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OUGANDA: Les adolescents ont du mal à révéler leur statut sérologique

    By Wambi Michael

    KAMPALA, 18 juin (IPS) – Le silence est d'or, dit-on. Mais pas pour Constance Nansamba* originaire de l'Ouganda, qui a payé un prix fort pour avoir gardé le silence sur sa séropositivité et est tombée enceinte à l’âge de 18 ans.

    "J'étais terrifiée. Je me suis enfuie de la maison de mon frère. Je n’arrivais pas suivre les directives sur la PTME [prévention de la transmission de la mère à l’enfant], alors le bébé est séropositif", a-t-elle déclaré à IPS.

    Nansamba savait qu'elle est née avec le virus mais, craignant le rejet, elle n'a pas informé son copain. "Nous utilisions le préservatif, il se plaignait toujours, nous avons abandonné le préservatif [et] je suis tombée enceinte". Bien qu'il n'ait pas contracté le VIH auprès d’elle, ils ont rompu.

    Nansamba, aujourd’hui âgée de 20 ans, a trouvé le courage de raconter son histoire afin d’aider d’autres. Elle est membre des Jeunes séropositifs de l'Ouganda (UYP), une organisation qui offre des conseils sur le VIH, le dépistage et des conseils d'adhérence au traitement.

    Elle a dit à IPS que beaucoup d’adolescents nés avec le VIH ne connaissent pas leur statut sérologique lorsqu’ils commencent à avoir des rapports sexuels, ou ils le connaissent mais n’informent pas leurs partenaires sexuels.

    Une enquête menée par le Centre de santé Mildmay en Ouganda auprès de 200 adolescents qui reçoivent un traitement anti-rétroviral a révélé que 75 pour cent n'étaient pas disposés à divulguer leur statut sérologique à leurs partenaires sexuels et que 30 pour cent ne voulaient pas avoir des rapports sexuels protégés.

    "Ils n'ont tout simplement pas d'informations pour les guider dans la négociation de la divulgation, la double protection et l'utilisation systématique du préservatif", a expliqué Nansamba. "J'ai été confrontée au même défi parce que je ne discutais pas des questions portant sur les relations sexuelles avec mon frère aîné, qui était comme mon père".

    Les parents de Nansamba sont morts quand elle était bébé et son frère l'a élevée.

    Le VIH parmi les jeunesL'Ouganda est un pays jeune; près de 80 pour cent de ses 34 millions d’habitants ont moins de 30 ans.

    La séroprévalence nationale est de 7,2 pour cent et, de façon inquiétante, commence à augmenter lentement. Parmi les jeunes de 15 à 24 ans, cinq pour cent des femmes et deux pour cent des hommes sont séropositifs, selon l'Enquête 2011 sur l’indicateur du SIDA en Ouganda.

    Le Rapport 2013 du Fonds des Nations Unies pour l'enfance sur le bilan de la situation des enfants et le SIDA estime que l'Ouganda a environ 110.000 adolescents âgés de 10 à 19 ans vivant avec le VIH, dont 64.000 sont des filles et 48.000 garçons.

    Emmanuel Elwanu avait 14 ans quand il a appris qu'il était né séropositif. Craignant la discrimination, il a eu du mal à informer ses amis séronégatifs. "J'ai dû subir beaucoup de conseils avant que je puisse m’ouvrir", a-t-il indiqué à IPS.

    Elwanu a eu de la chance: son école avait des séances hebdomadaires de conseils sur le VIH et il a rejoint l'initiative de Sensibilisation sur le VIH/SIDA de la paroisse de Mbuya.

    "Bon nombre de mes collègues séropositifs traversent des moments très difficiles avec les relations", a expliqué Elwanu, âgé de 18 ans. "Je pense aux relations sexuelles, mais ce n'est pas ma plus grande priorité".

    Elwanu, dont les parents sont morts alors qu'il était enfant, a décidé de s'abstenir des rapports sexuels jusqu'à ce qu’il finisse ses études.

    Polly Nuwagaba, une conseillère au Centre d'information et de santé des adolescents de Naguru, à Kampala, a déclaré à IPS que la plupart des adolescents ont un problème avec la divulgation.

    "Ils paraissent en bonne santé, ils attirent les partenaires séronégatives, et ils ont des désirs sexuels", a-t-elle expliqué. "Certains nous racontent que quand ils disent qu'ils ont le VIH, ceux à qui ils le disent ne croient pas, et ils finissent par avoir des rapports sexuels non protégés".

    Pas de préservatifs pour les adolescentsDr Sabrina Kitaka, une spécialiste de la santé des adolescents à la Faculté des sciences de la santé de l'Université Makerere au Kampala, note le manque de services de santé pour les jeunes.

    "Il existe quelques établissements de soins de santé externes pour les adolescents, et des services d’hospitalisation pédiatrique pour les enfants ayant jusqu'à 12 ans. Donc les adolescents sont généralement hospitalisés dans les salles pour adultes", a indiqué Kitaka.

    En 2013, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a prévenu que le fait de ne pas mettre en place des services efficaces de traitement du VIH pour les jeunes a entraîné une augmentation de 50 pour cent des décès liés au SIDA chez les adolescents à l'échelle mondiale, par rapport à une baisse de 30 pour cent de ces décès dans la population en général de 2005 à 2012.

    L'OMS a demandé aux gouvernements de revoir leurs lois afin de permettre aux adolescents d'obtenir le dépistage du VIH sans le consentement des parents.

    Mais les responsables ougandais de la santé sont divisés sur la question de savoir si les services de planning familial et les préservatifs doivent être offerts aux adolescents.

    Dr Stephen Watiti, un médecin qui vit avec le VIH, a observé que les lois et les politiques autour des préservatifs et des contraceptifs pour les adolescents en Ouganda ne sont pas claires et sont interprétées de manière incohérente. Cela fait qu’il est difficile pour les jeunes et le personnel de santé de comprendre leurs options.

    Officiellement, seuls ceux qui ont 18 ans et plus sont qualifiés pour les services de planning familial et la distribution de préservatifs. Cependant, plus de la moitié des femmes âgées de 18 à 24 ans avaient eu des rapports sexuels avant l'âge de 18 ans, selon l’Enquête démographique et de santé 2011 de l'Ouganda.

    "En tant que cliniciens, vous ne pouvez pas aller à l'école et promouvoir les préservatifs ou des contraceptifs. Mais quand vous tombez sur un jeune de 14 ans qui est sexuellement actif, alors vous n'avez pas d’autre choix que de lui apprendre à utiliser les préservatifs", a indiqué Watiti à IPS.

    Lors de la réunion de l’UYP tenue à Kampala, la capitale de l’Ouganda, à la fin de janvier, Nansamba a déclaré au public jeune: "Les gars, ce n'est pas facile de vivre avec le VIH. Vous vous sentirez toujours coupable quand vous couchez avec quelqu'un, mais au même moment vous avez des désirs sexuels qui doivent être satisfaits".

    Sa décision aujourd’hui, c’est de "s'abstenir [des rapports sexuels] parce que je ne veux faire courir à personne le risque de VIH".

    Mais pour beaucoup d'adolescents séropositifs, l’abstinence n'est pas une option facile – et en est de même pour la divulgation de son statut sérologique ou la pratique de rapports sexuels protégés.* Le nom a été modifié pour protéger l’identité de la fille

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