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NEPAL: Retard de croissance, une malédiction cruelle de la malnutrition

    By Mallika Aryal

    RASUWA, Népal, 29 juil (IPS) – Durga Ghimire a eu son premier enfant à l'âge de 18 ans et le second à 21 ans. En tant que jeune mère, Durga ne comprenait vraiment pas l'importance de prendre soin de sa propre santé pendant la grossesse.

    "Je ne réalisais pas que cela aurait un impact sur mon bébé", déclare-t-elle alors qu'elle est assise sur la véranda de sa maison à Laharepauwa, à quelque 120 kilomètres de la capitale du Népal, Katmandou, allaitant son troisième nouveau-né.

    Il est tard dans l'après-midi et elle attend avec espoir le retour de ses deux filles aînées de l'école. L'une a neuf ans et l'autre a six ans, mais elles ont l’air beaucoup plus petites que leur âge réel.

    "Elles sont plus petites en taille et en corpulence et les enseignants de l'école disent que leur processus d'apprentissage est également beaucoup plus faible", indique Durga à IPS. Elle craint que les filles ne soient chétives, et cherche à s’assurer que son troisième enfant reçoive des soins appropriés.

    Un récent rapport du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) indique que le Népal est l'un des 10 pays au monde ayant la prévalence du retard de croissance la plus élevée, et l'un des 20 premiers pays ayant le plus grand nombre d'enfants chétifs.

    L’UNICEF explique le retard de croissance comme une sous-alimentation chronique pendant les périodes critiques de croissance et de développement entre les âges de 0 à 59 mois. Les conséquences du retard de croissance sont irréversibles et au Népal la condition affecte 41 pour cent des enfants de moins de cinq ans.

    "Le classement du Népal [...] est inquiétant, pas seulement à l'échelle mondiale, mais aussi en Asie du sud", indique à IPS, Giri Raj Subedi, responsable principal de la santé publique au ministère de la Santé et de la Population du Népal.

    Un rapport 2013 sur les progrès réalisés dans les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) préparé par la Commission nationale de planification (NPC) du Népal dit que bien que le nombre d'enfants chétifs ait diminué de 57 pour cent en 2001 à 41 pour cent en 2011, il reste encore au-dessus de l’objectif de 30 pour cent défini par les Nations Unies.

    "Le retard de croissance est une mesure spécifique de la taille de l'enfant par rapport à son âge, et il est révélateur de la façon dont l'enfant se développe sur le plan cognitif", explique Peter Oyloe, chef d’une partie du projet Suaahara, ou 'Bonne nutrition' de l'USAID-Népal à 'Save the Children'-Népal.

    Oyloe ajoute: "La réduction du retard de croissance chez les enfants augmente leurs chances d'atteindre leur plein potentiel de développement, qui à son tour aura un impact à long terme sur la capacité des familles, des communautés et du pays à se développer".

    Les experts de la santé et la nutrition des enfants affirment que bien que la pauvreté soit directement liée à un apport insuffisant d’aliments, elle n'est pas le seul indicateur de la malnutrition ou de l’accroissement du retard de croissance.

    Saba Mebrahtu, chef de la section de la nutrition à l'UNICEF-Népal, déclare que les causes immédiates sont un mauvais apport en nutriments, en particulier au début de la vie. Cinquante pour cent du retard de croissance survient pendant la grossesse et le reste après la naissance des nourrissons.

    "Quand nous parlons d’aliments riches en nutriments [...] nous parlons du fait de veiller à ce que les enfants en reçoivent assez avant même leur naissance", souligne Mebrahtu. Le temps entre la conception et le deuxième anniversaire de l'enfant est une période cruciale, a-t-elle expliqué, celle d’une croissance rapide et du développement cognitif.

    Ainsi, il incombe aux femmes enceintes de suivre un régime alimentaire prudent avant la naissance du bébé.

    Une éducation de base pourrait sauver des viesSadhana Ghimire, 23 ans, vit non loin de Durga. Séparées par quelques maisons, leurs approches de la nutrition sont des mondes à part.

    Ghimire a exclusivement allaité sa fille de 18 mois pendant six mois. Elle continue de s’assurer que son propre régime alimentaire comprenne des légumes verts, de la viande ou des œufs, avec du riz et d'autres aliments de base, pendant qu’elle continue d'allaiter.

    Elle donne du crédit à l’agent de santé communautaire dans son village, qui l'a informée de l'importance des 1.000 premiers jours de la vie d'un enfant.

