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PAKISTAN: Les réfugiés vivent un cauchemar dans le nord

    By Ashfaq Yusufzai

    PESHAWAR, Pakistan, 30 juil (IPS) – Certains ont fui à pied, d'autres sont montés à bord des camions avec leurs bagages, vivres et leur bétail. Bon nombre ont été séparés de leur famille, ou se sont effondrés pour épuisement sur le chemin. Ils ne savent pas d’où viendra leur prochain repas, ou comment ils subviendront aux besoins de leurs enfants.

    Dans les vastes camps de réfugiés de la province de Khyber Pakhtunkhwa (KP), les civils qui ont fui l'offensive militaire de l'armée pakistanaise contre les talibans dans l'agence du Waziristan, dans le nord du pays, se promènent maintenant à pied dans un état de confusion délirante.

    Les autorités médicales de la région disent que presque tous les 870.000 personnes déplacées à l'intérieur dans la province de KP sont profondément traumatisées par plus d'une décennie de guerre dans les provinces du nord, où elles ont été prises dans les tirs croisés entre les forces gouvernementales et les militants qui ont traversé la frontière depuis l'Afghanistan pour entrer dans les Zones tribales sous administration fédérale (FATA) du Pakistan en 2001.

    Maintenant, comme l'armée mène des raids aériens sur l’agence du Waziristan du Nord de 11.585 kilomètres carrés, dans un effort déterminé d’éliminer les talibans, les civils fatigués de la guerre souffrent encore une fois le plus du conflit, forcés de quitter leurs maisons ancestrales et de chercher refuge dans la province de KP voisine où l’abri, d'eau potable, la nourriture et les fournitures médicales sont utilisés au maximum.

    Les personnes déplacées à l'intérieur y arrivent en foules depuis le début de l'opération militaire le 15 jun, atteignant près d'un million à la mi-juillet, indiquent les responsables de la région. Jusque-là, l'aide arrive sous forme de rations alimentaires et de fournitures médicales pour les blessés, ainsi que ceux laissés déshydratés par la chaleur brûlante de 45 degrés.

    Mais très peu de choses se font pour aborder le traumatisme psychologique qui affecte presque tout le monde dans ces camps.

    "La population déplacée vit dans des maisons louées ou chez des proches où ils manquent d'eau, de l'assainissement et de nourriture qui font qu’ils sont confrontés aux maladies d'origine hydrique et alimentaire", explique à IPS, Dr Mian Iftikhar Hussain, un psychiatre. "Mais les principaux problèmes sont les troubles psychologiques, qui sont 'invisibles'".

    Assise devant l'Hôpital psychiatrique Iftikhar de Peshawar, la capitale de la province de KP et à environ 402 kilomètres du plus grand camp de réfugiés de Bannu, Zarsheda Bibi, 50 ans, déclare à IPS que toute sa famille a fui le Waziristan, laissant tout derrière.

    Bien pire que la perte de sa maison et de ses biens, dit-elle, c’est la perte de son petit-fils d’un an, qui est mort au cours du long et périlleux voyage pour arriver dans la province de KP.

    "Elle ne dort pas correctement parce qu’elle rêve de son petit-fils défunt chaque soir", indique Iftikhar, qui soigne Bibi pour trouble de stress post-traumatique (TSPT).

    Selon Javid Khan, un responsable de l'Autorité nationale de gestion des catastrophes, le TSPT est l'une des affections les plus courantes parmi les personnes déplacées.

    Il raconte à IPS son interaction récente avec une femme dans un camp de Bannu, dont le mari a été tué par les bombardements à Miramshah, le siège du Waziristan du Nord.

    "Maintenant, elle est complètement désorientée et extrêmement préoccupée par l'avenir de sa fille et de ses trois fils", déclare-t-il, ajoutant que ceux qui ont été déplacés sont sûrs de développer des troubles aussi bien à long terme qu’à court terme comme conséquence d'un stress prolongé, de l'anxiété et de la peur.

