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NIGER: Les cultures maraîchères fixent les jeunes dans leurs terroirs

    By Souleymane Maâzou

    NIAMEY, 17 avr (IPS) – De nombreux jeunes ruraux au Niger ont cessé d’aller en exode depuis deux ans. Ils restent dans leurs villages après la campagne agricole pour s’adonner aux cultures maraîchères de contre-saison qui ont beaucoup amélioré leurs conditions de vies.

    "Cette année, j’ai encaissé 1,5 million de francs CFA (environ 3.000 dollars) grâce à la vente des légumes, le double de ce que j’ai gagné l’année dernière", déclare Ali Moussa, 31 ans, un habitant de la commune rurale de Balleyara, dans l’ouest du Niger, un pays sahélien d’Afrique de l’ouest.

    Moussa cultive de pommes de terre, des légumes et la canne à sucre depuis deux ans sur une partie de son jardin d’un hectare qu’il a hérité de son père. "Je ne partirai plus en exode. Le maraichage est plus rentable", affirme-t-il à IPS.

    Dans la commune rurale de Dogo, dans le sud du Niger, Zakari Halidou, 33 ans, a abandonné aussi l’exode rural au profit des cultures de contre-saison. Dans son jardin de deux hectares, on trouve des tomates, des carottes, des aubergines et du poivron.

    Chaque jour, par la vente des tomates, des carottes et des aubergines récoltés de son jardin, Halidou empoche environ 10.000 FCFA (20 dollars). "C’est l’équivalent de ce que je gagnais en une semaine quand j’étais en exode à Maigatari, une ville du nord du Nigeria", a-t-il confié à IPS.

    En effet, le gouvernement nigérien a lancé en 2011 l’initiative "Les Nigériens nourrissent les Nigériens", communément appelée les 3N. Elle vise à accroître les productions agro-sylvo-pastorales et halieutiques du pays. Selon le ministère de l’Agriculture, environ 900 milliards de FCFA (environ 1,8 milliard de dollars) seront injectés dans le secteur agricole à travers l’initiative 3N pendant les cinq années à venir.

    En deux ans de mise en œuvre de l’initiative 3N, ce sont 100.000 hectares de terres qui ont été mises en valeur sur un objectif de 95.000 hectares, selon le ministère. Les terres aménagées ont été distribuées aux populations, mais les femmes et les jeunes étaient les principaux bénéficiaires.

    "Les cultures maraîchères ont amélioré les revenus des jeunes. Ce succès est dû à l’approche village par village et commune par commune que les autorités ont adoptée pour amener ces jeunes à rester travailler sur les terres aménagées et irriguées", a souligné Mamane Sani, un agent de développement communautaire à Maradi, dans le sud du pays.

    Selon Amadou Allahoury Diallo, le haut commissaire à l’initiative 3N, des résultats positifs ont été enregistrés dans les huit régions de ce pays sahélien d’Afrique de l’ouest. Les cultures irriguées se sont bien développées, ce qui a permis d’approvisionner les marchés ruraux et urbains en produits agricoles, a-t-il expliqué à IPS.

    "Ces jeunes doivent être soutenus davantage par les autorités politiques et les techniciens du ministère de l’Agriculture. C’est vraiment une voie qui va sortir le Niger des cycles récurrents de crises alimentaires", souligne Moustapha Abdou, ingénieur agronome à Niamey, la capitale.

    Selon Harouna Issa, membre de la coopérative maraichère de Saga, un village environnant de Niamey, les coopératives de toutes les régions du Niger ont le devoir d’accompagner ces jeunes qui ont abandonné l’exode rural au profit des cultures de contre-saison. Le nombre total des jeunes engagés dans les 3N n’est pas encore connu, mais le ministère a prévu de constituer une base de données sur eux cette année.

    Mais, la coopérative de Saga comptait 250 membres en 2012, alors que 123 coopératives maraîchères sont recensées dans le pays et se sont constituées en Association des producteurs maraîchers du Niger. Elle compte aujourd’hui plus de 30.000 producteurs individuels, tous chefs d’exploitation, selon le ministère.

    Aujourd’hui, les produits maraîchers abondent dans les marchés de Niamey et ceux de l’intérieur du pays. Les légumes les plus prisés qui, par le passé, étaient importés des pays frontaliers du Niger, notamment le Bénin, le Nigeria, et le Burkina Faso, se vendent moins chers maintenant dans toutes les régions du pays.

    Le sac de 25 kilos de chou qui était vendu il y a trois ans à 15.000 FCFA (environ 30 dollars), est aujourd’hui obtenu à moins de 5.000 FCFA (10 dollars). Le sac d’oignon a perdu les deux-tiers de sa valeur d’antan: de 35.000 FCFA (70 dollars), le sac de 70 kilos d’oignons se vend maintenant à moins de 10.000 FCFA (20 dollars).

    "Nous avons un grand besoin de matériels modernes. Les motopompes distribuées – pour irriguer – sont insuffisantes", se plaint Habou Miko, un jeune maraîcher qui travaille au bord du fleuve Niger, à Tillabéri (ouest du pays). Comme lui, ils sont nombreux, les jeunes maraichers qui utilisent l’eau d’un puits pour arroser leurs cultures.

    "Les autorités ont donné des semences et du matériel aratoire aux jeunes, elles doivent aussi s’investir pour trouver des débouchés aux produits", souligne Elhadji Malam Ali, producteur agricole depuis 30 ans. Selon lui, la mévente peut provoquer le découragement, voire l’abandon de l’activité chez les jeunes.

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