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POLITIQUE: Les Bissau-Guinéens de Dakar inquiets malgré le respect de la constitution

    By Koffigan E. Adigbli

    DAKAR, 5 mars (IPS) – Les Bissau-Guinéens vivant à Dakar apprécient bien le respect de la constitution pour nommer un nouveau président dans leur pays – voisin du Sénégal -, mais demeurent inquiets pour l’avenir politique de cet Etat, après le double assassinat du chef d’état-major et du chef de l’Etat.

    Cependant, tout en dénonçant ces deux crimes au sommet de l’Etat, les Bissau-Guinéens de Dakar analysent diversement les causes réelles des assassinats, dimanche et lundi derniers, du chef d’état-major de l’armée, le général Tagmé Na Waié mort dans l’explosion d’une bombe dans sa caserne, et du président Joao Bernardo Nino Vieira tué dans sa résidence par des militaires.Selon Madeleine Preira, économiste, professeur à l’Institut africain de commerce et de management à Dakar), la crise dans laquelle la Guinée-Bissau est plongée à nouveau vient s’ajouter aux situations déjà confuses, ouvrant une nouvelle période d’incertitude dans ce pays pauvre et instable d’Afrique de l’ouest.

    «Notre pays a toujours eu des problèmes, mais ce n’est pas une raison pour que chaque fois, les militaires versent dans la violence. La Guinée-Bissau est un pays pauvre, la population souffre de tout et avec cette situation, ce sont nos parents qui sont encore exposés à tout danger», se désole-t-elle.Preira pense que les causes réelles de ces assassinats sont liées aux profondes rivalités politiques et ethniques opposant le président de la République et son chef d’état-major. «Ce que vous ne savez pas, c’est qu’en Guinée-Bissau, il y a une rivalité entre l’ethnie Balanta dont est originaire le chef d’état-major et l’ethnie Papel dont est issu le président Vieira», déclare-t-elle à IPS.Par ailleurs, ajoute Preira, l’origine de la brouille entre le président Nino Vieira et le général Waié vient également du fait qu’en novembre dernier, la résidence du président avait été attaquée par des militaires proches du chef d’état-major.«Depuis cette attaque de novembre, les deux hommes se soupçonnaient de tout et de rien. D’ailleurs, le chef d’état-major Waié avait l’habitude de dire que son sort et celui de président Nino Vieira étaient liés et s’il devait mourir, le président ne tarderait pas à le suivre», affirme-t-elle à IPS.En effet, en janvier, le général Waié avait accusé, à son tour, une milice proche du président Nino Vieira d’avoir tenté de l’assassiner.Cependant, Carlos Cardoso chercheur et administrateur des programmes au Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (CODESRIA) basé à Dakar, estime que l’histoire de ces deux assassinats remonte aux années 1980. C’est cette année, en effet, que Nino Vieira avait renversé le premier président Luis Cabral qui dirigeait le pays depuis l’indépendance en 1974.«Il y a malheureusement une culture de violence qui s’est installée en Guinée-Bissau. Cette culture de violence vient en partie de la guerre de libération, ainsi la violence s’est érigée comme un mode de règlement de conflits politiques», explique-t-il à IPS.Selon Cardoso, le président de la République avait des rapports conflictuels sur beaucoup de questions avec certains hommes politiques, notamment avec le chef d’état-major.Par exemple, affirme Cardoso, le chef d’état-major voulait combattre les trafiquants de drogue sud-américains arrivés dans le pays, mais que cela ne serait pas du goût du président Nino Vieira. «Si le chef d’état-major Waié a décidé de combattre énergiquement les trafiquants de drogue en Guinée-Bissau, on n’a pas senti le même engouement chez le défunt président Nino Vieira», confie-t-il à IPS.Analysant la situation politique, Cardoso pense que l’investiture du nouveau président de la République par intérim, Raimunda Peireira, amènera la Guinée-Bissau à connaître, dans l’avenir, un début de stabilité avec des civils comme maîtres du jeu politique.Fernando Da Sylva, étudiant en quatrième année de droit à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, croit plutôt que les intérêts tirés du trafic de drogue étaient à l’origine profonde des rivalités entre le chef de l’Etat et le chef d’état-major.«Il n’y a rien d’autre qui peut expliquer ces crimes, les deux veulent contrôler le trafic de drogue dans le pays. Comment peut-on comprendre que dans un pays où le président est élu démocratiquement qu’il y ait des aérodromes parallèles pour le trafic de drogue?», demande-t-il. «Le président de la République et son chef d’état-major connaissent bien les rouages de ce commerce illicite de drogue, ce crime ne reflète que la situation chaotique du pays», dit-il, un peu agacé.Selon Da Sylva, le chef de l’Etat par intérim ne doit pas chercher à organiser les élections dans l’espace de deux mois comme le stipule la constitution. «Cette situation est une opportunité pour la Guinée-Bissau. Le président par intérim doit d’abord régler tous les problèmes qui minent le pays avant d’organiser les élections, c’est important pour notre pays», explique-t-il à IPS.A l’ambassade de la Guinée-Bissau à Dakar, IPS a constaté que les responsables ne voulaient pas s’exprimer trop sur la situation de leur pays. Néanmoins, Insa Mané, conseiller à l’ambassade, a indiqué qu’il revenait de Guinée-Bissau ce mercredi. «La situation est calme, tout le monde vaque à ses occupations, les boutiques commencent à ouvrir et les marchés aussi», dit-il avec un petit sourire aux lèvres.Interrogé sur les causes réelles des assassinats, Mané reste un peu dubitatif avant de répondre que c’est une situation un peu compliquée. «Ce n’est pas facile d’expliquer les causes de ces crimes, mais il faut reconnaître qu’il y a des intérêts en jeu sur le trafic de drogue : l’un trouve qu’il faut arrêter le trafic de drogue, l’autre trouve que ce n’est pas le moment», révèle-t-il à IPS.Selon Mané, la nouvelle donne politique est que l’investiture du chef de l’Etat par intérim est une opportunité pour la Guinée-Bissau de régler définitivement ses problèmes politiques et de se démocratiser enfin.

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