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POLITIQUE-KENYA: Un scrutin de combat pour le président du parlement

    By Kwamboka Oyaro

    NAIROBI, 21 jan (IPS) – Après des semaines d'accusation du gouvernement par l'opposition d'avoir truqué les élections présidentielles du 27 décembre en faveur de l'actuel président Mwai Kibaki, les députés des deux camps se sont rencontrés mardi dernier à la Chambre en vue de choisir un président pour conduire les affaires du dixième parlement du Kenya.

    La tension dans les chambres de l'Assemblée nationale était palpable. Raila Odinga — le chef de l'opposition — est entré au parlement juste avant Mwai Kibaki et a été reçu avec des applaudissements et les députés de son parti, le Mouvement démocratique orange (ODM) se sont levés pour l'ovationner. Quand Kibaki est entré, les députés de l'ODM ne se sont ni levés, ni applaudi et regardaient juste leurs opposants du camp gouvernemental l'ovationner.C'était la première fois que le président Kibaki et le leader de l'ODM Odinga se rencontraient face à face depuis les élections présidentielles controversées du décembre dernier. Quand Kibaki a été déclaré gagnant du scrutin, les supporters de l'ODM sont descendus dans les rues dans la plupart des régions du pays pour protester contre ce qu'ils considéraient comme une élection volée. Depuis ce moment, il y a eu des violences ayant occasionné la mort de plus de 600 personnes, de près de 500.000 personnes déplacées de leurs maisons, et des biens se chiffrant à des millions, détruits.Pendant les jours qui ont précédé l'élection du président du parlement, l'opposition et le gouvernement avaient fait pression sur leurs différents candidats et chaque camp respirait la confiance en une victoire. Le camp gouvernemental a déclaré à la presse locale qu'il avait le soutien de plusieurs députés pour les aider à accaparer les postes de président et de vice-président.

    Tandis que les 99 députés élus du principal parti de l'opposition, l’ODM et six autres venant de partis plus petits ont soutenu Kenneth Marende — un député élu dans l'ouest du Kenya — au poste de président, le Parti de l'unité nationale de Kibaki (PNU) avec 44 députés a soutenu le président sortant — Francis Kaparo.

    Avant que l'élection du président ne commence, l'ODM a attaqué le mode de scrutin et, dans ce processus, a eu l'occasion d'accuser ses homologues du camp gouvernemental — qui étaient pour le scrutin secret — d'avoir truqué les élections en faveur du président.

    ''Le 27 décembre nous avons eu un scrutin secret, mais vous nous avez volé la victoire'', a déclaré William Ruto de l'ODM.

    Le camp gouvernemental dirigé par la ministre des Affaires constitutionnelles et de la Justice, Martha Karua, a défendu le gouvernement et a demandé à l'ODM d'exiger réparation par le biais de la justice.

    Quand ils se sont finalement entendus sur le scrutin secret, le gagnant a été le candidat de l'ODM. Il y avait un moment de fête, et la tension s'est momentanément dissipée alors que les députés marchaient pour aller féliciter le nouveau président. Marende a gagné par 105 voix contre 101 pour Kaparo.

    Après avoir accaparé également le fauteuil de vice-président, l'ODM était plus décidé et a dit au président — qui était présent pendant tout le temps en tant que député élu pour Othaya dans le centre du Kenya — que puisqu'il a ''volé les élections'', il n'était pas juste pour eux de lui jurer allégeance dans leurs serments de prise de fonction. Ils voulaient plutôt jurer à la République et écarter la présidence du serment. Le débat s'est enflammé pour quelque temps.

    Quand quelqu'un du camp gouvernemental a soutenu que c'était la tradition, un député de l'ODM a raillé : ''Ne parlez pas de traditions… le député de Othayo ne respecte pas les traditions. Il a méconnu les traditions de nomination des membres de la Commission électorale du Kenya (ECK) et a choisi ses copains''.Des partis politiques ont choisi leurs représentants à la ECK, mais quand les mandats de plusieurs membres sont arrivés à expiration l'année dernière, Kibaki a nommé de nouveaux membres sans consulter les partis.Le procureur général a indiqué que les députés devraient jurer selon cette tradition, expliquant que les représentants de la Chambre des communes du Royaume-Uni ont également juré allégeance à la Reine.

    ''Le chef de l'Etat est symbole de l'unité. Le serment ne porte préjudice à personne. Si vous n'êtes pas contents de cela, alors vous pouvez le changer une fois que vous êtes assermentés et que le parlement démarre (ses travaux)'', a expliqué le procureur général.

    En 1992, après les premières élections multipartites du pays — avant cela le Kenya était un Etat à parti unique — l'opposition a refusé de prêter un serment d'allégeance à l'ancien président Daniel Moï. Ils ont prêté serment seulement après que le nom de Moï a été effacé des serments.

    Quand finalement la prestation de serment a démarré, il y a eu plus de comédie puisque Odinga et un autre député de l'ODM n'ont pas mentionné 'président' dans leur serment, mais ont juré à la 'République'. Un autre député a juré d'être loyal ''au président Raila Odinga'' — le camp gouvernemental a protesté et il a dû reprendre son serment.

    Cette session d'ouverture du parlement présage probablement d'une législature de cinq ans torride pour le dixième parlement. Le fait d'accaparer à la fois les postes de président et de vice-président donne la confiance à l'ODM. Mais, plus important que tout, cette situation a réconforté leurs supporters aussi qui pouvaient finalement célébrer une victoire.

    ''Cela confirme les 'doutes' selon lesquels notre candidat à la présidence Raila Odinga a gagné dans les dernières élections, mais sa victoire lui a été volée'', a affirmé à IPS à Nairobi, Violet Wafula, débordant de joie et originaire de la ville natale du nouveau président du parlement.

    Bien que Marende ait promis la neutralité et l'équité dans l'accomplissement de sa mission, il est confronté à une tâche énorme dans la gestion d'un parlement dont la moitié des membres sont contre lui. Il sera conscient du fait que ceux qui ne veulent pas de lui surveilleront chacun de ses mouvements et paroles et l'accuseront facilement de favoriser les députés de l'ODM.Il a un peu de temps pour s'adapter à sa nouvelle mission, comme le parlement devait officiellement débuter son mandat à la mi-mars. Pendant ce temps, les Kenyans vivent dans la peur du fait que les protestations entre les supporters de l'ODM et la police deviennent de plus en plus violentes. Tandis que les supporters de l'ODM utilisent des protestations de la rue pour pousser Kibaki à la table de négociations, le gouvernement insiste, affirmant qu'il a sincèrement gagné les élections et que ceux qui ont des griefs devraient aller en justice.

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