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PAKISTAN: Des étudiants s’en prennent à l’armée

    By Ashfaq Yusufzai

    PESHAWAR, Pakistan, 18 fév (IPS) – Gênés par les victimes civiles et poussés par la situation désespérée des personnes vivant comme des réfugiés dans leur propre pays, les étudiants des Zones tribales sous administration fédérale (FATA) du Pakistan exigent la fin des opérations de l'armée contre des militants sur leur terre natale.

    "Nous sommes malades de l'action militaire dans les FATA puisqu’elle n'a pas éliminé les talibans mais tué, blessé et déplacé des gens innocents", a déclaré à IPS, Khan Bahadar, président de la Fédération des étudiants des FATA (FSF).

    "La population tribale vit un moment difficile depuis que l'armée pakistanaise a pris le contrôle des FATA en 2004. L'armée, principalement envoyée pour lutter contre les militants talibans, a provoqué un exode massif à partir de la zone de conflit. Les insurgés restent sains et saufs".

    Les talibans se sont réfugiés dans les FATA près de la frontière poreuse de 2.400 kilomètres entre le Pakistan et l'Afghanistan après que leur gouvernement à Kaboul a été renversé par les forces conduites par les Etats-Unis en 2001. En tant que ligne de front dans la guerre dirigée par les Etats-Unis contre le terrorisme, le Pakistan a lancé une action militaire contre les talibans dans les FATA en 2004, déclenchant des déplacements massifs.

    "Environ 2,1 millions de personnes des FATA vivent maintenant dans la province voisine de Khyber Pakhtunkhwa. Elles sont dans une profonde détresse puisqu’elles ont dû abandonner leurs emplois, leurs affaires et leur activité agricole", explique Bahadar, 19 ans, étudiant à l'Université de Peshawar.

    Beaucoup d'étudiants provenant des FATA suivaient les cours à Khyber Pakhtunkhwa.

    La FSF a été créée en 2013 afin de faire pression sur le gouvernement à mettre fin aux opérations militaires dans toutes les sept agences des FATA et de faciliter un retour rapide des personnes déplacées dans leurs foyers.

    Bahadar affirme que la campagne menée par les étudiants des FATA prend de l'ampleur.

    Le vice-président de la FSF, Burhanuddin Chamkani indique: "Nous organisons des manifestations à Peshawar et à Islamabad afin de mettre en lumière les problèmes de notre peuple. Les opérations militaires ne constituent pas une solution à la poursuite du terrorisme".

    Chamkani est de l’Agence du Waziristan du Nord dans les FATA. Lui aussi affirme que des civils ont été tués ou mutilés dans l'action militaire, alors que les militants restent indemnes.

    "Au moins cinq personnes, dont des femmes et des enfants, ont été tuées dans un raid aérien de l'armée dans le Waziristan du Nord le 21 janvier, en représailles à un attentat suicide contre un convoi de l'armée qui avait tué 22 soldats un jour auparavant", souligne-t-il.

    Une autre organisation, la Fédération des étudiants du Waziristan (WSF), envisage d'intensifier sa campagne.

    Muhammad Irfan Wazir, un membre du bureau de la WSF, affirme que près de 20.000 jeunes provenant des FATA étudient à Peshawar, la capitale de la province de Khyber Pakhtunkhwa. La plupart n'ont pas pu visiter leurs familles à cause du terrorisme, explique-t-il.

    "L’on doit passer par plusieurs barrages de l'armée avant d'arriver à son domicile dans les FATA. Ils ont le mal du pays".

    La WSF a prévu des manifestations, marches et des séminaires afin de sensibiliser le public, l'armée et le gouvernement.

    "Nous manifestons à l'Université de Peshawar le week-end", déclare Wazir. "Nous organisons également des événements de charité et des spectacles de musique afin de collecter des fonds pour les personnes déplacées vivant dans des camps à Peshawar et dans d'autres régions".

    La responsabilité d'arrêter les opérations militaires incombe au gouvernement fédéral qui contrôle directement les FATA, souligne-t-il.

    "Nous avons organisé au moins une douzaine de manifestations près de la résidence du gouverneur afin d’arrêter l’action militaire, mais en vain".

    Muhammad Javid, un enseignant à l'Université de Gomal, à Khyber Pakhtunkhwa, dit que la poursuite de l'offensive militaire a provoqué la colère des étudiants, qui font activement campagne contre elle.

    "Les étudiants ont raison d’exiger la fin de l'action militaire puisqu’elle n'a pas amené la paix dans ces régions", indique-t-il à IPS.

    Ils font campagne afin de demander au gouvernement d'entamer des négociations avec les talibans.

    Le parti 'Pakistan Tehreek Insaf' (PTI), qui est au pouvoir à Khyber Pakhtunkhwa, croit également qu’un dialogue avec les militants peut mettre un terme à la souffrance des gens dans les FATA.

    "Nous avons été un fervent partisan des négociations de paix avec les militants", déclare à IPS, Ayesha Gullalai du PTI, un membre de l'Assemblée nationale.

    Elle affirme que le gouvernement fédéral est insensible aux malheurs des gens de Waziristan natal.

    "C'est de la responsabilité du gouvernement d'évacuer la population civile avant toute action. C’est une violation de la charte des Nations Unies sur les droits de l'Homme que de tuer et de blesser des non-combattants", précise-t-elle à IPS. L’armée ne cible pas délibérément les civils, mais il y a des incidents de victimes civiles, indique-t-elle.

    "La campagne menée par les étudiants tribaux est bienvenue. Ces derniers temps, la jeunesse est devenue une voix pour les gens des FATA".

    Sagheerullah Khan, 20 ans, qui vit dans un foyer local à Peshawar, est originaire du Waziristan. "Les opérations militaires inutiles dans les FATA couplées avec les attaques de drones américains, dans lesquelles essentiellement des gens innocents sont tués, ont amené la population locale à se retourner contre le gouvernement", dit-il. Cela ne produit que plus de militants, souligne-t-il.

    "Les bombardements aveugles de l'armée constituent une menace constante pour la population".

    Les jeunes provenant des FATA qui étudient à Peshawar disent qu'ils soulèvent la question des décès de civils auprès de leurs représentants à l'Assemblée nationale et au Sénat.

    La lutte pour mettre fin aux opérations de l'armée sur leur terre natale, indiquent-ils, se poursuivra.

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