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MOZAMBIQUE: Vivre dans l’ombre d’un Etat secret

    By Thembi Mutch

    MAPUTO, 24 juil (IPS) – Dans le centre de Maputo, les murs sont couverts du journal local, Verdade, et une gamme de personnes, jeunes et vieux, hommes et femmes, le lisent. Verdade, qui signifie vérité en portugais, est un hebdomadaire gratuit qui est collé sur les murs des bâtiments de la capitale du Mozambique.

    Il est l'un des journaux les plus innovants, imaginatifs et très lus au Mozambique, selon ses éditeurs. En plus de la version papier de 32 pages du journal, Verdade a un site web, un site d’informations dédié aux téléphones portables, et une présence sur les sites des réseaux sociaux Twitter et Facebook.

    Toutes ses nouvelles proviennent de la communauté, et les gens vérifient et corrigent les informations en ligne. Il n'existe a pas de chiffres officiels sur le nombre de personnes qui ont accès à Internet au Mozambique, mais on estime qu'un pour cent de la population est connecté.

    Verdade utilise également des téléphones portables. Les reporters citoyens, y compris des chauffeurs de taxi et des boutiquiers à travers cette nation d'Afrique australe, envoient des messages textes sur les informations dans leurs localités au bureau de Verdade, à Maputo.

    Ce journalisme citoyen est considéré comme essentiel pour le succès de Verdade. Il y a quatre ans encore, le journal d'Etat Noticias dominait les médias mozambicains. Les informations étaient un peu plus que de la propagande. Mais avec les élections régionales au Mozambique prévues pour novembre, et les élections générales pour 2014, un coup de projecteur a été mis sur la question de l'accès à l'information.

    "C’est vraiment les premières élections dans lesquelles nous couvrons ce qui se passe dans le pays. Avant, en 2008, nous venions juste de commencer. Nous avons seulement fait des reportages sur les résultats définitifs. Mais maintenant, après cinq ans, les médias sont un outil pour la transformation et le développement du pays. Ces élections constituent l'une des premières étapes", a déclaré à IPS, Adérito Caldeira, le rédacteur en chef de Verdade.

    L'une des tâches de l'équipe de Verdade sera d'assurer que les bureaux de vote sont ouverts, que les gens savent comment les utiliser, et que les données électorales sont relayées de manière fiable.

    Mais aussi, pour que les élections soient efficaces, les gens doivent être conscients des problèmes et de ce pour quoi ils votent.

    Le Mozambique fait plus de 800.000 kilomètres carrés, presque deux fois la taille du Zimbabwe voisin, et cela fait que c’est un vrai défi de diffuser les informations.

    A cela s'ajoute le fait que 60 pour cent des Mozambicains sont analphabètes, et que seulement 10 pour cent des presque 24 millions d’habitants du pays ont accès à l'électricité, selon le Programme des Nations Unies pour le développement.

    Et, selon l'Institut des médias d'Afrique australe (MISA), il existe un vide juridique qui entoure le droit à l'information, "qui devient un obstacle grave à la crédibilité de l'Etat et à la réalisation des autres droits et libertés fondamentaux qui sont liés au droit à l'information".

    Aucune liberté pour accéder à l’informationPlus de 20 groupes de la société civile, dirigés par le MISA, tentent depuis sept ans de faire parvenir au parlement le Projet de loi sur la liberté d'information.

    Selon le MISA, ce projet de loi "permettra à l'Etat d’intégrer la voix du peuple dans les processus de développement, ouvrant la voie à l'assurance que toutes les forces vives de la société, et en particulier les groupes vulnérables, ont un mot à dire".

    Luka Mucavele, un anthropologue, a déclaré à IPS: "Le projet de loi permettra l'accès aux dossiers d'Etat, ce qui est une étape vers le démantèlement de l'Etat socialiste centralisé. Mais, bien sûr, son succès repose entièrement sur une population qui sait qu'elle a un droit à l'information, et qu'elle a le temps et l'envie d’exercer cela".

    Yveth Matunza, une avocate à la Ligue mozambicaine des droits de l'Homme, est inquiète. "L'identité et les informations sont liées. Nous disposons vraiment d’une constitution exemplaire ici au Mozambique, alors le mécanisme existe. Cependant, la plupart des gens ici ne connaissent pas leurs droits, les informations sont présentées de façon partiale, et ne sont pas bien expliquées", a-t-elle indiqué à IPS.

    "Nous avons beaucoup de problèmes quand il s'agit d'accéder à l'information. Nous ne savons pas quand le Projet de loi sur la liberté d’information deviendra loi. Nous savons seulement que c'est sur l’agenda. Même si cette loi est votée, je ne crois pas qu’elle nous donnera l’accès à l'information", a déclaré Matunza qui, pendant ses temps libres, est aussi l'une des deux femmes rappeuses au Mozambique.

    Le projet de loi contient des clauses d'intérêt public qui pourraient bafouer les déclarations concernant la sécurité nationale ou le secret commercial où la santé publique, les dangers environnementaux, ou les violations des droits humains sont impliqués.

    La libre expression, la clé du développement du MozambiqueIl existe désormais quatre journaux privés au Mozambique, plusieurs librairies, de nombreux cafés et lieux d'exposition, y compris l'Institut français. Toutefois, ils sont tous à Maputo et le défi d'informer l'électorat rural sur les questions, reste énorme, a souligné Mucavele.

    Joaquim Chissau est le propriétaire et rédacteur du Zambeze, l'un des autres journaux privés à Maputo.

    "Exprimer notre identité nationale est très important. Depuis la mort de Carlos Cardoso (un journaliste qui faisait des investigations sur la fraude gouvernementale et qui a été abattu devant son domicile dans une banlieue de Maputo) en 2000, nous avons absolument noté une grande amélioration dans les débats", a-t-il déclaré à IPS.

    "La discussion et le débat constituent une partie très importante de la société mozambicaine… Il y a de grandes discussions que nous devons avoir, en particulier sur le rôle du pétrole et du gaz, et le parti d'opposition, la RENAMO (Résistance nationale du Mozambique) au Mozambique".

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