Home » Afrique, Developpement, Droits de L'Homme, Headlines, Reportage d'Afrique »

OUGANDA: Le temps du café

    By Fred Ojambo

    KAMPALA, 3 oct (IPS) – L'Ouganda, le plus grand exportateur du café en Afrique, fait une course contre la montre pour accroître sa production de cette culture de 60.000 tonnes, soit un million de sacs de 60 kilogrammes, au cours des trois prochaines années.

    Mais certains acteurs de l'industrie estiment que cet exploit est irréalisable.

    L’objectif de cette nation d'Afrique de l'est est d’augmenter la production annuelle de 3,5 à 4,5 millions de sacs de 60 kg, et elle envisage de le faire à travers un programme gouvernemental de replantation en cours.

    Francis Chesang, le directeur de la production à l'Autorité ougandaise du développement du café (UCDA), dirigée par l’Etat, a déclaré à IPS qu'il était convaincu que ce pays enclavé atteindrait bientôt son objectif.

    "Notre programme de replantation produit des résultats et nous devrions pouvoir augmenter la production annuelle en 2015 parce que d’autres nouveaux arbres à croissance rapide et à rendement élevé entrent dans la production".

    L'Ouganda, le deuxième plus grand producteur de cette culture sur le continent après l'Ethiopie, a lancé son programme de replantation de café en 1994, un an après que le pays a détecté la maladie du flétrissement du café qui a dévasté la moitié de son stock d'arbres Robusta.

    Ce programme vise à "remplacer progressivement les anciens caféiers malades par de nouvelles variétés de café génétiquement pures et à haut rendement au taux de cinq pour cent par an pour le Robusta et deux pour cent par an pour l'Arabica".

    Actuellement, l'Ouganda dispose d'un stock combiné de 300 millions d’arbres Robusta et Arabica, selon l'UCDA.

    Au moins 140 millions d'arbres, principalement le Robusta, ont été plantés au cours des 18 dernières années, dans le but de planter au total 200 millions d'arbres d'ici à 2015, a indiqué Chesang. Cette replantation vise à "optimiser les recettes en devises dans le pays et les paiements aux agriculteurs", a-t-il expliqué.

    Cette culture représente 20 à 30 pour cent des recettes annuelles à l'exportation du pays, avec l'Ouganda gagnant 448,9 millions de dollars à partir de l'exportation de 3,15 millions de sacs de café du 1er octobre 2010 jusqu’à septembre 2011, selon l'UCDA.

    Le pays était le 9ème plus grand exportateur mondial de cette culture au cours de cette période, devant l'Ethiopie, qui occupait la 10ème place, selon l'Organisation internationale du café.

    Selon David Muwonge, le directeur exécutif adjoint de l'Union nationale des agro-industries et des entreprises agricoles de café, l'Ouganda est peu susceptible d'atteindre son objectif d’augmentation de la production de café puisque les rendements restent inférieurs au potentiel parce que le pays n’a pas encore remplacé tous les cafiers détruits par la maladie du flétrissement en 1993.

    "Je pense que ce sera vraiment difficile d’atteindre cet objectif parce que nous n’avons pas encore planté 60 millions d'arbres", a-t-il déclaré. "L'objectif est réalisable, mais seulement lorsque tous les nouveaux arbres sont en production".

    Muwonge a ajouté que le nombre insuffisant d'arbres, des arbres vieillissants, les mauvaises méthodes agricoles ainsi que les effets des changements climatiques signifiaient que c'était irréaliste d'accroître la production de café d'un million de sacs de 60 kg au cours des trois prochaines années.

    Fred Kyobe, un agriculteur de 64 ans dans le district de Wakison, dans la région centrale de l'Ouganda, a indiqué à IPS que les volumes de production ont mis du temps à reprendre après la dévastation de la maladie de flétrissement puisque les jeunes n'ont pas eu la patience de se lancer dans la culture du café. Il a affirmé que l'attrait des emplois à rémunération rapide dans les centres urbains a amené les jeunes à abandonner la production du café parce qu’il faut plus de trois ans avant que la culture ne commence à donner.

    "Mes enfants ont abandonné l'agriculture pour des affaires de taxi moto en ville, et mon énergie est en train de faiblir à cause de la vieillesse", a-t-il dit. "Le coup que j'ai reçu lorsque la maladie du flétrissement du café a attaqué ma culture m'en a rendu moins enthousiaste".

    Le café est cultivé ici par au moins un demi-million de petits fermiers, dont 90 pour cent possèdent des champs allant de 0,5 à 2,5 hectares, selon l'UCDA. Ce secteur emploie 3,5 millions de personnes.

    "Le café continue de jouer un rôle central dans l'économie ougandaise, contribuant énormément aux recettes d'exportation à hauteur de 449 millions de dollars en 2010-2011 et fournissant un moyen de subsistance à environ 1,32 million des 3,95 millions de ménages agricoles", a indiqué l'UCDA sur son site Internet.

    Cette culture reste un produit d'exportation clé pour l'Ouganda en dépit du fait qu’elle tombe d’un taux de 60 pour cent des recettes d'exportation à celui de 20 à 30 pour cent actuellement, a indiqué Muwonge.

    "Le café est toujours au centre de l'économie ougandaise pour les emplois, les revenus des agriculteurs et les gains de devises fortes malgré la baisse de sa part de recettes d'exportation en raison de la diversification des produits d’exportation", a-t-il expliqué. "L'augmentation des investissements dans le secteur peut porter des fruits dans les programmes gouvernementaux de réduction de la pauvreté".

    L'Ouganda a réduit une forte dépendance du café pour ses recettes en devises fortes en promouvant des produits d’exportation non traditionnels, notamment le poisson, les produits horticoles, le maïs, le cacao, des cuirs et des peaux.

    Le président ougandais, Yoweri Museveni, a souligné l'importance de cette culture à la fin de septembre en déclarant que toute personne surprise en train de contaminer la qualité du café devrait être arrêtée et poursuivie. Dans le passé, certains agriculteurs ont été accusés de récolter des fèves immatures, tandis que les marchands étaient accusés de mélanger le café de qualité inférieure avec des marques de qualité supérieure et de le vendre comme de qualité supérieure.

    "L'envie de cueillir le café immature est motivée par la pauvreté, puisque parfois, des besoins pressants peuvent survenir avant la maturité totale de votre culture", a expliqué à IPS, Sunday Mugaga, un producteur de café dans de district de Kayunga, dans la région centrale de l'Ouganda.

    comment closed

    Tag Cloud

    Africa Centrale Asia/Pacifico Culture, Religion, Sport East Africa Education Energy Global Affairs Orient Peace and conflict Population, Refugies Science, Technologie Southern Africa Spécial Culture,Religion et Genre Travail West Africa