Home » Droits de L'Homme, Headlines, Internationale, Politique »

PALESTINE-DROITS: Les enfants Palestiniens subissent le clivage politique

    JERUSALEM, 12 mars (IPS) – Pour Taiseer Khatib et sa femme Lana qui ont deux enfants, Adnan et Yosra, la conséquence la plus dramatique du refus israélien du droit de résidence aux Palestiniens vivant en Cisjordanie et dans la bande de Gaza est la séparation forcée de nombreuses familles et les répercussions que ce phénomène a sur les enfants. « Psychologiquement, nos enfants en pâtissent. Nous tentons de les protéger mais ils sentent bien qu’il y a un problème », a déclaré Khatib à l’agence IPS.

    « Ils s’en rendent notamment compte quand nous allons rendre visite à leur grand-mère à Jénine (Cisjordanie). Une fois que nous atteignons le barrage de contrôle, Lana doit descendre de la voiture et le passer à pieds alors que nous restons dans la voiture. Les enfants se posent alors des questions. « Pourquoi maman doit-elle marcher ? »

    Khatib est un citoyen palestinien d’Israël qui a grandi et vit à Akka, dans le Nord du pays. Sa femme, Lana, est originaire de Jénine et ne dispose que d’une carte d’identité cisjordanienne.

    Le couple s’est rencontré en 2002 à Jénine, alors que Khatib faisait des recherches sur l’incursion israélienne dans le camp de réfugiés de Jénine lors de la seconde Intifada (soulèvement des Palestiniens ayant débuté à la fin du mois de septembre 2000). Peu de temps plus tard, les deux jeunes gens ont décidé de se marier.

    Cependant, une loi israélienne empêche les Palestiniens d’Israël d’obtenir un permis afin de permettre à leur épouse d’entrer et de résider en Israël en invoquant le droit au regroupement familial. Intitulée « loi sur la citoyenneté et l’entrée en Israël », cette mesure interdit la réunification familiale pour les Israéliens mariés à des Palestiniens des Territoires occupés, désignés comme les « territoires ennemis » (Syrie, Liban, Iran et Irak).

    « Nous connaissons cette loi, mais nous ne laisserons aucun Etat interférer dans notre vie privée », a ajouté Khatib, doctorant de l’université de Haifa.

    Il a expliqué que pour pouvoir être présente lors de son propre mariage célébré à Akka, Lana a été contrainte d’obtenir un permis d’entrée sur le territoire israélien. « Le mariage a eut lieu et elle a été obligée de retourner à Jénine le lendemain, faute de permis de séjour ».

    Depuis lors, Lana a obtenu un permis de séjour en Israël d’une durée d’un an et réside avec sa famille à Akka. La famille vit néanmoins dans un climat d’incertitude constante étant donné que le permis n’octroie pas à Lana les droits fondamentaux israéliens et qu’il peut être révoqué à tout moment.

    « Il lui permet simplement de rester aux côtés de son mari, sans aucun droit à une assurance santé, sans pouvoir conduire alors qu’elle dispose du permis et sans avoir la permission de travailler alors qu’elle a obtenu un diplôme de bachelier de l’université Al-Najah de Nablus. Ce permis est devenu la prison de verre de Lana », selon Khatib.

    Le 11 janvier 2012, la Cour suprême d’Israël a rejeté une requête contre la loi sur la citoyenneté et l’entrée en Israël. Lors de son jugement, la Cour a estimé que même si cette loi viole les droits constitutionnels des citoyens israéliens, l’infraction est proportionnée et n’enfreint pas la constitution.

    « Il est incontestable que les conséquences de l’application immédiate de cette loi sont tangibles et dévastatrices sur le plan humanitaire étant donné qu’elle entraîne la séparation forcée des membres de milliers de familles », a expliqué Sawsan Zaher, avocat chez Adalah, le centre juridique pour les droits des minorités arabes en Israël.

    « C’est extrêmement problématique car les fondements de cette loi consentent à considérer chaque Palestinien comme une menace pour Israël et ne permettent ni aux enfants, ni aux épouses de contrer ces accusations ».

    L’on estime que des milliers de Palestiniens sont directement affectés par cette mesure. Un nouveau site Internet intitulé Love Under Apartheid rassemble quelques témoignages de victimes de cette loi.

    Dans l’une des vidéos, Nehad – dont le nom a été changé pour préserver son anonymat – détentrice d’une carde d’identité jérusalemite, décrit comment elle-même (et ses enfants) ont été contraints de quitter Jérusalem pour se rendre à Kafr’Aqab, du côté cisjordanien du mur de séparation, afin de vivre avec son mari, qui ne dispose que d’une carte d’identité cisjordanienne.

    « Nous sommes mariés depuis 15 ans et nous n’avons jamais pu obtenir de permis de séjour », explique-t-elle dans la vidéo. « Il a donc fallu trouver un endroit où nous puissions vivre ensemble. »

    Israël justifie cette interdiction de regroupement familial en invoquant sa sécurité. Selon les données du gouvernement israélien, cependant, des 130.000 Palestiniens entrés sur le territoire israélien pour le motif de regroupement familial entre 1994 et 2008, seuls 54 ont été suspectés d'implication dans des actes terroristes contre l’Etat israélien et seuls sept ont été effectivement inculpés.

    « Lorsque l’on parle d’égalité, de droit inaliénable pour la communauté internationale, il n’y a pas de discrimination proportionnée : soit vous êtes victimes de discrimination, soit vous ne l’êtes pas. Je pense que cette loi fait partie intégrante d’une politique démographique qui consiste à essayer de préserver une majorité juive sur le territoire israélien », a ajouté Zaher.

    Selon Taiseer Khatib, la volonté de préserver une majorité juive en Israël est en effet la raison principale du maintien de cette loi.

    « Cette loi vise à faire taire les Palestiniens et à leur faire sentir qu’ils ne sont pas chez eux. Israël demande aux Palestiniens d’affirmer qu’Israël est un Etat juif. Et dans un sens, un Etat juif signifie que nous, Palestiniens citoyens d’Israël, pourrions nous retrouver dans l’impossibilité de rester ici, sur notre terre. »

    Malgré l’adversité, Khatib a déclaré que sa famille et lui-même resteront à Akka et continueront de lutter pour leur droit fondamental à vivre ensemble. « En tant qu’être humain, il est de mon droit de fonder une famille avec la personne que j’aime. »

    « J’ai l’opportunité de me rendre à l’étranger avec ma femme et mes enfants, mais je ne partirai pas. Je me battrai jusqu’au bout et j’ai besoin du soutien de toutes les personnes qui pensent que cette injustice doit cesser. Ce sont des enfants, et à fortiori des êtres humains, qui sont les premières victimes de cette loi discriminatoire. »

    (FIN/IPS/2012)

    comment closed

    Tag Cloud

    Africa Centrale Asia/Pacifico Culture, Religion, Sport East Africa Education Energy Global Affairs Orient Peace and conflict Population, Refugies Science, Technologie Southern Africa Spécial Culture,Religion et Genre Travail West Africa