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PAIX-AFGHANISTAN: La paix afghane passe par la société civile

    Giuliano Battiston

    KABOUL, 07 septembre (IPS) – Plus d'une décennie après la chute du régime taliban, l'Afghanistan est toujours en proie à la guerre. Parler de paix dans cette région du monde est difficile, car personne ne sait plus à qui trop parler.

    Les efforts s'accentuent en prévision de la prochaine assemblée générale de l'ONU qui aura lieu le 14 septembre pour débattre des moyens de promouvoir une culture de la paix. Comme l'indiquent des fonctionnaires de l'ONU, de plus en plus d'efforts pour la paix sont mis en place par des groupes de la société civile afghane.

    De nouvelles initiatives ont été prises par des responsables internationaux afin d'entamer un dialogue avec des groupes anti-gouvernementaux, en prévision de 2014 lorsque la responsabilité de la sécurité du pays sera transférée intégralement aux autorités afghanes alors que la plupart des forces internationales auront quitté l'Afghanistan.

    De nombreux militants sociaux à Kaboul considèrent tous ces efforts comme improductifs. « Je ne suis pas optimiste quant à la paix en Afghanistan », déclare Sima Samar, qui dirige la Commission afghane indépendante des droits de l'homme (AIHRC). « Il y a une concurrence vicieuse à propos de l'issue des négociations car trop d'interlocuteurs y prennent et beaucoup tentent de réaliser leur propre ordre du jour précis. Aucun mécanisme clair n'indique vraiment qui doit parler avec qui, sur quoi, dans quel but pour assurer la paix ».

    « Personnellement, je pense que nous allons perdre notre temps, à moins de préciser clairement les mécanismes par lesquels nous voulons apporter la paix dans le pays et de comprendre qui sont nos ennemis et qui sont nos amis dans ce conflit. En outre, nous devons aborder le conflit non seulement comme une question politique, mais aussi comme un problème social. Sinon, nous risquons d'obtenir un accord de courte durée, mais pas un vrai processus de réconciliation durable », ajoute-t-il.

    « La clameur rhétorique des paroles à propos de la parole a abouti à un certain nombre de mouvements désespérés et dangereux de la part du gouvernement afghan et ses alliés internationaux pour réunir les dirigeants des insurgés à la table des négociations », explique Robert Templer de l'International Crisis Group, directeur de programme pour l'Asie , lors d'une présentation du nouveau rapport « Discussions sur la parole : vers un règlement politique en Afghanistan ».

    Les analystes estiment qu'il existe un côté international de ces mouvements marqués par les tentatives des puissances régionales et internationales en vue d'obtenir des souverainetés politiques sur l'Afghanistan, et aussi un côté national interne qui découle de l'héritage de la guerre, ce qui contribue encore à l'instabilité.

    « En ce qui concerne le facteur externe, il faut souligner l'ingérence des puissances régionales comme le Pakistan, l'Iran, les Etats-Unis et d'autres où la guerre en Afghanistan est déjà un peu devenu leur propre guerre », précise Mohammed Saeed Niazi, directeur du Centre de société civile et de développement de Kaboul.

    « En ce qui concerne le facteur interne, nous avons besoin de la paix sociale, plutôt que d'un accord politique. Au cours des dernières décennies, la culture de la guerre s'est profondément inscrite dans notre état d'esprit. Nous devons d'abord retrouver la paix en nous-mêmes, dans nos familles, dans nos groupes et nos communautés locales. Le manque de confiance mutuelle a érodé les liens sociaux et nous avons besoin de récupérer cette confiance et ces valeurs. »

    Plusieurs organisations afghanes se concentrent désormais davantage sur les projets de renforcement de la paix au niveau local. « Si vous voulez la paix et de la réconciliation, il faut commencer par mobiliser les collectivités locales en les rendant proactifs et disposés à participer à la construction d'un avenir commun », déclare Idrees Zaman, directeur général du Centre pour la Paix et l'Unité (CPAU ), une organisation non gouvernementale et à but non lucratif.

    « Dans nos recherches, nous constatons qu'il y a un lien entre les conflits locaux et nationaux: les conflits locaux sont généralement instrumentalisés et politisés, et peu à peu ils deviennent une source de conflit plus large et plus radicale. C'est pourquoi nous organisons des programmes d'enseignement de la paix à l'école et de consolidation de la paix dans les communautés locales », ajoute-t-il.

    Raz Mohammed Dalili, directeur général de Sanayee Development Organisation (SDO), une des plus anciennes ONG afghanes fondées en 1990, déclare « mettre l'accent sur la consolidation de la paix communautaire, plutôt que de répondre directement aux questions politiques, parce que nous n'avons que trop connu ces accords de paix signés par des politiciens, des commandants et des diplomates, sans un processus consultatif et transparent, et qui n'ont généralement pas une vie longue. Cela provoque de nouvelles victimes, des abus et crée de nouvelles raisons de combattre à nouveau ».

    Cette organisation a fait la promotion des programmes de paix dans chaque classe de l'école. « Nous venons de commencer un projet de résolution de conflits dans les madrasas, les écoles religieuses, afin de travailler avec les jeunes savants musulmans qui, jusqu'à présent, ont été isolés et mis à l'écart des programmes traditionnels », ajoute Dalili.

    « Je suis convaincu que l'éducation de la paix est un antibiotique pour la société. Aujourd'hui, nous avons besoin de ce médicament dont l'ingrédient principal est la tendance à écouter les gens: l'une des sources du conflit est l'énorme fossé entre le gouvernement et le peuple, et la source de cette lacune est le manque d'écoute, le manque d'outils pour la communication mutuelle. Nous espérons combler cette lacune. »
    Ali Wardak, professeur afghan en criminologie associé à l'Université de Glamorgan au Royaume-Uni, part souvent dans son pays natal pour effectuer des recherches. Il estime que des outils culturels et sociaux peuvent également être utilisés pour négocier avec les talibans.

    « Les Afghans qui luttent sont des gens qui ont souffert, qui ont été marginalisés ou qui ont des plaintes pertinentes mais qui n'ont pas eu d'écoute nécessaire. La guerre les a radicalisé. Les talibans peuvent être réformés. Il faut beaucoup de temps pour accomplir un processus de réforme, peut-être 20 ans, mais il est maintenant temps de changer de stratégie dans ce pays ».

    (FIN/IPS/2012)

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