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NIGERIA: Communication bloquée, une violation des droits dans les régions sous Etat d’urgence

    By Toye Olori

    LAGOS, 7 juin (IPS) – Les habitants des trois Etats du Nigeria où l'Etat d'urgence a été décrété vivent dans la crainte puisque les prix des denrées alimentaires montent en flèche et que les soldats gouvernementaux mènent des campagnes de porte-à-porte pour dénicher des terroristes.

    Le Corps expéditionnaire militaire mixte a été déployé dans les trois Etats du nord: Borno, Yobe et Adamawa, où le 14 mai, le président nigérian Goodluck Jonathan a décrété l'Etat d'urgence.

    Jonathan a imposé l'Etat d'urgence suite aux informations sur la sécurité selon lesquelles des groupes terroristes, notamment l'organisation islamiste extrémiste 'Boko Haram', avaient parcouru certaines villes de la partie nord-est du pays, enlevant les drapeaux nigérians et hissant les leurs.

    Mais la directrice adjointe du programme Afrique de 'Amnesty International' (AI), Lucy Freeman, a déclaré à IPS qu’en plus du fait de vivre dans la peur d'une attaque de la part de 'Boko Haram', les populations des Etats concernés sont confrontées aux violations des droits humains dans les mains des vraies forces de sécurité d’Etat dont le mandat est de les protéger.

    "Au cours des dernières semaines, les habitants de l'Etat de Borno, dans le nord du Nigeria, ont indiqué à 'Amnesty International' que des arrestations massives à Maiduguri (une ville de l'Etat de Borno) se sont accrues. Beaucoup de gens ont fui leurs maisons. Certaines zones de la ville deviennent progressivement des 'villes fantômes'".

    "Les écoles publiques ont fermé puisque les parents ont trop peur d'envoyer leurs enfants à l'école", a souligné Freeman.'Boko Haram', qui signifie l'Education occidentale est un péché, se bat pour un Etat indépendant et l'imposition de la charia dans le nord du Nigeria. Selon un rapport publié en 2012 par 'Human Rights Watch', le groupe a tué près de 3.000 personnes depuis 2009. Les attaques les plus récentes ont eu lieu le 7 mai, dans la ville de Bama, dans le nord du Nigeria, et ont tué 55 personnes.

    Freeman a noté que les conclusions d’AI montraient que bon nombre des personnes détenues avaient été privées d'accès au monde extérieur, notamment aux avocats, familles et aux tribunaux, et ont été gardées en dehors de la protection de la loi.

    "Les détenus soupçonnés ou accusés d'être membres de 'Boko Haram' ne sont pas généralement informés des raisons pour lesquelles ils ont été arrêtés, leurs familles ne sont pas renseignées sur là où ils sont détenus, et ils sont généralement privés de l'accès à un avocat".

    "Parmi les détenus accusés d'être des membres de 'Boko Haram' qui ont été inculpés d'une infraction pénale et présentés devant les tribunaux depuis 2009, très peu ont eu leurs dossiers traités. La plupart sont en détention préventive dans la prison où ils attendent toujours d’être jugés", a-t-elle indiqué.

    Ali Sani a fui son domicile à Mubi, l'une des principales villes de l'Etat d'Adamawa, et vit maintenant à Kano, dans le nord du Nigeria.

    Il s’informe au jour le jour de ce qui se passe dans sa ville natale et a indiqué à IPS que le couvre-feu, du crépuscule à l'aube, imposé par l'armée là-bas, affecte sérieusement les activités commerciales dans la ville.

    "Un ami qui est venu de Mubi le week-end m'a dit qu'il n'y a pas de combats à Mubi, mais que le couvre-feu imposé à l'Etat affecte les affaires et la libre circulation".

    "Vous ne pouvez pas communiquer parce que les téléphones ont été coupés. Les agriculteurs ne peuvent pas cultiver à cause de la peur, et les prix des denrées alimentaires ont augmenté", a-t-il souligné.

    Pendant qu’il décrétait l'Etat d'urgence, Jonathan a expliqué que cela était devenu nécessaire à cause de la récente vague d'activités terroristes et des défis sécuritaires qui perdurent.

    En plus des attaques survenues en mai, un attentat-suicide en mars a coûté la vie à 41 personnes, et en avril, les combats entre l'armée et 'Boko Haram' avaient fait 187 morts.

    Un rédacteur en chef originaire de l'Etat de Kaduna, dans le centre-nord, qui a voulu se faire appeler seulement Rahman, a indiqué à IPS que la communication à Borno, Yobe et à Adamaoua avait été coupée depuis que l'Etat d'urgence a été décrété.

    "Je pense que c'est une chose délibérée de couper les communications entre les membres de 'Boko Haram' et aussi de les empêcher d'utiliser des téléphones portables pour faire exploser des bombes".

    "Mais cela a affecté les abonnés innocents qui ne peuvent pas joindre leurs parents ni être joints", a-t-il souligné à IPS.

    Mais Fredrick Fasehun, fondateur du Congrès des peuples Oodua (OPC, son sigle anglais) dans le sud-ouest du Nigeria, a déclaré que les opérations militaires dans la région étaient une procédure normale sous un Etat d'urgence. L'OPC est une organisation nationaliste militante yoruba au Nigeria.

    "Lorsque vous déclarez l’Etat d'urgence dans une région, il est du devoir des forces armées de maintenir l'ordre public et on sait que l’armée maintient l'ordre public par la force", a expliqué Fasenun à IPS à Lagos.

    En tant que fondateur de l'OPC, Fasehun a été détenu à plusieurs reprises par l'armée pour avoir soi-disant créé un groupe militant illégal.

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