    D'autres conditions pourraient inclure la dépersonnalisation, classée dans le DSM-IV comme un trouble dissociatif dans lequel la personne éprouve des sentiments de ne pas être dans son corps et la désorientation grave; ainsi que la déréalisation, une altération de la perception du monde extérieur au point qu'il semble irréel, ou 'onirique'.

    Les experts disent que les personnes arrachées à leurs villages d'origine, poussées dans des milieux complètement nouveaux et qui vivent quotidiennement l'insécurité sont très sensibles à ces types de conditions, qui sont associées à un traumatisme grave.

    Khan affirme que les femmes et les enfants, qui représentent 73 pour cent des personnes déplacées à l’intérieur, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), sont susceptibles d'être affectés de façon disproportionnée par le TSPT, ainsi que des troubles liés à l'anxiété, au stress, à la panique et la dépression.

    Muhammad Junaid, un psychologue qui travaille avec les personnes déplacées, dit que les victimes souffrent également d'une mauvaise estime de soi, puisqu’elles sont forcées d'occuper des tentes et des cabanes, dans des conditions extrêmement insalubres.

    Les mères sont particulièrement touchées par leur incapacité à subvenir aux besoins de leur famille, indique-t-il à IPS, ajoutant que des phobies permanentes ne sont pas rares.

    Une autre préoccupation majeure des responsables de la santé dans la région, c’est de savoir comment la situation affectera les enfants, dont beaucoup sont à un âge très sensible.

    "De l'enfance à l'adolescence, l’enfant passe par des phases dramatiques de développement physique et mental", explique Junaid. "Au cours de cette transition, ils acquièrent leur identité, se développent physiquement et établissent des relations familiales, ainsi que des liens avec leur communauté et la société dans son ensemble".

    Arrachées à leurs maisons ancestrales et leurs communautés traditionnelles, déclare-t-il, ce processus sera interrompu, entraînant des troubles mentaux à long terme sauf s’ils sont correctement traités.

    Les parents s’inquiètent également de ce que le déplacement pourrait signifier pour l'éducation de leurs enfants.

    "Deux de mes fils sont très bons dans leurs études", confie à IPS, Muhammad Arif, un commerçant de Mirali, une division administrative du Waziristan du Nord. "Ils travaillaient bien en classe et occupaient de bons rangs. Maintenant, il y a pas d'école et je crains qu'ils ne progressent dans leur éducation".

    Même s’ils devaient retourner au Waziristan, dit-il, l'avenir s'annonce sombre, puisque l'opération de l'armée a dévasté les maisons, les bâtiments et les établissements commerciaux. Tout devra être reconstruit à partir de zéro avant que les gens ne puissent retourner à une vie normale, déplore-t-il.

    Après près d'un mois dans le camp, Sadiq, 10 ans, le fils d’Arif, a presque abandonné l'espoir. A travers des larmes, il dit à IPS que des enfants comme lui n’ont "aucun sommeil, aucun jeu, aucune éducation".

    "Je ne sais pas ce que l'avenir nous réserve", affirme-t-il.

    Pour les experts de la santé de longue date dans la région, la situation est à un point culminant effrayant d'une crise qui couve depuis des années, depuis que l'armée a lancé une répression contre les insurgés dans les régions montagneuses escarpées dans le nord du Pakistan il y a près de 12 ans.

    "Environ 50 pour cent des habitants des FATA ont souffert de problèmes psychologiques à cause du militantisme et des opérations militaires ultérieures", explique à IPS, Muhammad Wajid, un psychiatre à l'Hôpital universitaire de Khyber Pakhtunkhwa à Peshawar.

    "Nous avons examiné environ 300.000 patients dans les salles de psychiatrie de l'hôpital de KP en 2013; 200.000 d'entre eux appartenaient aux FATA. Ce chiffre comprenait 145.000 femmes et 55.000 enfants", indique-t-il.

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