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NIGER: La crise alimentaire vide les classes dans les écoles

    By Souleymane Maâzou

    NIAMEY, 28 mai (IPS) – Le Niger est confronté depuis décembre 2011 à une crise alimentaire qui a déplacé les populations des zones déficitaires vers les régions de bonne production. Plusieurs enfants, qui ont suivi leurs parents dans cette quête de nourriture, ont abandonné l’école.

    Pendant ce temps, d’autres enfants sont arrivés seuls dans les villes, comme Niamey, la capitale nigérienne, pour chercher du travail.

    "Je suis à Niamey depuis trois mois. Ma mère, mes frères et mes sœurs sont restés au village. Mon père est parti en exode. Il n’y a rien à manger dans ma famille. Chaque semaine, j’envoie de l’argent au village grâce à mon petit travail de cireur", raconte, Hassane Issa, 15 ans. Il affirme qu’il gagne 23.000 francs CFA (environ 46 dollars) par mois et envoie 17.000 FCFA (34 dollars) au village.Ce jeune homme a quitté son village Daytagui, dans le sud-ouest du Niger, où il était élève en classe de 5ème au cours secondaire. Il est venu travailler à Niamey, malgré lui. "J’aime aller à l’école, mais cela n’est pas possible avec un ventre creux", dit-il à IPS.La zone ouest du Niger fait partie des localités déclarées déficitaires à la suite de la dernière campagne agricole. Quelques semaines seulement après les récoltes, les populations de ces zones ont épuisé leurs petits stocks alimentaires. Des familles entières ont quitté leurs villages pour venir en ville chercher du travail, et leurs enfants ne vont plus à l’école.

    Selon les estimations du ministère de l’Education nationale, environ 45.000 enfants ont abandonné l’école cette année pour des causes liées à la crise alimentaire.Pour palier ce problème, l’Etat nigérien et ses partenaires techniques et financiers ont ouvert des cantines scolaires temporaires dans les zones les plus touchées par la crise alimentaire, afin de permettre aux élèves de trouver à manger sur place pour continuer d’aller à l’école.Les services techniques du ministère de l’Agriculture imputent cette mauvaise récolte à la sécheresse provoquée par l’arrêt précoce des pluies en 2011 et aux attaques de criquets contre les cultures. Selon les statistiques du ministère, le déficit céréalier pour l’année 2012 atteint 500.000 tonnes, soit 14 pour cent des besoins de consommation pour les 16 millions d’habitants du pays.

    Selon les résultats de l’enquête gouvernementale de novembre 2011 sur la vulnérabilité alimentaire, ce sont plus de 4,5 millions de Nigériens qui sont dans une situation d’insécurité alimentaire et nutritionnelle.

    En outre, le gouvernement estime que le taux de malnutrition infantile dépasse le niveau d’alerte dans sept régions sur les huit que compte le Niger. Et c’est la partie ouest du pays qui est la plus touchée avec un taux de malnutrition qui a atteint 13 pour cent, se rapprochant du seuil d’urgence qui est de 15 pour cent fixé par le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF).Mamane Sani, 13 ans, a suivi ses parents qui sont venus vivre à la périphérie de la ville de Zinder, dans l’est du Niger. Ils ont fui la faim dans leur village, Marmari, situé dans le département de Gouré, dans la même région.Ce garçon qui, il y a moins d’un trimestre, allait à l’école dans son village, est aujourd’hui employé comme domestique à Zinder dans une famille de plus de 20 personnes. Chaque matin, au moment où les enfants de son âge sont en classe, Mamane se trouve dans la rue en train de vendre des condiments pour le compte de sa patronne.

    L’après-midi, il passe à la corvée de la recherche d’eau vers des forages situés à trois kilomètres de la ville. Et le soir, il se couche très tard après avoir terminé la lessive et la vaisselle de la maison. "C’est difficile ici. J’étais plus heureux au village, et mes camarades de classe me manquent aussi", a déclaré Mamane, triste, à IPS.Plusieurs cas d’abandon de classes ont été constatés dans les régions du Niger les plus touchées par la crise alimentaire. "Dans ma classe, j’ai enregistré une dizaine d’absents en mars. Et jusque-là, ces élèves ne sont pas de retour. D’après mes investigations, ils ont quitté avec leurs parents", témoigne Ali Moussa, enseignant à Goubdi, dans le département de Gouré.

    Selon le sous Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies à Zinder, il a été observé, dans la région de Zinder, des mouvements de populations consécutifs au déficit alimentaire, notamment à partir de Gouré et Tanout (nord de Zinder). Elles se sont installées dans des zones de bonne production, à Magaria au sud, et Matameye à l’ouest.

    Toutefois, la baisse des prix des denrées alimentaires et leur distribution gratuite, depuis février, ont freiné l’exode des populations rurales dans la région. La distribution qui continue est organisée par des ONG internationales et des associations locales. Elle concerne les ménages les plus vulnérables. Le gouvernement commencera sa distribution gratuite en juin prochain.

    "La vente à prix modéré des céréales et la distribution gratuite de vivres, organisées par les autorités avec le soutien des organisations humanitaires, ont réduit la migration des populations. Sinon, ce sont des écoles totalement vides que vous allez trouver", a affirmé à IPS, Amadou Boukari, membre du comité de gestion des établissements scolaires de Gouré.

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