Durant la longue saison sèche au Mozambique, elle et ses deux petits-enfants n’ont mangé que quelques feuilles de manioc.

    Dans un pays où l’espérance de vie moyenne est de 50 ans, cette femme de 65 ans est considérée comme très vielle, mais ses années d’or ne sont pas de tout repos. La vie est plutôt une lutte constante pour les nombreuses personnes âgées vivant à la périphérie semi-rurale de la capitale, Maputo.La violence et les mauvais traitements infligés aux personnes âgées – allant du viol à la maltraitance psychologique en passant par la négligence – sont à la hausse, affirment les autorités. Cette situation est souvent liée aux accusations de sorcellerie, bien qu’aucune statistique officielle n’existe sur le phénomène. Les auteurs sont souvent des membres de la famille.

    La sœur de Carolina Paolo, Amelia Paolo, a fui sa maison quand ses fils l’ont accusée de sorcellerie. “Ils m’ont jetée dehors, me traitant de sorcière”, dit-elle à IPS. “Je n’ai survécu que grâce à mon lopin de terre”.C’était un peu difficile de savoir comment elle a accédé à la terre où elle vit maintenant, mais elle a un lopin de terre à côté de celui de sa sœur à Bilalwane, à la périphérie de Maputo.”Je ne bénéficie d’aucune aide de la part de mes enfants. Parfois, elles se débarrassent de leurs enfants ici quand elles tombent enceintes”, déclare Caroline Paolo à IPS au sujet de ses deux filles.Ces femmes survivent en gagnant de l’argent supplémentaire quand elles le peuvent, travaillant dans des champs à proximité. Les cinq dollars par mois d’allocation de l’Etat aux personnes âgées, le plus bas en Afrique australe, suffisent pour leur permettre d’acheter un sac d’un kilogramme de sel.

    N’ayant pas accès à l’eau courante, cet argent est également utile lorsqu’il s’agit de s’approvisionner au niveau d’un robinet à proximité – un baril d’eau leur coûte trois cents.Le bureau de la protection sociale du Mozambique est notoirement corrompu et inefficace. Seulement une personne sur trois interrogées par IPS a déclaré avoir reçu cette allocation bien que toutes les trois aient fait la demande.Avec son corps ratatiné et ses yeux qui s’enflent avec des cataractes, Maria Chambale, 70 ans, admet qu’elle craint ce qui pourrait arriver quand elle ne pourra plus travailler.

    “Je dois continuer à me battre”, dit-elle en haussant les épaules. “Que puis-je faire d’autre?”.Elle, comme les autres personnes âgées au Mozambique, travaille sur son propre lopin de terre pour cultiver des légumes afin de se nourrir. Elle accepte aussi de “petits travaux” ou des emplois diurnes dans des champs à proximité appartenant à des voisins plus riches qui possèdent des terres mais ne disposent pas de temps pour les exploiter.Malgré le rythme passionnant de la croissance économique du Mozambique – la Banque mondiale espère que l’économie augmentera de 7,5 pour cent en 2012 – peu d’avantages atteignent les pauvres, dont la plupart sont des personnes âgées.”Environ 68 pour cent des personnes âgées vivent en dessous du seuil de pauvreté au Mozambique”, indique Janet Duffield, le directeur de l’organisation humanitaire ‘HelpAge International’ dans ce pays.Pour les personnes âgées dans la ville, qui ne peuvent pas cultiver des vivres pour se nourrir, les conditions sont encore pires.

    Armando Mattheus, 60 ans, figure parmi les nombreuses personnes âgées qui se retrouvent en train de mendier dans les rues de la capitale, incapables de faire face à la cherté de la vie. “Avant, je pouvais acheter quelque chose avec le peu que j’avais, mais aujourd’hui, je ne peux rien acheter”, déclare Mattheus, qui passe ses journées devant un restaurant populaire de Maputo, quémandant des cadeaux auprès des touristes.C’est une situation que, selon des experts, le gouvernement mozambicain doit corriger d’urgence. Quelque 80 pour cent des gens avancent bien vers un âge avancé au Mozambique – l’un des taux les plus élevés au monde.

    “La population du Mozambique travaille jusqu’à sa mort parce qu’il n’y a pas d’alternatives”, explique le directeur de l’Institut des études sociales et économiques du Mozambique, António Francisco.Avec la moitié de sa population de 23 millions d’habitants ayant moins de 18 ans, le Mozambique est souvent considéré comme un pays de jeunes. Ceux qui peuvent se souvenir de la guerre civile dévastatrice qui a pris fin il y a deux décennies, sont maintenant minoritaires.Les gisements de gaz naturel et de charbon nouvellement découverts promettent des richesses incalculables pour quelques personnes chanceuses et renforceront bientôt ce qui est déjà l’une des économies les plus croissantes au monde.Les personnes âgées représentent une fraction infime de la population – seulement cinq pour cent. Cependant, au moment où un enfant né aujourd’hui aura 60 ans, ce nombre sera presque trois fois plus élevé, selon les recherches de Francisco. Cela représente, dit-il, une transformation démographique sans précédent dans l’histoire du Mozambique.Les pays voisins – Afrique du Sud, Swaziland, Botswana, Namibie et Lesotho – consacrent tous entre 0,3 et deux pour cent du produit intérieur brut aux allocations pour les personnes âgées. Comme le Mozambique, ils ont une population jeune, mais une telle approche peut porter ses fruits.

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