Home » Economie et Travail, Europe, Headlines, Internationale, Politique »

POLITIQUE-FRANCE: La gauche européenne soutient Hollande dans un front uni contre l’austérité

    BERLIN, 22 mars (IPS) – Presque que tous les dirigeants des partis socio-démocrates et socialistes européens soutiennent le candidat à la présidence française François Hollande pour les élections à venir dans l’espoir que son triomphe probable face au président actuel, Nicolas Sarkozy, donnera suffisamment d’élan aux autres pays européens pour mettre un terme aux mesures d’austérité sociales et économiques actuelles, largement conservatrices.

    Hollande remportera vraisemblablement les élections présidentielles prévues en avril-mai, certains sondages publiés le 19 mars indiquant même qu’il pourrait remporter la victoire avec 55 % des votes au second tour (le 5 mai).

    Le 17 mars, pratiquement tous les dirigeants des partis socio-démocrates et socialistes européens – qui considèrent tous que les élections françaises sont cruciales afin de définir l’avenir social et économique européen à moyen terme – se sont réunis à Paris afin de participer à un rallye de soutien à François Hollande.

    Un tel soutien du favori qui clame que son « véritable adversaire est la finance » intervient à un moment où la question de la justice sociale en Europe est devenue plus pressante que jamais. Le chômage des jeunes a explosé en Espagne et en Grèce, deux pays écrasés par la dette, ainsi qu’au Portugal où le taux de mortalité des personnes âgées a atteint des sommets historiques.

    « L’Europe a oublié ses propres enfants. C’est la raison pour laquelle la gauche pense qu’il est temps pour elle d’agir », a affirmé Stefan Ulrich, correspondant en France du quotidien allemand Die Sueddeutsche Zeitung, à propos du week-end du sommet de la gauche à Paris.

    En outre, les trois pays méditerranéens (Espagne, Grèce et Portugal) ainsi que l’Italie sont tous enlisés dans une profonde récession économique, aggravée par les programmes d’austérité imposés par l’Union européenne et les institutions financières internationales.

    Cette énigme budgétaire et de croissance rend très improbable la possibilité pour ces pays d’améliorer leur situation budgétaire et leurs capacités économiques tout en diminuant leur dette.

    Le paysage macroéconomique reflète également la croissance des inégalités des revenus sur le continent. Les salaires des directeurs généraux restent astronomiques en comparaison avec le revenu d’un employé moyen au sein de l’Union européenne. Parallèlement, les taxes payées par les grandes entreprises privées sont les plus basses jamais enregistrées, particulièrement pour les banques et les fonds d’investissement.

    En Allemagne par exemple, la presse locale vient de révéler que Martin Winterkorn, PDG du constructeur automobile Volkswagen, a perçu un salaire de 17,4 millions d’euros l’année dernière.

    Dans ce contexte, le programme de François Hollande qui prévoit des taxes plus élevées pour les plus nantis, une réglementation plus stricte pour les institutions financières privées et une dépense publique plus large consacrée à l’emploi des jeunes et aux stratégies d’enseignement, ressemble de plus en plus à un « nouvel accord » socio-démocrate pour l’Europe.

    « Les élections présidentielles françaises sont le point d’inflexion de la politique européenne », a déclaré l’ancien premier ministre italien de gauche, Massimo D’Alema, pendant le rallye de soutien à Hollande.

    « D'abord, nous (les partis de gauche) gagnerons la France, ensuite l’Europe », a prédit lors de ce même rallye Johannes Swoboda, dirigeant autrichien du groupe socio-démocrate du parlement européen.

    « Nous (les partis européens de gauche) allons changer l’Europe ensemble », a souligné Sigmar Gabriel, Président du parti socio-démocrate allemand (SPD).

    Le soutien de la gauche européenne à F. Hollande est une réaction à celui des conservateurs européens pour Sarkozy, et a pour objectif de changer les programmes d’austérité, notamment ce qu’on appelle le « pacte budgétaire », imposé aux gouvernements méditerranéens dans le but avoué de « maîtriser » leur dette souveraine.

    François Hollande est le seul dirigeant socialiste européen à avoir émis des critiques ouvertes et véhémentes à l’encontre de tels programmes. Pendant sa campagne électorale, il a promis de renégocier le pacte budgétaire européen qui prévoit une limite de la dette publique pour toute l’Europe, mais aucune augmentation des revenus, sous la forme de réformes des taxes.

    Lors d’un discours programmé en janvier dernier, le candidat a été jusqu’à dire que son « véritable adversaire politique est le monde de la finance… qui au cours de ces 20 dernières années a pris le contrôle de notre économie, de notre société et de nos vies ».

    Dans ce discours, Hollande a dénoncé les tentatives néolibérales conventionnelles de relancement de l’économie qui sont un désastre depuis le déclenchement de la crise économique mondiale en 2007.

    Il a insisté sur le fait que le seul résultat tangible des différents sommets européens et internationaux, outre le fait d’avoir aggravé les conditions de vie déplorables des plus démunis, est que « les banques privées, renflouées par l’État, mordent aujourd’hui la main qui les a nourries ».

    Outre les nouvelles réglementations pour les banques et les fonds d’investissement, Hollande a également promis une taxe de 75 % sur la fortune afin de financer la nouvelle dépense publique pour l’emploi des jeunes et l’enseignement, ainsi qu’un renversement de la réforme des retraites instaurée par Sarkozy et qui prévoit une augmentation de l’âge de la retraite.

    Les partis d’opposition socio-démocrates en Italie et en Allemagne bénéficieraient en effet de la victoire électorale de François Hollande. Dans les deux pays, des élections législatives sont prévues pour 2013. Cependant, les partis allemand et italien devront affronter des candidats en place très forts.

    En Allemagne, la chancelière conservatrice Angela Merkel jouit d’une grande popularité après six ans en fonction, malgré de nombreux reculs dans ses programmes politique et économique.

    Par ailleurs, le SPD allemand n’est pas encore complètement remis des pertes colossales d’avantages qu’il a subies pendant son règne précédent (1998-2005). Durant ces sept années, le parti a adopté des réductions dans l’aide sociale et les programmes de retraite, et un vaste dérèglement du marché du travail, mesures qui ont provoqué une accentuation des disparités dans les revenus, menant à ce que les spécialistes appellent « l’oligarchisation de la société allemande ».

    D’Alema, qui dirigera probablement la coalition d’opposition de gauche en Italie durant les élections de 2013, doit aussi faire face au premier ministre actuel, Mario Monti. Ce dernier reste en effet très populaire malgré le programme d’austérité imposé l’automne dernier.

    Une victoire de François Hollande en mai prochain, couplée à un triomphe du SPD en Allemagne (plus probablement dans une coalition avec le parti des verts) et à une réussite de la coalition de gauche en Italie l’année prochaine, signifierait que les pays les plus importants de l’union monétaire européenne cesseraient d’être dirigés par les conservateurs.

    Les trois pays pourraient alors joindre leurs forces avec d’autres gouvernements de gauche en Belgique, au Danemark, en Autriche, en Slovénie et en Slovaquie afin de former une sorte de front uni et équilibré contre les gouvernements conservateurs du reste de l’Europe, notamment en Grande-Bretagne, en Finlande, en Irlande, aux Pays-Bas, en Pologne, au Portugal, en Espagne et en Suède.

    (FIN/IPS/2012)

    comment closed

    Tag Cloud

    Africa Centrale Asia/Pacifico Culture, Religion, Sport East Africa Education Energy Global Affairs Orient Peace and conflict Population, Refugies Science, Technologie Southern Africa Spécial Culture,Religion et Genre Travail West Africa