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OUGANDA: Lenteur dans l’assistance médicale aux enfants "hantés"

    By Henry Wasswa

    KAMPALA, 20 sep (IPS) – Sur une terre humide jonchée de fruits frais d’un grand manguier dans le village de Tumangu, dans le nord de l’Ouganda, Betty Olana, 42 ans, est assise sur une natte de papyrus en train de surveiller quatre enfants émaciés infectés par le syndrome mystérieux du hochement de la tête.

    Cette maladie laisse les victimes mentalement handicapées et les amène à hocher la tête à plusieurs reprises lorsqu’elles voient la nourriture ou l’eau froide.L’une d’entre elle est sa fille, Joyce Laram, 15 ans, qui est assise avec sa bouche ouverte, et la salive qui coule sur son menton. Ces enfants malades parlent rarement et même quand ils le font, ils prononcent des mots inintelligibles que seuls leurs parents comprennent.”C’est notamment la nuit, quand la lune s’élève, qu’elle se met à délirer. Elle trouve à peine le sommeil la nuit. Elle pleure tout d’un coup et nous sommes obligés de l’attacher. Elle dit maintenant: ‘Je vois des fantômes. Les fantômes sont là. Je les vois de mes yeux. S’il vous plaît, protégez-moi’”, a déclaré Olana à IPS au sujet de sa fille qui était tout à fait normale jusqu’à l’âge de 10 ans.

    Les victimes de cette condition neurologique inexpliquée présentent plusieurs symptômes, notamment le hochement continu de la tête, le retard mental, l’épilepsie, des éruptions et le tremblement des mains. Bon nombre des personnes infectées souffrent également de malnutrition puisque leurs crises sont déclenchées par les aliments.”Au début, elle a commencé à hocher la tête. Elle a été placée sous médicaments (pour l’épilepsie) pendant longtemps. Les médecins disent que c’est l’épilepsie, mais je ne crois pas. Je pense que cette enfant, comme le reste dans ce village, est hantée par les esprits des morts”, a affirmé Olana.Des experts de la santé indiquent que la maladie n’est pas transmissible. Mais les scientifiques restent dans l’ignorance à propos de cette affection mortelle qui n’a aucun remède connu, et qui est apparue pour la première fois en Tanzanie dans les années 1960. Le gouvernement ougandais estime que 200 enfants sont morts de la maladie en janvier.Les enfants doivent être constamment surveillés puisque certains sont tombés dans des feux et des rivières, tandis que des animaux sauvages ont mangé d’autres.

    Certains parents attachent leurs enfants à des arbres ou les enferment quand ils vont au champ ou au marché. Mais bon nombre ont été abandonnés.Aujourd’hui, les parents et les agents humanitaires dans le nord de l’Ouganda, où le syndrome du hochement de la tête est très répandu, sont fâchés du fait que le gouvernement ne soit pas en train de faire assez d’efforts pour lutter contre la maladie.La région a été dévastée par la guerre dans le pays avec les rebelles de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA), dirigée par Joseph Kony. C’était l’un des conflits les plus longs en Afrique, qui a commencé en 1978 et a atteint depuis lors les pays voisins, le Soudan du Sud et la République démocratique du Congo.La LRA a été accusée de violations des droits humains, notamment de l’enlèvement de 20.000 enfants, du meurtre de près de 100.000 civils, de mutilations, de l’esclavage, de torture et de viol.Le syndrome du hochement de la tête, qui touche essentiellement les enfants âgés de trois à 18 ans, a été pour la première fois officiellement signalé dans le district de Kitgum, dans le nord de l’Ouganda, en 2008.

    Mais il s’est maintenant répandu à quatre autres districts voisins. Le groupe indépendant de charité ‘Kitgum NGO Forum’ (Forum des ONG de Kitgum), qui a pour la première fois annoncé le déclenchement de la maladie dans la région, estime que jusqu’à 5.000 enfants sont infectés, mais les autorités gouvernementales de la santé affirment qu’il y a seulement 3.200 enfants.Dans le village de Tumangu, qui se situe sur une plaine parsemée d’arbustes épineux, de manguiers et de jardins de manioc, pratiquement chaque maison a un enfant souffrant du syndrome du hochement de la tête.Certains parents à Tumangu, tiraillés entre la division de leur temps de travail sur leurs petites fermes et l’entretien de leurs enfants, ont mis en place un réseau communautaire dans lequel les gens se relaient pour surveiller les groupes d’enfants infectés.Cette mesure est devenue de plus en plus nécessaire, puisqu’il a été signalé des cas de sévices sexuels contre des jeunes filles souffrant du syndrome du hochement de la tête.Gladys Laker, qui dirige le ‘Kitgum NGO Forum’, a déclaré que bien que le gouvernement ait agi à la fin de l’année dernière pour contenir la propagation de la maladie, “l’attention au syndrome du hochement de la tête a maintenant baissé et nous voyons des filles victimes se faire violer”.”Nous disposons des informations à partir d’un récent rapport indiquant que des filles malades ont été abusées sexuellement et enceintées. Des hommes profitent de la condition dans laquelle se trouvent ces enfants pour les violer”, a expliqué Laker à IPS.

    “Bien que ces enfants soient malades, celles qui n’ont pas été complètement dérangées par les symptômes de la maladie sont encouragées à aller à l’école. C’est à ce moment que ces hommes les guettent. Leurs parents ne peuvent pas les surveiller tout le temps, et quand ils vont dans leurs petites fermes, certaines de ces enfants sont abusées sexuellement”, a-t-elle déclaré.Cela laisse William Owacha préoccupé par l’avenir de sa fille de 17 ans, Susan. “C’est une situation grave”, a-t-il dit, se référant aux incidents de viol. “Le gouvernement devrait agir rapidement parce qu’il y a négligence”.”Je m’inquiète parce qu’elle n’a aucun avenir. Susan est maintenant inutile. Elle ne peut pas communiquer correctement, elle n’a pas d’appétit et regarde dans le vide tout le temps et tout d’un coup, elle tombe. Elle n’est pas une personne normale. La situation ici est alarmante parce que nos enfants deviennent de plus en plus infectés. Ici, dans le village de Lameiti (nord de l’Ouganda), nous les parents, nous pleurons”, a indiqué Owacha.

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