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PEINE DE MORT: 'Elle dévalorise la vie humaine'

    By Alma Balopi s’entretient avec DUMA BOKO, un avocat abolitionniste de la peine de mort au Botswana

    GABORONE, 21 avr (IPS) – Dans un pays où la peine de mort jouit d’un soutien clairement affiché à la fois du gouvernement et du public, l’avocat et politicien Duma Boko n’a pas peur de s’y opposer fermement. Boko était au tribunal le 15 avril pour défendre la vie d’un client malgré les obstacles.

    "Je suis contre la peine de mort pour plusieurs raisons", déclare Boko, "l’une d’elles étant l’irrévocabilité pure et simple de la peine de mort. Vous ne pouvez pas la révoquer".Boko, qui est également le leader du parti de l’opposition, 'Botswana National Front' (Front national du Botswana – BNF), a fait appel de l’accusation et de la condamnation à mort de Brandon Sampson. Sampson a été condamné avec un citoyen sud-africain, Michael Molefhe, en 2007 pour deux meurtres. Leur exécution est prévue pour juillet.Avant l’audience du tribunal, IPS a parlé avec ce grand défenseur des droits de l’Homme, de l’affaire et des perspectives de l’abolition de la peine de mort au Botswana. Voici des extraits de cet entretien.

    Q: Qu’ont demandé Michael Molefhe et Brandon Sampson à la cour au cours de l’audience qui a commencé le 15 avril?R: Ils ont demandé à la cour de casser et de rejeter leur condamnation. Comme vous le savez, chacun d’eux a été accusé de deux meurtres et condamné à mort.Je représente Brandon Sampson. Il dit que sa condamnation n’était pas fondée et que le tribunal a échoué et a commis de graves erreurs dans l’analyse et l’examen des preuves qui ont été présentées à ce sujet. Sur cette base, il a demandé à la cour d’appel de casser et de rejeter cette accusation et cette condamnation comme étant insoutenables et erronées de jure et de facto.Q: Est-ce que l’exécution de ces personnes reconnues coupables de meurtre ne soulage-t-elle pas les familles des défunts?R: Je ne pense pas cela les amène à se sentir soulagées. Personne n’a fait cette étude ici pour le prouver.Ce que je pense qu’elle fait, c’est qu’elle dévalorise la vie humaine.Une société qui célèbre une mort provoquée par l’Etat est une société qui manque de maturité. Si nous pensons que nos populations sont si immatures, nous devons soit les éduquer soit démontrer qu’elles le sont effectivement.Parce que vous pouvez constater qu’elles sont loin d’être si immatures. C’est l’Etat qui manque de maturité à cet égard et le système judiciaire qui oblige les juges et l’Etat à être si immatures.Q: A la lumière de l’acquittement en 2005 de Maauwe et de Motsetlwa, dont le premier procès a été cassé et que l’Etat a trop tardé pour les juger à nouveau, quels sont les quelques problèmes de l’ensemble du système avec les avocats commis par l’Etat dans les cas de la peine capitale?R: C’est seulement un avocat principal de même statut que moi qui peut se charger de ces cas puisqu’ils ne sont pas du tout payés – [l’avocat] ne peut le faire que parce qu’il a la passion de défendre les droits humains.Ce ne sont pas tous les avocats qui ont ce genre de passion et ce ne sont donc pas eux tous qui s’appliqueraient avec autant d’engagement et de zèle comme l’exige la défense d’une affaire de cette nature. Nous devons apporter une amélioration à ce sujet et, deuxièmement, assurer qu’ils bénéficient de beaucoup de moyens.

    L’Etat bénéficie de tous les moyens quand il poursuit en justice. La constitution exige que les personnes accusées bénéficient des mêmes moyens dont dispose l’Etat dans la constitution de leur défense.Il n’y a aucune égalité des armes, si vous voulez, lorsque l’avocat représentant l’accusé n’a pas les mêmes ressources que l’Etat. C’est fondamentalement une violation de la constitution et cette violation doit elle-même vicier l’imposition de la peine de mort à une personne. Alors, c’est un véritable défi.Q: Il semble que certaines des voix les plus déterminées contre la peine capitale au Botswana se sont tues récemment – quelles sont les perspectives d’abolition dans l’avenir?R: Je ne sais pas ce que sont les perspectives. Il faudra certainement un gouvernement engagé à ce niveau ou un système judiciaire très engagé.

    Je pense que le dernier est ce que nous espérons avoir. Nous n’aurons pas une réaction engagée à cette question de la part de ce gouvernement. C’est un gouvernement très populiste; c’est un gouvernement qui croit aux condamnations de cette nature. C’est un gouvernement avec une personne en tête qui dont je doute qu’il réfléchisse sur les implications juridictionnelles et philosophiques de certaines de ces sanctions ainsi que sur leur efficacité en termes de dissuasion ou de réalisation des objectifs sociaux.Alors, nous nous tournerons vers le système judiciaire. Déjà, les hommes qui le gèrent maintenant sont compétents pour se prononcer contre la peine de mort.Q: Vous avez dit plus tôt que votre parti lutte pour les droits humains dans le pays. En tant que président d’un gouvernement du BNF, imposeriez-vous un moratoire ou chercheriez-vous à abolir la peine capitale au Botswana?R: Bien sûr, quand je serai à la tête de ce gouvernement, je ne signerai l’ordre d’exécution de personne, que la loi le dise ou non.C’est une position pour laquelle je ne m’excuse pas parce que c’est une position de principe.

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