Home » Afrique, Developpement, Droits de L'Homme, Economie et Travail, Environnement, Headlines, Reportage d'Afrique »

NIGERIA: La résurgence de la polio dans le pays

    By Toluwa Olusegun

    LAGOS, 25 juin (IPS) – Sunday Oderinde, 12 ans, est assis au bord de la route avec ses deux jambes repliées sous lui et regarde ses amis jouer à un match de football dans les rues d’Iwaya, une banlieue de Lagos, au Nigeria. C'est un jeu auquel il aimerait participer, mais il ne peut pas.

    Oderinde a contracté la polio pendant qu’il était enfant. Bien que 90 pour cent des infections de polio ne présentent pas souvent de symptômes, les membres d’Oderinde ont été paralysés. Aujourd’hui, il ne peut marcher qu’à l'aide de béquilles, qu'il garde à ses côtés pendant qu'il regarde le jeu se dérouler sur un terrain de football de fortune."Je les regarde jouer, mais je ne peux pas jouer à cause de mon état. J'ai vu des gens comme moi avec des patins à roulettes à la télévision jouer au ballon avec leurs mains. J’aimerais jouer comme eux si j'avais de la chance", déclare Oderinde à IPS.Lorsque Oderinde était un bébé, sa mère, Aminat Jimoh, l’avait amené au centre de santé local pour ses vaccinations. Parmi celles qu'il a reçues, il y avait des doses du vaccin antipoliomyélitique oral (VPO), qui est administré aux enfants de moins de cinq ans.Selon l’Initiative mondiale pour l’éradication de la poliomyélite, bien que le VPO soit très efficace contre tous les trois types de poliovirus sauvage (PVS), une seule dose du vaccin produit une immunité chez 50 pour cent des bénéficiaires. "Trois doses provoquent une immunité chez plus de 95 pour cent des bénéficiaires. L'immunité est durable et probablement durant toute la vie". Au Nigeria, cinq doses du vaccin sont administrées.Et comme beaucoup de mamans ici dans ce pays d’Afrique de l’ouest, Jimoh, une commerçante informelle, n'a pas continué d’amener son enfant au centre de santé pour recevoir toutes les doses du VPO.Elle explique à IPS qu’à l’époque, elle était tellement occupée à essayer de subvenir aux besoins de sa famille qu'elle n’avait pas le sentiment que c'était important."Je dois prendre soin de ma famille et mon commerce occupait mon temps. Je ne me souvenais pas pour l’amener pour tous les cycles de vaccination. C’était ma faute."Nous avons remarqué que quand il avait deux ans, Sunday ne pouvait toujours pas marcher. Et au moment où nous l’avons finalement amené à l'hôpital, c’était trop tard", dit-elle.Des attitudes comme celle-ci figurent parmi les raisons pour lesquelles le Nigeria demeure l'un des trois pays, y compris le Pakistan et l'Afghanistan, encore aux prises avec le PVS.Tommi Laulajainen, principal chargé de communications sur la poliomyélite pour le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) au Nigeria, explique à IPS que dans des Etats principalement infectés comme Borno, Kano, Sokoto et Yobe, qui sont tous dans le nord du pays, un enfant sur trois a reçu moins de quatre des cinq doses de VPO prévues.Il ajoute que le nombre de fois que les agents de santé visitent les ménages au cours des journées nationales de vaccination pour immuniser les enfants a chuté, ce qui a entraîné une réduction du nombre d'enfants qui reçoivent le VPO."Les enfants sont omis durant les campagnes de vaccination en raison d'un mélange de facteurs opérationnels et sociaux. Une faible couverture vaccinale de routine est un facteur majeur favorisant la situation du Nigeria", explique-t-il.Laulajainen indique qu’à partir de mai 2012, le Nigeria a enregistré 32 cas de PVS dans 10 Etats. C'était une augmentation par rapport aux 16 cas qui étaient survenus dans six Etats pour la même période en 2011."Le Nigeria reste le seul pays endémique en Afrique. Cette année, le pays a contribué pour 90 pour cent à la charge de la poliomyélite en Afrique et plus de 50 pour cent des cas de cette année dans le monde entier proviennent du Nigeria", souligne-t-il.En outre, des Etats sans poliomyélite comme Kaduna, dans le centre-nord du Nigeria, et la nation voisine du Niger ont été réinfectés en 2012. L’Initiative mondiale pour l’éradication de la poliomyélite estime que le Niger continuera à être exposé à la réinfection jusqu'à ce que le Nigeria stoppe la transmission du PVS.Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), l'incapacité persistante du Nigeria à mettre fin à la polio entraînera la propagation du virus vers les pays voisins, qui avaient été précédemment déclarés sans poliomyélite."Tant qu'un seul enfant restera infecté, les enfants dans tous les pays risquent de contracter la polio. Le succès de l'éradication de la poliomyélite en Afrique repose sur l’élimination du virus par le Nigeria", indique l'OMS.Cependant, des analystes imputent l'augmentation des cas de polio à un certain nombre d'autres problèmes, notamment la corruption.Dr Olarenwaju Ekunjimi, président de l'Association des médecins internes du Centre hospitalier et universitaire de Lagos, affirme que la corruption entrave la capacité du Nigeria à stopper la transmission du virus."La corruption dans le système ne permettra pas un Nigeria sans poliomyélite d'ici à 2015. Je serai surpris si cela est réalisé avec le niveau de corruption dans le pays"."Tout le monde veut gagner de l'argent à partir du système tant que les donateurs continuent d’injecter de l'argent dans le programme. Si le gouvernement parvient à l'éradication totale de la polio, les fonds s’arrêteront et les gens qui en bénéficient seront perdants", déclare Ekunjimi.

    Le président Goodluck Jonathan a inauguré un Groupe de travail présidentiel sur l’Eradication de la poliomyélite le 1er mars et a donné au comité 24 mois pour éliminer le virus au Nigeria. Il a annoncé une augmentation du financement pour la campagne, de 22 millions de dollars l'année dernière à 30 millions de dollars pour 2012.L'UNICEF a contribué 15,14 millions de dollars pour l’éradication de la polio en 2011. Le gouvernement fédéral nigérian et les gouvernements des Etats ont également annoncé des mesures pour contenir le virus et assurer une nation sans poliomyélite d'ici à 2015.Toutefois, Ekunjimi suggère qu'au lieu que le gouvernement augmente le financement pour l'éradication de la polio, il devrait créer des centres de santé primaire à travers le pays afin que les bébés reçoivent la vaccination contre toutes les maladies mortelles de l'enfance pendant qu’ils sont encore petits.La présence continue du virus doit être aussi imputée aux chefs religieux radicaux. En 2003, dans l'Etat de Kano, dans le nord, un chef musulman s’est opposé à un programme de vaccination contre la polio, puisqu’il a affirmé que c'était un complot de l’Occident pour rendre les gens stériles. Bien qu’il ait plus tard abandonné son opposition au programme, le mal avait été déjà fait.Selon des rapports provenant de la région, la plupart des personnes musulmanes qui aident à domicile refusent toujours d’amener leurs enfants pour le VPO. Pendant ce temps, l'UNICEF a déployé une équipe de mobilisateurs communautaires bénévoles pour aborder la question là-bas.

    comment closed

    Tag Cloud

    Africa Centrale Asia/Pacifico Culture, Religion, Sport East Africa Education Energy Global Affairs Orient Peace and conflict Population, Refugies Science, Technologie Southern Africa Spécial Culture,Religion et Genre Travail West Africa