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POLITIQUE: 'Nés dans la guerre, grandi dans la guerre, la réhabilitation doit se faire'

    By Raymond Baguma

    NZARA, Soudan du Sud, 20 mars (IPS) – Sungu Mizele, une Congolaise vivant à Yambio, dans l'Etat d’Equatoria occidental, au Soudan du Sud, gagne sa vie en vendant sur le marché local de la ville des fruits et légumes qu'elle cultive dans son arrière-cour.

    En moyenne, elle gagne neuf dollars par jour. Mais sur une bonne journée, quand elle a des produits frais, elle peut gagner jusqu'à 31 dollars.

    Elle peut ne pas avoir beaucoup d’argent, mais comme quelqu'un qui vivait autrefois dans le camp de Makpandu, qui abrite quelque 5.700 réfugiés, elle arrive maintenant à subvenir à ses besoins ainsi qu’à ceux des six enfants de sa sœur défunte.

    L’histoire de sa famille ressemble à celle de milliers d'autres dans le camp – ils ont été attaqués par l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) de Joseph Kony, qui a passé les deux dernières décennies à lutter pour un Etat biblique en Ouganda, et a été accusé d’avoir recruté des enfants soldats, tué, mutilé et engagé des esclaves sexuelles.

    Ce groupe rebelle, qui opérait au début à partir de l'Ouganda et opère aujourd'hui essentiellement depuis la République centrafricaine (RCA) et la République démocratique du Congo (RDC), a attaqué la maison de Mizele à Dungu, dans le nord de la RDC, en novembre 2010.

    Mizele et ses six neveux et nièces ont été libérés, sains et saufs, par les rebelles un jour plus tard. Cependant, sa sœur aînée, la mère des enfants, a été abattue pendant qu'elle luttait pour fuir un commandant de la LRA qui tentait de la violer.

    Pendant qu’elle vivait dans le camp avec les autres réfugiés, Mizele était déterminée à donner à sa famille une vie meilleure. Elle mettait de côté une partie des rations alimentaires et d’huile de cuisine qui leur étaient offertes par les agences humanitaires et les revendait.

    Elle cherchait également le bois de chauffage dans les buissons près du camp qu’elle vendait. En fin de compte, elle a pu gagner assez d'argent pour louer, à six dollars le mois, une hutte au toit de chaume à Yambio, à environ 44 kilomètres du camp.

    "Je suis sortie du camp et suis venue en ville où j'ai commencé une petite entreprise pour survivre et subvenir aux besoins des enfants", déclare Mizele à IPS.

    Cette famille est l'une des nombreuses qui tentent de refaire leur vie, puisque les attaques de la LRA sur le Soudan du Sud ont diminué au cours de ces dernières années. A partir de la RDC et de la RCA, la LRA aurait mené des attaques dans l’Etat d'Equatoria occidental au Soudan du Sud, en particulier vers la période des récoltes.

    A Nzara, un poste-frontière dans l'Etat d’Equatoria occidental, des familles sont rentrées chez elles pour cultiver du maïs, des ananas, du sorgho et des arachides. Dans les centres commerciaux locaux, les affaires marchent. Les épiceries et pubs locaux, qui vendent des articles importés de l'Ouganda, sont ouverts jusqu'à des heures tardives, alimentés par des panneaux solaires ou groupes électrogènes diesel.

    La vie dans la région a été plus calme ces derniers temps. Le rapport 'LRA Crisis Tracker Report', publié le 5 février par les organisations non gouvernementales américaines, 'Invisibles Children' (Enfants invisibles) et 'Resolve' (Résoudre), indique que sur les 275 attaques menées par la LRA en 2012, aucune n'a été perpétrée au Soudan du Sud, alors que 225 ont eu lieu en RDC et le reste s’est produit en RCA.

    Beaucoup de gens dans la région croient que la baisse des attaques était en grande partie due à l’ouverture d'une base par la Force de défense du peuple ougandais (UPDF) à Nzara en 2010.

    "Nous sommes heureux que l'Ouganda soit venu. Sans eux, nous n'aurions pas planté nos cultures et fait la récolte", déclare à IPS, le révérend Samuel Enosa Peni, de l'Eglise épiscopale du Soudan.

    En plus de la présence militaire ougandaise dans la zone, le Corps expéditionnaire régional (RTF), qui a été créé en septembre 2012 par l'Union africaine, a été chargé de traquer les chefs de la LRA dans la région. Le RTF est composé de troupes venues du Soudan du Sud, de la RDC, la RCA et de l’Ouganda, ce dernier fournissant 2.000 soldats qui sont soutenus par 100 conseillers militaires américains.

    Peni, qui est aussi l'évêque du diocèse de Nzara, qui supervise les 33 églises paroissiales, affirme que la communauté locale est encore aux prises avec les effets traumatisants du conflit et que l'église lui donne des conseils.

    "Nous sommes nés dans la guerre, avons grandi dans la guerre, et la réhabilitation doit se faire", souligne Peni. "Les gens n'ont pas d'espoir pour l'avenir et notre travail en tant qu'église, c’est d'aller vers eux. Beaucoup sont morts, mais ceux d'entre nous qui sommes vivants devons oublier le passé et aller de l'avant".

    Les personnes autrefois enlevées ont souvent besoin d’un soutien psychologique avant d'être réintégrées dans la communauté. Bon nombre d'entre elles sont traumatisées par le rejet auquel elles sont confrontées dès leur retour à la maison, explique-t-il.

    Raphaëlle Reba vit avec le fait que sa famille ne pourrait jamais les accepter, elle et son fils, dont le père est l'un des rebelles de la LRA qui l’ont enlevée il y a sept ans à son domicile à Gangura Payam, qui se trouve au sud-est de Yambio.

    Elle a été forcée de faire partie de la LRA et a été remise à un commandant rebelle, qu'elle appelle seulement David, dont elle portera un enfant plus tard.

    En 2010, elle et David se sont échappés de la captivité de la LRA avec leur enfant. David est retourné en Ouganda après s’être rendu, et elle et son fils ont regagné sa maison au Soudan du Sud.

    Aujourd'hui, Reba vit dans la maison de son frère avec son fils âgé de quatre ans maintenant. Elle cultive les jardins d’autres personnes pour vivre.

    Encore traumatisée par les atrocités qu'elle a été obligée de commettre, y compris le fait d’avoir reçu l'ordre, lors d'une attaque à Aba, dans la Province orientale en RDC, de tuer et de boire le sang de deux bébés, Reba affirme qu'elle est ostracisée par sa propre famille. Même son père, Thomas Yepeta, ne peut accepter ni son fils ni elle-même.

    "Si elles (les insultes) continuent, je marcherai jusqu’au camp de l'UPDF à Nzara afin qu'ils puissent m’amener vers le père de mon enfant", déclare Reba à IPS.*Avec un reportage complémentaire de Joseph Nashion à Yambio, au Soudan du Sud.

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