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OUGANDA: Une application sur la circulation pour combattre la corruption

    By Amy Fallon

    KAMPALA, 6 fév (IPS) – Il y a le bon côté: "Un léger retard d'environ une minute". Le mauvais côté: "Un embouteillage affreux!!". Et le côté incroyable: "Pas d’embouteillage". Mais tant que les automobilistes et les piétons de Kampala parlent de la circulation, les huit créateurs ougandais de la nouvelle application appelée RoadConexion, sont heureux. En tout cas, pour le moment.

    "Le problème que nous avons ici en Ouganda, ce sont les routes, l'infrastructure est épouvantable", déclare à IPS, Lynn Asiimwe, la promotrice en chef.

    "Ce sont principalement les effets de la mauvaise gouvernance et de la corruption, que sont les embouteillages, des routes inachevées, et les nids-de-poule partout".

    Cette jeune femme de 25 ans, qui prépare un master en innovation inclusive à la 'Graduate School of Business' à l'Université du Cap, en Afrique du Sud, travaille en tant que développeuse de logiciels à 'Access Mobile', une société de technologie mobile.

    Asiimwe et son équipe ont travaillé gratuitement sur l'application "par passion". Et elle espère que cette application, qui a gagné le 'Tech4Governance hackathon', un concours organisé par un centre local d'innovation technologique appelé 'Hive Colab', amènera les dirigeants à faire face à ces problèmes.

    En 2010, le président Yoweri Museveni a promis d'ouvrir une enquête sur les constructeurs de routes corrompus.

    Et en 2011 le journal local, 'The Independent', a indiqué que selon le contrôleur général, l'argent pour l’entretien de l’infrastructure routière n'a pas été bien dépensé et qu'il y avait des "disparités alarmantes au niveau des coûts" ainsi que "des normes de mauvaise qualité, une mauvaise livraison tardive de la part de nombreux entrepreneurs".

    Mais RoadConexion doit d'abord amener les gens à discuter.

    L'application permet aux usagers de soumettre et de recevoir via l’Internet des rapports de circulation en temps réel sur les réparations et accidents de la route ainsi que les embouteillages sur presque n'importe quelle route de Kampala présentée sur 'Google Maps'. Les automobilistes et les piétons peuvent aller sur le site en utilisant Twitter et Facebook.

    "Nous essayons d'amener les usagers à s’engager au début", indique Asiimwe.

    "Si les gens constatent que la circulation est vraiment mauvaise, ils pourraient commencer seuls une conversation et cette conversation tiendra ces dirigeants responsables".

    "Nous espérons que les autorités commenceront effectivement à faire quelque chose, commenceront à être préoccupées (par la situation), commenceront réellement à utiliser l'argent dans la bonne direction".

    A Kampala, les 'bodabodas' (taxis motos), 'matatus' (minibus), voitures, camions et les vélos se bousculent tous pour pouvoir circuler sur la route.

    Selon le journal local, 'The Monitor', il y avait 16.765 accidents de la route signalés en Ouganda en 2012, faisant des milliers de morts et des centaines de mutilés.

    Asiimwe estime que la corruption a fait que "des entreprises peu qualifiées prennent des travaux routiers, ce qui entraîne la réalisation de travaux [médiocres]".

    "Ces routes ont tendance à se dégrader en quelques mois, entraînant des nids-de-poule et autres formes de dégradation. Cette dégradation n’arrive pas à faciliter le niveau de la circulation, ce qui se traduit des embouteillages".

    Selon un document de recherche sur les politiques de la Banque mondiale, intitulé "Les infrastructures de l'Ouganda: une perspective continentale", fournir de l'argent et des ressources pour l'entretien des routes dans le pays "demeure un défi", avec des investissements supplémentaires nécessaires pour améliorer la sécurité routière.

    Asiimwe ajoute: "Ces entreprises qui réalisent des travaux routiers [médiocres] doivent être tenues responsables et nous essayons de parvenir à cela avec RoadConexion"Un mauvais exemple, c’est un tronçon de route près de l'Université de Makerere, au centre de Kampala, sur lequel des travaux qui étaient supposés être achevés par une entreprise internationale en octobre 2013 n’ont même pas encore commencé.

    "Ils y ont déjà la grande bannière indiquant le nom de l'entreprise, ce qu'elle fait, la durée des travaux", souligne Asiimwe.

    "Mais quand nous les avons contactés, ils ont déclaré 'oh, nous avons connu quelques difficultés, le financement ne venait pas à temps'".

    "La route est vraiment poussiéreuse, les nids-de-poule sont toujours là, mais personne ne permet aux usagers de savoir ce qui se passe".

    Actuellement RoadConexion reçoit entre 50 à 100 visites par jour à travers les ordinateurs et les téléphones mobiles, la plupart des utilisateurs s’inscrivant avant l’heure d’affluence du matin.

    "La plupart des gens veulent visiter (le site), mais peu veulent faire de soumission", indique Asiimwe.

    "Je me rends compte qu'en Ouganda, nous sommes habitués à consommer, nous ne sommes pas habitués à cette mentalité de l'approvisionnement", explique Asiimwe.

    Le développement de RoadConexion fait suite au lancement de Ma3Route en 2012, une application pour les utilisateurs kényans. Cette plateforme mobile, d’Internet et de SMS cherche les données sur le transport et fournit aux usagers de la route de Nairobi des informations sur la circulation, les itinéraires et les rapports de conduite.

    "Mon désir de construire un outil pour aider les banlieusards dans les pays en développement a été renforcé davantage après que j'ai acheté ma première voiture une fois que j'ai obtenu mon premier emploi et ai été témoin de première main de toutes ces heures que les conducteurs perdent dans une circulation parfois évitable en raison du manque d'informations", déclare à IPS, Laban Okune, le créateur de Ma3Route.

    Okune, qui a grandi à Butere, une ville de la Province occidentale du Kenya et qui est allé à Nairobi pour étudier le génie informatique, a décidé de construire un "outil à triple menace" qui aborde les problèmes de la circulation, des itinéraires et de conduite imprudente rencontrés par les banlieusards dans les pays en développement.

    "La goutte d'eau qui a fait déborder le vase était le carnage routier vécu au Kenya. Les véhicules de transport public traversent les routes, remplis de personnes, font des zigzags et se chevauchent imprudemment, les amenant à dérailler et déverser les passager par terre".

    "Nous perdons tellement de vies".

    Au moins 2.000 en l'espace de seulement neuf mois, selon le reportage d’un journal.

    Les utilisateurs de Ma3Route peuvent recevoir des instructions et des alertes sur des routes données, signaler des fautes de conduite et même relever les plaques d'immatriculation avant de monter dans un bus afin de vérifier les antécédents de conduire du chauffeur.

    Okune espère étendre son initiative à d'autres régions du Kenya. Ma3Route a aussi ses yeux rivés sur Kampala et Dar es Salaam en Tanzanie.

    Fexlix Odongkara, directeur de la 'Automobile Association of Uganda' (Association des automobilistes de l'Ouganda', estime que les applications de la circulation pourraient être une bonne alternative aux informations de la circulation sur les stations de radio du matin et du soir.

    "Les embouteillages en Ouganda s'aggravent. Je vis dans cette ville depuis plus de 30 ans et chaque année la situation empire", déclare-t-il à IPS.

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