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MOZAMBIQUE: Vendre des fourneaux à éthanol pour générer de crédits carbone

    By Jinty Jackson

    MAPUTO, 7 juin (IPS) – Sur une route non goudronnée dans la province de Sofala, au Mozambique, une longue file d’hommes sur bicyclettes s’étend à perte de vue, chacun transportant un sac de charbon extrêmement gros attaché sur son vélo.

    Le voyage vers la ville dure deux jours, du lieu où ils ou leurs familles coupent les arbres et mettent les bûches dans des trous couverts de sable pour être brûlées, pour produire du charbon.

    C’est un spectacle familier dans un pays où 80 pour cent de la population dépend du charbon pour faire la cuisine.

    Chaque année, le voyage des vendeurs de charbon devient plus long puisque les gens du coin et des sociétés étrangères d’exploitation forestière abattent les forêts indigènes, la source de charbon dans cette nation d’Afrique australe.

    Toutefois, rompre la dépendance du pays du combustible "sale" constitue le but d’un projet lucratif appelé Cleanstar qui a commencé à vendre des fourneaux fonctionnant à l’éthanol à Maputo, la capitale, au début de cette année. L’éthanol est fabriqué à partir du manioc, qui se cultive dans presque toutes les arrière-cours dans le pays.

    "Intéressant. L’éthanol qu’ils utilisent provident du manioc, un produit qui se cultive beaucoup ici. C’est bon", affirme Milton Bilale, un potentiel client curieux et conducteur de taxi à Maputo.Avec l’augmentation brusque du prix du charbon dans beaucoup de marchés en plein air à Maputo, Cleanstar compte sur sa capacité à accaparer une bonne partie du marché local de combustible en offrant une alternative propre à un coût pas plus élevé.

    Les partisans du projet, notamment le géant danois de la biotechnique, Novozymes (dont les enzymes transforment le manioc en éthanol), croient que si cela réussit ici, il peut être reproduit dans bon nombre de pays d’Afrique orientale et australe où les prix du charbon grimpent et où une population croissante de pauvres citadins est préparée à dépenser ses revenus disponibles sur des produits de consommation "de prestige".

    "Nous voulons démontrer que vous pouvez utiliser cette technologie, que vous pouvez travailler avec le bas de la pyramide et que vous pouvez gagner de l’argent", explique Steen Riisgaard, le président de Novozymes.

    Jusqu’à présent, la réponse est assez enthousiaste.

    "Nous l’aimons très bien. Vous ne salissez pas la casserole parce que vous ne souillez pas les mains. C’est rapide. Vous obtenez la nourriture rapidement", déclare Rosa Lina Manhiça, une grand-mère qui vit dans le quartier de Mavalane, à Maputo, où le produit est en train d’être expérimenté.

    Conçu par l’entreprise suédoise Dometic, le fourneau a été utilisé premièrement à une large échelle dans des camps de réfugiés en Ethiopie. Sa base stable fait qu’il est difficile pour les enfants de le renverser. Le combustible à l’intérieur ne se déversera pas, et le fourneau ne produira pas non plus de la fumée noire qui provoque l’asthme comme le font les feux de charbon. Il n’y a donc pas de risque à préparer avec à l’intérieur de la maison. La fumée est blanche et facile à nettoyer, c’est un pas plus proche d’une plaque chauffante électrique.

    "Beaucoup de femmes travaillent en ville et voient les gens utiliser des fourneaux électriques", indique Thelma Venishand, la directrice commerciale de Cleanstar, qui affirme que les fourneaux sont devenus quelque chose de marque de prestige. "Vous pourriez généralement voir cela au salon, pas à la cuisine", explique-t-elle."Les gens aiment ces fourneaux. Nous ne souffrons plus de maux de tête à cause de la fumée. Mais le problème, c’est le prix", souligne Maria Douça, une autre ménagère à Mavalane.Déjà fortement subventionné, le coût de 30 dollars est néanmoins l’équivalent du salaire d’une semaine dans ce quartier à faible revenu.

    Dometic devra pouvoir suivre l’utilisation des fourneaux sur le temps afin que les agents d’audit puissent vérifier la quantité de charbon remplacé – un préalable pour générer de crédits carbone.

    Ces crédits carbone seront vendus sur les marchés internationaux de commerce de carbone aux industries pollueuses qui veulent compenser leurs émissions de gaz à effet de serre.

    La 'Bank of America Merrill Lynch' (Banque d’Amérique Merrill Lynch) a accordé un prêt de quatre millions de dollars pour le projet avec l’espoir de pouvoir commercialiser le carbone qu’il génère, dès que le projet obtiendra l’approbation des Nations Unies.

    "En nous fondant sur le fait que nous remplaçons le charbon, que nous savons qu’il existe un énorme avantage en carbone même avec un seul fourneau de cuisine, notre attente est que cela va donner les types de volumes qui sont très intéressants pour nous", déclare le directeur mondial des marchés de carbone de la banque, Abyd Karmali.

    Jusqu’à récemment, les investisseurs du marché de carbone préféraient les initiatives à grande échelle en Chine et en Inde qui généraient d’importants résultats avec un risque faible. Ce qui a changé, c’est que l’Union européenne a décidé de restreindre, à partir de l’année prochaine, les nouveaux crédits carbone acceptés par son Programme de commercialisation des émissions – le plus grand marché de commerce de carbone au monde.

    Seuls de nouveaux crédits provenant des pays les moins avancés seront éligibles. Subitement, des investisseurs commencent à montrer un certain intérêt pour des projets comme Cleanstar.

    Le Mozambique est l’une des 10 économies à croissance plus rapide au monde et de récentes grandes découvertes de charbon et de gaz l’ont rendu de plus en plus attrayant comme une destination pour des investissements.

    "Il n’y a aucune raison qu’il ne soit pas une destination pour le carbone également", ajoute Karmali.

    De vastes réserves de charbon dans l'est du pays sont à l'origine du rythme frénétique de la croissance économique. Des sociétés minières étrangères ont commencé à exporter du charbon vers l'Inde et la Chine où il sera utilisé pour fabriquer de l'acier, alimentant un développement industriel rapide et contribuant davantage au réchauffement climatique.

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