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POLITIQUE: Guérir les plaies du Soudan du Sud

    By Charlton Doki

    JUBA, 10 juin (IPS) – Susana Apai Wani vit comme une veuve depuis plus de deux décennies que son mari, James Wani, a été arrêté en 1992 par un policier qui l'a accusé d'avoir collaboré avec le Mouvement de libération du peuple soudanais (SPLM, son sigle anglais), qui était un mouvement politique rebelle à l'époque.

    C'était un soir de mai 1992, lorsque le Soudan du Sud faisait encore partie du Soudan et que les rebelles du sud, le SPLM – aujourd’hui le parti au pouvoir au Soudan du Sud – luttaient contre le gouvernement soudanais pour l'indépendance. La guerre civile dans le pays a tué environ deux millions de personnes et a duré 22 ans, de 1983 à 2005. Le Soudan du Sud a fini par devenir une nation indépendante le 9 juillet 2011.

    Wani n'a pas vu son mari depuis son arrestation. Elle n'a jamais été officiellement informée qu'il était mort, mais d'autres prisonniers politiques qui ont passé un temps en prison avec lui, et qui ont été libérés plus tard, lui ont dit qu'il avait été tué.

    Wani a déclaré à IPS qu'elle a déjà pardonné à l'ex-policier qui, selon elle, a tué son mari, mais aimerait "juste lui parler, pour lui demander pourquoi il a fait cela à un frère sud-soudanais".

    Elia Kwaje*, un ancien enfant soldat de l'armée du SPLM, l'Armée populaire de libération du Soudan (SPLA, son sigle anglais), a reconnu avoir commis plusieurs atrocités pendant la guerre civile.

    "Un jour, j'ai violé une jeune fille … et une autre fois j'ai tiré et tué une femme enceinte", a-t-il indiqué à IPS.

    "Je me sens vraiment mal à ce sujet, mais c'était pendant la guerre. Nous pensions différemment durant la guerre … Un jour, je vais demander pardon, mais je ne sais pas si les gens comprendront", a-t-il dit.

    Mais Kwaje pourrait bientôt avoir la chance. Le gouvernement du Soudan du Sud se prépare à lancer une campagne pour commencer un processus de guérison et de réconciliation dans le pays, fondée sur le modèle de la Commission vérité et réconciliation (CVR) créée par l'Afrique du Sud après la fin de l'apartheid.

    La CVR a été créée par le gouvernement sud-africain en 1995 pour fournir un moyen à ses citoyens de se réconcilier avec les violences de l'ère de l’apartheid en donnant à la fois, aux auteurs et aux victimes des violences, une chance de témoigner. Les auteurs étaient autorisés à demander l'immunité de poursuites civiles et pénales.

    Au cours d'une semaine de conférence à la fin de l'année, le président Salva Kiir lancera une campagne qui coïncidera avec le début des audiences du Comité présidentiel pour la paix, la réconciliation et la tolérance du pays. Ce processus devrait durer cinq à 10 ans.

    L’archevêque Daniel Deng Bul dirigera ce comité composé principalement de chefs religieux qui écoutera le témoignage des auteurs et des victimes à la fois.

    Cependant, même si le comité ne poursuivra pas les malfaiteurs pour leurs crimes, ceux-ci ne seront pas à l'abri de poursuites civiles. Mais dans un pays où, selon le Programme des Nations Unies pour le développement, 90 pour cent de ses 10 millions d’habitants survivent avec moins d'un dollar par jour, cela semble peu probable.

    "La guerre a créé un traumatisme en chacun de nous. Nous devons sortir et parler de la réconciliation des gens et cesser de vivre dans le passé. Ce qui s'est passé est dans le passé – disons: 'Laissons cela dans le passé'", a déclaré à IPS, le vice-président du Soudan du Sud, Riek Machar, qui a été à l'avant-garde des efforts visant à réconcilier les Sud-Soudanais.

    En 2012, il a présenté ses excuses à la communauté Dinka Bor de l'Etat de Jonglei pour son rôle dans ce qui est communément appelé le "massacre de Bor". Machar avait été le chef de la faction du SPLA qui a tué des centaines, voire des milliers de personnes en 1991 à Bor, dans l’Etat de Jonglei. Des gens ont été tués lorsque Machar et Lam Akol, un autre chef rebelle important, ont rompu avec la SPLA cette année-là. Machar a rebaptisé sa faction plus tard Mouvement pour l'indépendance du Soudan du Sud.

    En plus des atrocités commises pendant la guerre civile, le nouveau pays doit faire face aux vols de bétail qui se transforment finalement en massacres.

    Plus de 1.000 personnes sont mortes dans les combats entre les groupes ethniques Murle et Lou Nuer dans l'Etat de Jonglei en 2011. Au moins 900 autres sont mortes dans des affrontements de décembre 2011 à février 2012. Selon l'ONU, au moins 120.000 personnes ont été affectées par les violences interethniques dans l'Etat de Jonglei.

    Toutefois, le professeur Alfred Lokuji de la Faculté de paix et du développement rural à l'Université de Juba au Soudan du Sud, a déclaré à IPS que les auteurs des violences devaient assumer la responsabilité de leurs crimes plutôt que de s’excuser pour leur comportement à cause de la guerre.

    "Nous ne pouvons pas avoir une discussion intelligente sur la paix et l'unité, si nous ne voulons pas admettre qu'il y a des victimes de nos actions", a-t-il dit.*Le nom a été modifié pour protéger l’identité.

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