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POLITIQUE: La Russie exclue du G8, mais pas si facilement du G20

    By Thalif Deen

    NATIONS UNIES, 4 avr (IPS) – Lorsque les puissances occidentales, conduites par les Etats-Unis, ont décidé de sortir la Russie du Groupe des huit (G8) pays industrialisés, l’objectif était de punir et "d’isoler" le président Vladimir Poutine pour son intervention en Ukraine et son "annexion" de la Crimée.

    "La suite? Expulser la Russie des Nations Unies et du G20?", a demandé, en plaisantant, un diplomate asiatique à un de ses collègues dans le salon des délégués de l'ONU il y a une semaine, faisant allusion à ce qui pourrait être seulement interprété comme un fantasme politique de l’Occident.

    La démarche du G8 était assez modérée parce que c'était une décision prise par sept nations industrielles occidentales: les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne, le Canada, l'Italie et le Japon, avec l'Union européenne.

    Mais la Russie est aussi membre du G20, une coalition de pays développés et de pays en développement, ainsi que de la puissance économique appelée BRICS (comprenant le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine et l'Afrique du Sud).

    L’Australie aurait prévenu que la Russie peut être exclue de la prochaine réunion du sommet du G20 à Brisbane, en Australie, en novembre. Mais cela est plus facile à dire qu'à faire.

    En marge du Sommet sur la sécurité nucléaire tenu du 24 au 25 mars à La Haye, les ministres des Affaires étrangères du BRICS ont mis en garde l'Australie contre une telle action.

    Dans un communiqué publié lors du sommet, les ministres des Affaires étrangères du BRICS ont déclaré que "la responsabilité pour le G20 appartient à tous les Etats membres de manière égale et aucun Etat membre ne peut en déterminer unilatéralement sa nature et son caractère".

    Les membres du G20 sont l'Argentine, l’Australie, le Brésil, le Canada, la Chine, la France, l’Allemagne, l’Inde, l’Indonésie, l’Italie, le Japon, la République de Corée, le Mexique, la Russie, l'Arabie Saoudite, l'Afrique du Sud, la Turquie, le Royaume-Uni, les Etats-Unis et l'Union européenne (UE).

    Lors d’un vote de l'Assemblée générale le 28 mars sur une résolution qui critique implicitement la Russie sur l’agitation en Ukraine, quatre partenaires de la Russie au sein du BRICS se sont abstenus, rejoignant 54 autres.

    Le vote final a été de 100 pour la résolution, 11 contre, mais avec 58 abstentions dans une assemblée de 193 voix.

    Chakravarthi Raghavan, rédacteur émérite de 'South-North Development Monitor' (Observatoire pour le développement Sud-Nord), basé à Genève, a dit à IPS: "Le G7/G8 et le G20 sont au mieux des rencontres informelles auto-organisées, sans aucune légitimité, de simples exercices annuels coûteux, au cours desquelles des réunions sur des évènements secondaires apportent parfois une certaine aide".

    Il a souligné que le G7/G8 est né au début dans le sillage de la crise pétrolière afin de s'attaquer aux problèmes économiques et de promouvoir un dialogue du G5/G7 avec l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) à promouvoir les accords et éviter les confrontations.

    Peu après, il est devenu clair que le processus du G7 n'était pas efficace, et l'objectif initial d'un échange de points de vue informel mais franc et spontané entre les dirigeants a échoué.

    "Leurs propres bureaucraties et ministères dans les gouvernements ne voulaient pas que ce processus évolue", a déclaré Raghavan, un journaliste expérimenté et ancien rédacteur en chef de la 'Press Trust of India' (PTI) qui a couvert les Nations Unies, à Genève et à New York, pendant plusieurs décennies.

    Mais au lieu d'abandonner les rencontres annuelles, a-t-il souligné, le G7 a continué de se réunir, avec l'accent économique initial perdu, et avec des préparatifs coûteux et des réunions de "sherpas", où les rencontres sont devenues elles-

    mêmes trop formalisées, et où l’issue avait déjà été décidée ou convenue à la plus faible mesure commune d'accord.

    Il a également souligné que le G7/G8 a de plus en plus commencé à se prononcer sur toutes sortes de sujets – avec aucun des dirigeants capable de s'assurer que les décisions ont été appliquées dans leur propre pays.

    Vijay Prashad, auteur du livre intitulé "The Poorer Nations: A Possible History of the Global South" (Les nations les plus pauvres: une histoire possible du Sud global), a déclaré à IPS que la procédure que le G7 a suivie pour se transformer en G8 en 1998 (avec l'inclusion de la Russie) était aussi opaque que le processus qui a mené à l’exclusion virtuelle de Moscou.

    Le Groupe des sept (Canada, France, Allemagne, Italie, Japon, Royaume-Uni et Etats-Unis) s’est réuni en 1974 pour consolider leur réponse à l'idée maîtresse du Projet du Tiers-Monde: un assaut de l'arme du pétrole de 1973 qui s’est consolidé dans la résolution 3201 de l'Assemblée générale de l'ONU en mai 1974 pour un Nouvel ordre économique international (NOEI).

    Le G7 a été formé, comme l’a dit l'ancien président américain, Gerald Ford, "pour veiller à ce que la situation économique mondiale actuelle ne soit pas considérée comme une crise dans le système démocratique ou capitaliste", a expliqué Prashad.

    "Elle devait être vue comme un choc momentané, pas un problème systématique", a-t-il ajouté.

    L'effondrement du Projet du Tiers-Monde, la montée d'un nouvel ordre néolibéral conduit par le Fonds monétaire international (FMI) et la disparition de l'Union des Républiques socialistes soviétiques (URSS) ont poussé le G7 à accueillir dans ses bras la Russie meurtrie, a déclaré Prashad, qui est le titulaire de la Chaire Edward Said à l'Université américaine de Beyrouth, au Liban.

    Les membres du G7 sont venus avec la promesse que l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN) ne se rapprocherait pas d’un pas de la Russie que la frontière allemande, a-t-il ajouté.

    Raghavan a déclaré à IPS que la réunion annuelle du G20 se prononce sur une gamme de domaines politiques, économiques et autres – mais avec un effet de moins en moins – qu’il s’agisse (comme ils l'ont fait à plusieurs reprises) de conclure les négociations commerciales de Doha ou d'autres domaines.

    Certains de leurs points de vue sur la stabilité financière mondiale – adressés à la Banque des règlements internationaux – ont été dans les faits très dilués dans les vraies décisions et normes en raison du lobbying des grands groupes financiers, à la fois à New York et à Londres, a déclaré Raghavan, auteur de "Le Tiers-Monde au troisième millénaire", un livre qui vient d’être publié.

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