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POPULATION-DEVELOPPEMENT: Le spectre de la famine guette la population du Sahel

    NOUAKCHOTT, 24 février (IPS) – Sept des huit gouvernements du Sahel, zone aride entre le désert du Sahara en Afrique du Nord et la savane du Soudan au sud, ont pour la première fois décrété l’état d’urgence alors que 12 millions de personnes dans la région sont menacées de famine.

    Le Burkina Faso, le Tchad, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Cameroun et le Nigeria ont fait appel à l’aide internationale afin d’éviter une nouvelle vague de famine sur le continent. Seul le Sénégal, qui organisera ses élections présidentielles à la fin du mois de février 2012, a renoncé à déclarer l’état d’urgence principalement pour des raisons politiques.

    « C’est une année catastrophique. La sécheresse est extrême, nous avons besoin d’une intervention urgente afin d’éviter la famine dans la région », a averti le directeur national du ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement de Mauritanie. La Mauritanie est le pays qui dispose de la plus faible quantité d’eau potable au monde et qui souffre des plus grandes pénuries de récoltes de la région. Un tiers de sa population est déjà confrontée à l’insécurité alimentaire.

    Après qu’une vague de sécheresse a détruit la majorité des récoltes au Sahel à la fin de 2011, les populations rurales de la région ont commencé à manquer de nourriture début février 2012, six bons mois avant qu’arrive la nouvelle récolte.

    Cependant, les pays développés – qui sont écrasés par la crise financière et qui viennent de dépenser des millions de dollars pour une aide d’urgence à la Somalie l’année dernière – traînent à répondre aux appels de la Mauritanie. A peine la moitié des 650 millions de dollars nécessaires aux Nations Unies a été promise. D’autres organisations d’aide ont même déclaré être à court de fonds.

    Plus les donateurs attendent, plus le nombre de victimes augmente et plus les fonds devront être importants pour rétablir la situation, a expliqué José Luis Fernandez, coordinateur de l’urgence régionale de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). C’est précisément la leçon que nous avons tirée du cas de la Somalie. Nous n’avons pas de temps à perdre, nous devons nous mobiliser dès aujourd’hui ».

    Le transport aérien de vivre dans une région touchée par la famine est de 10 à 20 fois plus coûteux que le transport maritime. Parallèlement, le traitement d’un enfant souffrant de malnutrition aigüe coûte 80 dollars par jour alors que si l’argent était investi dans des programmes de développement à long terme, il ne faudrait qu’un dollar par jour pour prévenir ce phénomène.

    Le problème dans la région du Sahel est que ce type de programmes est quasiment inexistant. En outre, les épisodes cycliques de sécheresse portent atteinte à la résilience de la population. Cependant, même lors d’une année « normale », 50% des enfants de moins de cinq ans – représentant les plus vulnérables de la population – souffrent de malnutrition chronique. La frontière avec une crise alimentaire généralisée est donc mince.

    Les changements climatiques, la croissance de la population, l’augmentation de la pauvreté, les moyens d’existence limités, les schémas migratoires changeants, la mauvaise gouvernance, la compétition pour des ressources toujours plus rares ainsi que les conflits potentiels se sont intensifiés dans la région où la majorité des habitants est fortement dépendante de la pluie pour l’agriculture et pour la survie du bétail.

    C’est la raison pour laquelle les experts en développement soulignent le fait que l’aide d’urgence peut aider le Sahel à court terme, tandis qu’à long terme la région nécessite des programmes structurels afin de renforcer la résilience des habitants face aux sécheresses récurrentes. « De tels programmes devraient inclure des investissements dans le développement de l’agriculture, comprendre le renforcement des services de protection sociale et de la santé ainsi que celui des services hydrauliques et d’assainissement, et enfin prévoir l’organisation de modules de formation pour aider la population à se préparer et à s’adapter au changement climatique », a affirmé Johannes Schoors, directrice nationale de l’organisation d’aide internationale CARE. L’organisation est basée au Niger où de plus en plus de personnes souffrent de famine en raison de l’intense sécheresse.

    Même si l’on obtenait des promesses de fonds suffisantes, apporter fournir l’aide humanitaire à la population serait difficile. Le Sahel est une région très vaste qui compte de nombreux villages situés dans des endroits reculés pratiquement inaccessibles, ce qui fait de la distribution de nourriture un véritable cauchemar logistique.

    « Les mesures logistiques sont complexes et coûteuses parce que les habitants sont éparpillés dans toute la région. Les distances séparant les différents villages sont énormes et les routes sont souvent très mauvaises ou inexistantes », souligne Schoors.

    En outre, la récente poussée de violence dans la région ne facilite pas la situation. En janvier, on a assisté à des affrontements entre l’armée malienne et des rebelles nomades Touareg pour la souveraineté d’un territoire, tandis que le Niger subissait des actes de violence perpétrés par la secte islamiste Boko Haram et qu’une branche régionale d’Al-Qaïda (Al-Qaïda au Maghreb islamique – AQMI) sévit constamment dans la région.

    Selon le Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF), qui tente d’obtenir de l’aide pour les enfants souffrant de malnutrition sévère dans la région, les premiers camions de nourriture n’ont pas pu atteindre une des régions du Niger où règne l’insécurité alimentaire qui se trouve à la frontière nord du Nigéria.

    « Il est de plus en plus difficile d’atteindre les personnes dans le besoin. Nous sommes confrontés aux mêmes difficultés dans le nord du Mali. Nous prévoyons une période de grande instabilité dans la région », s’inquiète le conseiller régional en nutrition de l’UNICEF pour les régions d’Afrique de l’ouest et d’Afrique centrale, Felicité Tchibindat.

    Les conflits ont amené beaucoup d’habitants à fuir leur foyer. Au moins 22.000 personnes se sont réfugiées en Mauritanie, au Burkina Faso et au Niger au début du mois de février. Malheureusement, ils rejoignent souvent les régions où l’insécurité alimentaire est la plus forte.

    « Gérer les personnes réfugiées dans ces régions où les résidents souffrent déjà de famine représente une difficulté supplémentaire à l’apport d’aide humanitaire. De plus, dans ces conditions, on assiste à des tensions sociales et à une augmentation des conflits potentiels », a affirmé Fernandez.

    Le quadruple fardeau de la sécheresse, des problèmes structurels, de la violence et des réfugiés demande une réponse rapide, a-t-il ajouté. Mais tant qu’elles ne reçoivent pas les fonds nécessaires, de nombreuses organisations d’aide ne peuvent accroître leurs efforts.

    (FIN/IPS/2012)

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