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OPINION: Chaque enfant doit compter et être une priorité pour la renaissance de l’Afrique

    By Martin Mogwanja et Carlos Lopes*

    ADDIS-ABEBA, 25 mai (IPS) – Il existe de nombreuses raisons de marquer cette semaine, par des célébrations appropriées, le 50ème anniversaire de la création d’une institution panafricaine indépendante, aujourd’hui appelée Union africaine (UA).

    Le dernier demi-siècle a été pour les pays d’Afrique celui de l’accession à l’autodétermination et à l’indépendance; pour les 50 prochaines années, le continent devra placer la priorité sur les moyens d’ouvrir les perspectives d’un avenir inclusif qui réponde, dans le respect de leurs droits, aux aspirations de plus d’un milliard de citoyens africains.

    Ce résultat ne sera obtenu que si chaque pays de l’UA s’équipe pour poser de solides fondations pour l’avenir de ses citoyens les plus jeunes, ses enfants.

    Mais alors que le nouveau potentiel économique de l’Afrique fait l’objet de tous les commentaires et que de plus en plus de nations africaines accèdent au rang des pays à revenu intermédiaire, la réalité est que ce jeune continent, dont la moitié de la population à moins de 18 ans, a encore beaucoup à faire pour que cet avantage lui permette de devenir une région où les jeunes puissent espérer atteindre l’âge adulte dans un environnement stable ou règnent la démocratie et l’équité.

    De nombreux projets novateurs, dans le domaine des droits humains et du développement, ont fait l’objet d’accords conclus sous l’égide de l’UA. Un grand nombre d’entre eux s’inspire des meilleurs exemples offerts au niveau international dans le domaine du droit, des politiques et des pratiques. Un grand nombre sont basés sur le principe que les populations du continent, en particulier ses enfants, constituent son plus grand atout.

    En dépit de la noblesse de cet engagement, un véritable scandale silencieux persiste et doit être abordé de manière urgente: le scandale de l’invisibilité. A travers tout le continent, des millions d’enfants naissent et des millions meurent sans que leur vie laisse de trace.

    Par exemple, seulement 44 pour cent des enfants de moins de cinq ans font l’objet d’un enregistrement d’état civil. La majorité de ces enfants ignorés vivent dans des zones rurales ou éloignées, et un grand nombre d’entre eux sont pauvres et en situation de marginalité par rapport à la nouvelle richesse et à la nouvelle prospérité de l’Afrique.

    Il suffit de jeter un coup d’œil à la situation d’autres régions, les régions développées, pour comprendre que des services d’état civil et de statistiques démographiques efficaces, performants et modernes forment la base d’une bonne administration et de l’intégration économique, et qu’ils offrent à tous la sécurité d’identité qui leur est nécessaire.

    Comment un pays peut-il dresser des plans quand il ne sait pas combien de naissances ont lieu et où? Comment un État peut-il mettre en place un système de santé s’il ne connaît pas le chiffre des décès et leur cause, ni où ils se produisent?Organiser un recensement à intervalles réguliers de quelques années est une des clés de la question. Mais ce sont les solides statistiques démographiques constituées à partir de renseignements recueillis en temps réel qui fournissent aux dirigeants et aux décideurs concernés les connaissances nécessaires pour planifier et fournir des services de base.

    Le droit à une identité légalement reconnue, consacré par la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant et la Convention relative aux droits de l’enfant des Nations Unies, est un élément fondamental pour faire respecter tous les autres droits de l’enfant et le protéger contre d’autres formes de mauvais traitements et d’exploitation.

    Dans certains pays, la possibilité d’acquérir et de présenter un extrait de naissance peut déterminer si un enfant pourra ou non avoir accès à l’école primaire. Dans d’autres pays, l’absence de ce document peut aboutir à ce qu’une fille soit forcée à un mariage précoce car, même s’il existe une loi appropriée, elle ne pourra pas présenter le document prouvant qu’elle est encore trop jeune pour cette union.

    Dans d’autres cas encore, ce manque de documentation signifie que garçons et filles pourront être plus facilement forcés à se joindre à des groupes armés ou exploités comme main-d’œuvre à bas coût – car les personnes qui ont à cœur les intérêts des enfants seront impuissantes à prouver que ces enfants sont trop jeunes pour être forcés dans ces activités.

    Alors, puisque les arguments en faveur de l’établissement d’administrations d’état civil et de services de statistiques efficaces sont largement acceptés, pourquoi ne les voyons-nous pas encore se traduire sur le terrain?Une dynamique est en train de se créer. Les dirigeants africains se sont mis d’accord en 2012 pour faire de cette question une priorité et des réunions ministérielles régulières ont lieu tous les deux ans afin de mettre en commun l’expertise acquise et d’aider à renforcer les dispositifs d’enregistrement de l’état civil.

    Les gouvernements africains travaillent actuellement, sous les auspices du Programme africain d’amélioration accélérée du système d’enregistrement des faits d’état civil et de statistiques d’état civil et en collaboration avec la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique, la Banque africaine de développement et d’autres agences de l’ONU, à fournir le soutien technique nécessaire pour mettre en place des systèmes efficaces.

    On a constaté que dans certains pays, l’introduction de technologies nouvelles et d’autres innovations a permis aux progrès de faire un bond en avant. L’UNICEF est en train, avec le soutien de l’Union européenne, d’identifier les façons dont l’utilisation de nouvelles technologies permettrait d’augmenter le nombre des naissances enregistrées et d’étendre ces services aux régions les plus éloignées.

    La coordination entre les différents ministères et entre les autorités locales, régionales et nationales s’améliore, et des initiatives comme l’installation de services d’état civil dans les hôpitaux et les dispensaires contribuent également à augmenter le nombre de nouveau-nés dont la naissance est enregistrée.

    Mais même en prenant en compte ces succès, les progrès sont encore trop lents, trop d’enfants ne sont toujours pas enregistrés et les avancées des technologies numériques ne sont pas encore introduites dans toutes les zones où elles pourraient faire une différence spectaculaire.

    Dans les régions rurales et éloignées, les services d’état civil ont encore des difficultés à rejoindre les populations dont ils sont chargés en raison de moyens de transport insuffisants ou d’un manque de motivations. Ils se contentent souvent d’attendre que les gens les contactent. Les parents ne comprennent pas toujours l’importance de déclarer leur enfant et la contribution que cela peut apporter au développement national d’un pays. Les budgets sont souvent insuffisants pour permettre à ces services de couvrir l’ensemble de la population.

    Alors que les chefs d’Etat et de gouvernement se rassemblent pour célébrer le succès des indépendances et pour concevoir des plans pour les 50 prochaines années, il est maintenant temps pour eux de faire preuve d’esprit pratique. Investir dans des services d’état civil et de statistiques démographiques pour assurer que tous les citoyens du continent, spécialement les plus jeunes, soient recensés dès le départ, est un premier pas essentiel.* Martin Mogwanja est directeur général adjoint de l’UNICEF et Carlos Lopes est secrétaire exécutif de la Commission économique de l’ONU pour l’Afrique.

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