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POLITIQUE-TADJIKISTAN: Le Président tadjik sur la sellette

    DOUCHANBE, 01 décembre (IPS) – Après un faux-pas diplomatique qui a conduit à une dispute avec la Russie, la position du Président tadjik Imomali Rahmon semble de plus en plus difficile à tenir. D'habitude très réservés, les médias locaux critiquent ouvertement sa gestion.

    En début du mois de novembre, le Président s'en est durement pris à Moscou suite à la condamnation par un tribunal tadjik de deux pilotes russes à plus de huit ans de prison pour le trafic des pièces détachées dans le secteur aéronautique. Suite à la menace de la Russie de traquer et d'expulser les travailleurs immigrés tadjiks, le Tadjikistan a fait marche arrière en libérant les deux détenus russes.

    La colère du Kremlin aurait pu avoir des conséquences dévastatrices pour l'économie tadjike qui dépend pour près de 40 % des fonds envoyés par les travailleurs émigrés à l'étranger. Sur Internet et en rue, les Tadjiks ne semblent absolument pas satisfaits de la manière dont leur gouvernement a géré cette récente crise.

    Plusieurs magazines, journaux et agences de presse ont ignoré les accusations de diffamation en provenance du pouvoir et ont publié des opinions réclamant une limitation des pouvoirs du Président Rahmon. Les commentateurs exigent aussi le remplacement de certains conseillers présidentiels.

    Les médias font attention de ne pas critiquer directement le Président, un fait qui est jugé illégal dans ce pays. Mais les récents commentaires étaient particulièrement forts dans un pays où les autorités exercent un immense contrôle sur la liberté d'expression dans les médias.

    « Le Président devrait remplacer le personnel qui se trouve au sommet du pouvoir, sinon c'est ce personnel qui risque de remplacer le Président », précise une opinion publiée dans l'hebdomadaire Asia-Plus.

    Les commentaires ont été particulièrement rudes contre un plan ambitieux et coûteux du gouvernement visant à construire la plus grande centrale hydroélectrique au monde. L'année dernière, le gouvernement tadjik a exigé à de nombreux Tadjiks une « contribution volontaire » pour ce projet en pratiquant une retenue sur les salaires et les bourses d'études. Mais, l'usage précis de ces fonds n'a pas été détaillé.

    Rahmon « n'a pas un vrai programme pour sortir le pays de la crise », estime un commentateur de l'hebdomadaire Nigoh. « La richesse du pays est partagée entre certains groupes, sous l'égide du gouvernement, qui sont à l'abri de poursuites judiciaires ».

    L'injustice du système judiciaire cause « un énorme ressentiment au sein de la population » précise Asia-Plus, l'une des sources les plus populaires dans le pays. Sur les 7.491 accusés qui ont été jugés l'année dernière, seulement deux ont été acquittés.

    Par ailleurs, les Tadjiks entendent régulièrement, depuis l'indépendance du pays en 1991, l'arrivée des dons de millions de dollars d'aide par les organisations caritatives internationales mais ils n'aperçoivent aucun changement sur le terrain, selon l'hebdomadaire. Pire, le pays a chuté de 15 places dans l'indice de développement humain des Nations unies, soit le score le plus bas pour une ex-république soviétique. Les jeunes n'ont pas d'autre choix que de chercher un emploi comme travailleur immigré en Russie. « Nos écoles forment des esclaves », écrit un journal.

    Ecrire sur les murs

    Selon Marat Mamadshoev d'Asia-Plus, l'attaque médiatique est une réaction à la crainte croissante au sein de la population du Tadjikistan qui semble avoir atteint un « point de non retour» . « La publication simultanée des articles critiques n'a rien à voir avec un complot », précise-t–il. « Le cas des pilotes russes, suivie par l'expulsion massive des Tadjiks de Russie, ont été la goutte faisant débordée le vase . Le pays est en chute libre. Les gens sont fatigués de l'hypocrisie et de l'inactivité du gouvernement. »

    Kirghizstan

    Selon Nuriddin Karshibaev, Président de l'Association nationale des médias indépendants dans le pays, les médias ne doivent pas s'attendre à une sanction immédiate, car la situation est trop tendue pour le moment. « Le gouvernement devra en tirer des leçons. Les médias au Tadjikistan ne sont pas très forts, mais ces articles critiques sont un présage que l'ambiance dans la société est en train de changer ».

    Ce cas tadjik n'est pas sans rappeler le sort de l'ex-président kirghiz Kourmanbek Bakiev. Tombé en disgrâce en 2010 aux yeux du Kremlin, les médias russes ont commencé à le harceler et à le comparer à des despotes historiques. Cette couverture médiatique a motivé les groupes d'opposition au Kirghizistan qui avaient le soutien du Kremlin pour destituer le Président Bakiev après quelques semaines.

    Mais, selon Karshibaev, il n'y a aucun parallèle entre les deux cas. « Les médias se contentent de faire ce qu'ils doivent faire », conclut-il.

    (FIN/IPS/2011)

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