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OUGANDA: Maintenir les filles à l’école

    By Andrew Green

    KAMULI, Ouganda, 2 oct (IPS) – Il y a trois ans, après qu’Irène Kamyuka a terminé sa sixième année au cours primaire en Ouganda, son père n’avait pas d'argent. Avec quatre frères et sœurs devant elle à l'école, son père lui avait dit qu'elle devrait abandonner jusqu'à ce que ses finances s’améliorent.

    "Mon père m'a dit que l'argent était fini", a-t-elle déclaré. "Il a dit: 'Tu (attends) jusqu'à ce que les autres terminent'" leurs études.

    Kamyuka, déterminée "à étudier afin qu’à l’avenir je puisse obtenir un emploi", a pu s’en sortir. Finalement, ses parents ont trouvé assez d'argent et elle a pu terminer la dernière année du cours primaire, la septième, en mai de cette année. Puis cet argent est à nouveau fini avant qu'elle ne puisse poursuivre le cours secondaire.

    Bien que les écoles publiques de ce pays d’Afrique de l’est soient théoriquement gratuites, dans la réalité, les parents qui sont incapables de payer les uniformes, livres et les fournitures, ne peuvent pas envoyer leurs enfants à l'école.

    Les Ougandais qui vivent dans les zones rurales, comme Kamyuka, originaire de Kamuli – une ville située au bord du lac Kyoga dans le centre de l’Ouganda – et qui gagnent leur vie comme agriculteurs de subsistance, rencontrent régulièrement des difficultés à payer la scolarité de leurs enfants.

    Comme dans le cas de Kamyuka, le résultat est souvent une éducation interrompue – ou interrompue. En tant qu’enfants ayant abandonné, les filles affirment qu'elles sont stigmatisées parce que les gens supposent qu'elles ont laissé l'école à cause d'une relation sexuelle.

    Cependant, dans la réalité, le choix de rester à l'école n’est généralement même pas celui qu’elles sont autorisées à faire, parce que les parents voient souvent peu de motivation à assurer que leurs filles terminent leurs études.

    "Ils considèrent la jeune fille comme une responsabilité, parce que ce que la famille fait, c’est de préparer une fille pour un mariage", a indiqué Johnson Ntende, le directeur de 'Kamuli Progressive College', une école secondaire près du centre de la ville. "Le rôle d'une femme dans un foyer, c’est de faire la cuisine pour les enfants et de s'occuper de l'homme. Ce rôle ne nécessite pas un niveau scolaire".

    Selon les statistiques préliminaires du ministère de l'Education de l’Ouganda, pour l'année scolaire 2012, le nombre de filles qui ont été admises à suivre le cours secondaire s'élevait à 343.000, contre 408.000 garçons.

    Selon la Banque mondiale, le taux d'alphabétisation des jeunes femmes âgées de 15 à 24 dans ce pays enclavé d’Afrique de l’est de 35 millions d’habitants était de 84 pour cent en 2010, par rapport à 90 pour cent d’hommes dans la même tranche d'âge pour cette année-là. C'est une tendance qui est en cours dans le monde entier, avec les filles moins susceptibles d'être inscrites à l'école et d'accéder aux soins médicaux et plus susceptibles d'être privées de nourriture.

    La conséquence, selon la recherche de la Banque mondiale, est une société moins productive et plus appauvrie.

    Dans le cas de Kamyuka, ses parents voulaient l'envoyer à l'école, mais ne pouvaient tout simplement pas le faire. Cependant, cette fille de 15 ans est maintenant dans sa première année à 'Kamuli Progressive College', grâce à un financement de 'Plan International'. Elle a commencé l'école en août de cette année.

    Cette organisation caritative internationale de développement paie ses frais trimestriels, qui s’élèvent à environ 20 dollars tous les trois mois. Alors que cette école est une institution publique-privée et reçoit quelques fonds du gouvernement dans le cadre du programme de l'éducation primaire universelle, il y a certains frais supplémentaires pour les uniformes et les livres.

    Gloria Titi, la coordinatrice des programmes de 'Plan International', a déclaré qu’en plus du paiement de l’éducation de 54 filles dans la région, l'organisation caritative examine également des moyens pour améliorer l'environnement dans et autour de l'école afin d'atténuer un taux d’abandon qui est toujours "trop élevé" – et n'a souvent rien à voir avec l'argent.

    Jusqu'à 54 pour cent des filles à Kamuli abandonneront l'école avant de terminer, selon Titi. A 'Kamuli Progressive College', il existe un tableau sur le mur du bureau du directeur indiquant les chiffres d'inscription. Il y a 133 filles inscrites en quatrième année, le chiffre tombe à 21 pour la cinquième année.

    Les raisons sont multiples: le harcèlement de la part des hommes pendant la longue marche vers l'école, le manque de salles de bains privées, et l’absence d'argent pour acheter des serviettes hygiéniques pendant les menstruations. Kamyuka a dit que certains des garçons dans son école ciblent les filles pour des relations sexuelles consensuelles ou forcées, ce qui peut ensuite nuire à la réputation de la fille. Et si elle tombe enceinte, elle est renvoyée de force, alors que le père du bébé peut continuer ses études.

    "(Des élèves filles) commencent à aimer les garçons, ce qui les mènera à l'abandon scolaire", a souligné Kamyuka. "Les garçons sont tout simplement en train de détruire nos vies".

    Kamyuka et ses camarades disent que sans éducation, le mariage précoce est la seule option qu'il leur reste. Cette idée est très répandue dans la société ougandaise. Elle a gardé Claire Namakula dans une relation abusive pendant deux ans.

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