    En préparation pour le temps d'alimentation de sa fille, Ghimire mélange un bol de leeto, une bouillie fabriquée à domicile contenant une partie faite uniquement de céréales tels que le millet ou le blé et des légumineuses telles que les haricots ou le soja.

    "J’utilisais seulement des céréales pour fabriquer le leeto avant que les agents de santé et Suaahara ne m’aient appris à le faire correctement", dit-elle.

    Cependant, la préparation du leeto n'était pas la leçon la plus importante que Ghimire a apprise en tant que femme enceinte. "Je n'avais aucune idée que des choses simples comme le lavage correct des mains pourrait avoir un tel effet à long terme sur la santé de ma fille", indique-t-elle.

    Même des infections apparemment fréquentes comme la diarrhée peuvent, dans les deux premières années, mettre un enfant dans un risque accru de retard de croissance.

    "C'est parce que les substances nutritives que les enfants prennent pour le développement sont utilisées au lieu de lutter contre l'infection", explique Mebrahtu, soulignant la nécessité de pratiques simples telles que le lavage des mains et le nettoyage des ustensiles.

    Si les enfants souffrent d'une infection due à une mauvaise hygiène et à un mauvais assainissement, ils peuvent avoir jusqu'à six épisodes diarrhéiques par an, prévient-elle, ajoutant que même si "les enfants guérissent de ces infections, ils ne reviennent pas à ce qu'ils étaient auparavant".

    Lutter sur tous les frontsL'insécurité alimentaire est l'un des principaux facteurs favorisant le retard de croissance au Népal. Les collines et montagnes escarpées représentent 77 pour cent de la superficie terrestre totale du pays, où vivent 52 pour cent des 27 millions d'habitants du Népal.

    L'insécurité alimentaire est pire dans les régions du centre et de l'extrême ouest du pays; la prévalence du retard de croissance dans ces zones est également extrême, avec des taux au-delà de 60 pour cent dans certaines localités.

    Ainsi, les experts reconnaissent la nécessité de lutter simultanément sur plusieurs fronts.

    "Notre travail en matière de nutrition a prouvé à plusieurs reprises qu'une seule approche au retard de croissance ne marche pas parce que les causes sont si nombreuses – il doit vraiment être abordé de manière coordonnée", préconise Mebrahtu de l'UNICEF.

    En 2009, le gouvernement a mené l'Evaluation nutritionnelle et l’analyse des écarts (NAGA), qui a recommandé la construction d'une architecture de nutrition multisectorielle pour combler les lacunes dans les programmes de santé et de nutrition.

    "L'étude de la NAGA a clairement indiqué que la nutrition n'était pas la responsabilité d'un seul ministère, comme on le croyait auparavant", déclare à IPS, Radha Krishna Pradhan, directeur du programme de santé et de nutrition à la NPC du Népal.

    Le Népal est aussi l'un des premiers pays à s'engager au mouvement mondial de Renforcement de la nutrition (SUN), qui reconnaît plusieurs causes de malnutrition et recommande que les partenaires travaillent dans tous les secteurs pour atteindre les objectifs nutritionnels.

    Ainsi, en 2012, cinq ministères du Népal se sont réunis avec la NPC et les partenaires au développement pour former le Plan multisectoriel pour la nutrition (MSNP).

    Les experts de la santé publique disent que le MSNP est un exemple vivant du mouvement SUN en action et propose des interventions visant à réduire d’un tiers la prévalence actuelle de la malnutrition.

    Les interventions comprennent des compléments semestriels de vitamine D et d'acide folique pour les femmes enceintes, le déparasitage des enfants, des soins prénatals et les compétences à vie pour les filles adolescentes.

    Sur le plan agricole, les ministères visent à accroître la disponibilité des aliments au niveau communautaire à travers la production alimentaire familiale, l'accès à des sources d'énergie propre et bon marché telles que le biogaz et les foyers améliorés, et l'éducation des hommes à partager les charges du ménage.

    La vision à long terme du MSNP est de travailler à réduire de manière significative la malnutrition afin qu’elle ne soit plus un facteur qui empêche le développement. La Banque mondiale a estimé que la malnutrition peut entraîner des pertes de productivité pouvant atteindre 10 pour cent des revenus à vie chez les personnes affectées, et causer une réduction pouvant atteindre trois pour cent du produit intérieur brut d'un pays.

    Actuellement, le plan est dans sa phase initiale et a été mis en œuvre dans six districts sur 75 au Népal depuis 2013.

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