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POLITIQUE: L’Union africaine doit faire plus pour la paix

    By Miriam Gathigah

    NAIROBI, 27 mai (IPS) – "Mon mari et mon fils aîné, incapables de faire face à la guerre, sont devenus mentalement malades. Deux de mes fils sont devenus des enfants soldats et une fille de huit ans a été enlevée – ils n’ont jamais été revus", déclare Mariamu Dong.

    Dong faisait allusion à la guerre civile de 21 ans entre le nord et le sud du Soudan, qui sont désormais des pays séparés.

    Ses sept enfants ont grandi durant ces années d'effusion de sang, mais un seul a pu survivre.

    "Je me déplace comme quelqu’un dont les membres ont été coupés, ayant perdu mon mari et mes enfants à cause de la guerre. Seul mon dernier enfant a pu survivre et vit aujourd'hui au Kenya. Pendant tout ce temps, le monde regardait de loin", dit-elle.

    Le sud est devenu une nation indépendante le 9 juillet 2011 et Dong vit dans ce qui est désormais le Soudan du Sud, à Torit, dans l'Etat d'Equatoria oriental. Mais chaque jour, elle se souvient de la guerre que le monde et l'Organisation de l'unité africaine (OUA), aujourd’hui l'Union africaine (UA), ont laissé continuer sans relâche.

    C'était l'organisation régionale, l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD, son sigle anglais), qui a finalement négocié l'Accord de paix global de 2005 entre le Mouvement de libération du peuple soudanais et le gouvernement du Soudan. Cela a finalement conduit à la fin de la guerre civile et ouvert la voie à l'indépendance du Soudan du Sud. L'IGAD est actuellement composée de Djibouti, de l’Erythrée, de l’Ethiopie, du Kenya, de la Somalie, du Soudan du Sud, du Soudan et de l'Ouganda.

    Mais les experts des conflits ont indiqué qu’étant donné que le continent célébrait la Journée de l'Afrique le 25 mai, avec le 50ème anniversaire de la création de l'OUA, devenue l'UA en 2001, la mise en œuvre d'approches non-violentes aux conflits doit devenir une priorité.

    "L'UA et l'OUA qui l’a précédée, se sont endormis durant une grande partie des conflits en Afrique. Les millions de vies perdues à travers le continent témoignent du fait que l'OUA/UA a déçu les Africains", affirme à IPS, Lionel Ibaka, un expert congolais de la paix et la sécurité.

    Ibaka indique que les conflits en République démocratique du Congo (RDC) qui, selon les Nations Unies, ont fait environ cinq millions morts depuis qu'ils ont commencé en 1998, constituent un tel exemple.

    En mars, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté une résolution qui a autorisé le déploiement d'une brigade d'intervention dans ce pays d'Afrique centrale pour neutraliser les forces rebelles dans l'est de la RDC.

    Mais cette intervention pourrait venir un peu trop tard.

    "L'effusion de sang et la terreur en RDC ont été considérées comme les plus meurtrières et les plus dévastatrices depuis la Seconde Guerre mondiale", affirme Ibaka.

    Selon un rapport publié en 2010 par le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés intitulé "RDC: cartographier les violations des droits humains de 1993 à 2003", les violences en RDC ont été "accompagnées de l'utilisation systématique apparente de viols et d’agressions sexuelles qui seraient commis par toutes les forces combattantes".

    Le rapport indique également que 30.000 enfants ont été utilisés comme enfants soldats et ont vécu "des violences indescriptibles".

    Nisa Luambo, 27 ans, originaire de la province du Sud-Kivu, dans l’est de la RDC, a vécu cela. Et bien qu’elle soit vivante, les violences qu'elle a subies ont tué une partie d'elle. Elle n'avait que 12 ans quand la guerre a éclaté en 1998 et elle a été séparée de sa famille.

    "J'ai subi des sévices sexuels de la part des soldats et des civils. J'ai fait quatre fausses couches durant ce temps, (et je n'ai bénéficié) d’aucune attention médicale et reçu peu de nourriture", déclare-t-elle à IPS.

    "Les gens me demandent ce que je veux pour mon avenir et je leur réponds par le silence".

    "Où étaient-ils quand on nous violait et nous battait à mort presque – si nous étions chanceuses – parce que beaucoup de gens sont morts?", demande-t-elle, ajoutant que le pays est encore instable et qu'il n'existe aucune fin en vue pour les conflits.

    "Je ne ressens aucune joie quand je pense au lendemain. Je sais qu'il n'existe aucun lendemain pour les personnes vivant dans le conflit".

    Vincent Kimosop, directeur général de l'Institut international pour les affaires législatives, une ONG qui offre un appui technique aux ministères, députés et autres acteurs du processus législatif, estime que la mauvaise gouvernance est au cœur des conflits en Afrique.

    "L'UA doit faire plus quand il s'agit de soutenir le développement des institutions de gouvernance sur le continent puisque les institutions étatiques constituent la base pour le fonctionnement d’un pays", dit-il à IPS.

    Javas Bigambo, un expert de la gouvernance, des droits humains et du développement en Afrique, est d'accord.

    "L'UA doit refuser d'être aveugle sur les atrocités et les maux commis par les présidents africains. Malheureusement, l'UA a rarement trouvé de défauts à un dirigeant africain, ou même des remèdes à la gouvernance et aux problèmes économiques de l’Afrique".

    Bigambo déclare que l'histoire de violents conflits sur le continent "met en lumière le tissu social et politique en lambeaux de l'Afrique… L'Afrique est perpétuellement en crise".

    Bigambo indique que le génocide rwandais, un massacre de masse qui a fait environ 800.000 morts selon l'ONU, et les violences postélectorales de 2007 à 2008 au Kenya dans lesquelles 1.000 personnes ont été tuées et 600.000 déplacées à l'intérieur, font tous partie du récit africain.

    Mais Julius Mucunguzi, un chercheur ougandais sur la couverture des conflits, affirme à IPS que les choses s'améliorent.

    "L'Afrique est sur la voie du renouveau. Elle s’améliore. Alors que l'OUA a été créée il y a 50 ans, l'UA est âgée seulement d’un peu plus d’une décennie et met déjà en place de bonnes structures pour renforcer la paix et la sécurité en Afrique".

    "Mais, les institutions de l'UA, telles que son Conseil de paix et de sécurité, doivent investir dans des mécanismes d'alerte précoce afin que des signes de conflits possibles soient décelés et que de vrais conflits soient évités", dit-il.

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