Home » Afrique, Developpement, Droits de L'Homme, Headlines, Politique, Reportage d'Afrique »

OPINION: Abattre sans cesse des éléphants, c’est tuer l’avenir de l’Afrique

    By Bradnee Chambers

    BONN, 10 juin (IPS) – Davantage de troubles civils en Afrique, un autre coup d'Etat, plus d’informations indiquant des enfants soldats sur la ligne de front, l’implication de troupes étrangères, et au même moment, les plus pauvres des pauvres perdent le peu qu'ils ont.

    Et tout le temps, les bénéfices des richesses d'un pays sont détournés du développement social et économique indispensable au profit du financement de la mort et la destruction.

    C'est un conte tout aussi familier, un précédent chapitre quelque peu différent de ce qui a été porté à l'attention d'un large public à travers le film "Diamant de sang" d’Edward Zwick.

    Zwick a raconté l'histoire de la guerre civile en Sierra Leone, où le conflit a été financé par le trafic illégal de pierres précieuses. 'World National Geographic' et le Fonds mondial pour la nature ont déjà comparé ce commerce aux récents développements.

    Cependant, aujourd’hui, ce n'est pas la richesse minérale de l'Afrique, mais ses ressources sauvages qui sont mal utilisées – pour "diamant de sang" lisez "ivoire de sang". Et c'est le sang de la population d'éléphants de l'Afrique, en diminution rapide, qui est déversé.

    En février 2012, environ 200 éléphants ont été tués dans le Parc national de Bouba N'Djida au Cameroun. D’une puissance de feu inférieure à celle des miliciens bien armés, les gardes forestiers ont été impuissants à protéger ces animaux, qui ont été tués pour leurs précieuses défenses.

    En janvier 2013, toute une famille d'éléphants – 11 adultes et un éléphanteau – a été abattue dans le pire incident du genre à s’être produit au Kenya depuis les années 1980, un évènement qualifié de "crime inimaginable, odieux" par le Service kényan de la faune.

    Deux mois plus tard, 86 éléphants ont été tués en une seule semaine dans le sud-ouest du Tchad lors de leur migration vers la République centrafricaine et le Cameroun. Les braconniers étaient armés d’AK47 et ont utilisé des scies à métaux pour enlever les défenses.

    Le dernier incident à atteindre les oreilles des médias du monde en avril 2013 a vu au moins 26 éléphants tués à Dzanga Bai, une clairière dans la forêt qui sert de site d'observation de la faune dans le Parc national de Dzanga-Ndoki, en République centrafricaine (RCA). Ce site est inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO) et est situé près des frontières avec le Cameroun et la République du Congo.

    La fatigue des catastrophes est un vrai danger ici. Nous ne pouvons pas simplement hausser les épaules et ne plus être choqués par les catastrophes humaines et environnementales qui se déroulent sous nos yeux.

    Une récente conférence internationale organisée par les altesses royales Prince Charles, Prince de Galles et Prince William, le duc de Cambridge, a focalisé l’attention du monde sur le besoin urgent de gagner la bataille contre le commerce illégal des espèces sauvages afin d'éviter "une tragédie irréversible".

    Le crime sur les espèces sauvages, souvent perpétré par les mêmes réseaux louches qui font le trafic des armes, des drogues et des personnes, est devenu une grave menace pour la sécurité, la stabilité politique, l'économie, les ressources naturelles et le patrimoine culturel de beaucoup de pays.

    La réponse nécessaire pour lutter contre cette menace de façon efficace est souvent au-delà de la capacité et des seuls pouvoirs des organismes chargés d'appliquer la loi sur l'environnement ou les espèces sauvages, ou même d'un seul pays ou d'une seule région.

    Pour ceux qui incitent et commettent ces actes, les expressions "utilisation durable", "récolte" et "moyens de subsistance pour les communautés locales" ne font pas partie de leur vocabulaire – ce sont des concepts totalement étrangers à leur façon de penser.

    Comme les commandos marins d'autrefois, ils pillent et brûlent, prenant ce qu'ils veulent, laissant derrière eux des dégâts avant de passer à l’endroit suivant pour piller. Stimulés par le besoin de financer leur cause politique ou juste pour un gain financier, ils sont encouragés dans leur libertinage par les prix élevés que l'ivoire demande actuellement, alimentés par des niveaux record de la demande dans les marchés émergents en Asie.

    La Société pour la préservation de la faune estime qu’au Gabon seul, un pays d’Afrique centrale, quelque 11.000 éléphants ont été tués illégalement depuis 2004 – mais ici au moins, les dirigeants politiques montrent leur volonté de résister.

    Des stocks d'ivoire confisqués ont été incendiés sur ordre du président Ali Bongo Ondimba, imitant un acte similaire au Kenya quelques années auparavant. Le président Ondimba a proposé l’appui de son pays à son homologue de la RCA, Michel Djotodia. L'écologiste de renom, Mike Fay, a été envoyé en tant que chef d'une équipe pour lutter contre le braconnage et rendre le Parc national de Dzanga-Ndoki assez sûr pour la poursuite des travaux de préservation.

    La communauté internationale peut aussi agir. La scène du dernier massacre est un parc national, qui fait partie d'un Site de patrimoine mondial transfrontalier partagé par la RCA, le Cameroun et la République du Congo.

    Irina Bokova, la directrice générale de l'UNESCO, a déjà appelé les trois gouvernements à collaborer dans la lutte contre la menace croissante du braconnage dans la région.* Dr Bradnee Chambers est le secrétaire exécutif de la Convention sur les espèces migratrices.

    comment closed

    Tag Cloud

    Africa Centrale Asia/Pacifico Culture, Religion, Sport East Africa Education Energy Global Affairs Orient Peace and conflict Population, Refugies Science, Technologie Southern Africa Spécial Culture,Religion et Genre Travail West Africa