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Q&R: "Le Brésil pourrait servir de médiateur entre Juba et Khartoum"

    By Fabíola Ortiz s’entretient avec JAMES PADIET ANGOK, un diplomate du Soudan du Sud

    RIO DE JANEIRO, 21 sep (IPS) – La plus jeune nation du monde, le Soudan du Sud, recherche le soutien du Brésil – le premier pays au monde à reconnaître cette nouvelle nation – pour apprendre l'art de la diplomatie et de désamorcer les tensions et conflits persistants.

    Le Soudan du Sud envisage d'ouvrir une ambassade à Brasilia en 2012, la première en Amérique du sud.Le Brésil pourrait être un "partenaire de confiance" pour aider le nouveau pays à négocier avec le Soudan, au nord, et à apprendre "comment conduire la diplomatie", a déclaré James Padiet Angok, chargé des relations avec l'Amérique du sud au ministère sud-soudanais des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, créé récemment."Jusqu'à présent, les gens ne savent pas que le Brésil a été le premier pays qui a établi des relations diplomatiques avec le Soudan du Sud, le premier jour de notre indépendance", a rappelé Angok pendant qu’il était assis avec IPS pour un entretien lors du deuxième Cours pour des diplomates africains, offert du 12 au 23 septembre par le ministère des Affaires étrangères du Brésil, à Rio de Janeiro.Des représentants de l'Angola, du Botswana, du Ghana, du Kenya, de Namibie, du Nigeria, d’Afrique du Sud, du Soudan du Sud, du Soudan, de Tanzanie, de Zambie et du Zimbabwe prennent part à ce cours.Q: Comment évolue la construction de la politique étrangère du nouveau pays?R: Depuis notre indépendance le 9 juillet, nous avons commencé à nous asseoir pour essayer de concevoir notre politique étrangère et de déterminer aussi les pays dans lesquels nous pouvons ouvrir nos ambassades.Nous le faisons en trois phases: d'abord, les pays où nous allons commencer cette année, où la mission du Soudan du Sud avait déjà des bureaux, environ 21 pays. Nous avons commencé avec les plus représentatifs, tels que les Etats-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie, le Kenya, l’Ouganda et l’Afrique du Sud.

    Malheureusement, nous n'en disposons pas en Amérique du sud, nous n'avions des bureaux qu’en Europe, en Amérique du nord et en Afrique. Maintenant, nous envoyons seulement nos ambassadeurs et diplomates dans les bureaux qui sont déjà installés.La deuxième phase est d'ajouter d’autres ambassades (jusqu'à un total de) 36; le Brésil sera l'une d'entre elles, dès l'année prochaine, 2012.Ensuite, nous allons ajouter d’autres ambassades en Europe, en Asie et en Afrique. En Europe: en Suisse, en Hollande et en France; en Asie: en Inde, en Chine, en Malaisie, au Japon et probablement en Indonésie.Q: Vous participez au deuxième Cours pour les diplomates africains, organisé par le ministère des Affaires étrangères du Brésil à Rio de Janeiro. Pourquoi étiez-vous intéressé? Que pensez-vous que le Brésil peut offrir aux pays d'Afrique?R: Nous sommes trois à venir pour ce cours, une personne pour donner un cours. Nous voulons montrer au Brésil notre histoire, comment nous sommes parvenus à être un pays indépendant. Nous sommes ici pour apprendre du Brésil la manière dont ils mènent leur diplomatie, (pour voir) dans quels domaines nous pouvons véritablement coopérer avec eux. Ce cours est très important pour nous.L’une des choses importantes que nous pouvons apprendre du Brésil, c’est la diplomatie dans la politique d’un parti; le Brésil a réussi dans ce domaine. Nous voulons également apprendre du Brésil la partie pratique de la diplomatie, en particulier la guerre et la paix, afin de résoudre les problèmes par la diplomatie plutôt que la violence.Q: Croyez-vous que le Brésil puisse aider dans la diplomatie et la politique étrangère de votre pays?R: Nous essayons d'établir notre institut diplomatique; nous voulons apprendre du Brésil comment ils traduisent leurs valeurs dans le programme de formation pour former leurs diplomates à diriger la diplomatie brésilienne de manière professionnelle.Nous mettons en place un nouvel institut, et nous avons découvert que le Brésil était l'un des meilleurs quand il s'agit de la pratique de la diplomatie, parce que le Brésil gère les intérêts des partis politiques (sous le couvert de) la diplomatie nationale; il ne prend pas parti pour aucun parti politique, et c'est exactement ce que nous voulons. Donc s'il y a un changement de gouvernement ou de régime, cela n'affectera pas la diplomatie, qui se poursuit.Q: Pourquoi apprendre d'un pays en développement plutôt que de chercher le soutien des nations riches?R: Nous voyons le Brésil comme un pays en développement et l’écart de développement entre nous et le Brésil n'est pas si grand. Au moins le Brésil est humble envers nous, nous pouvons apprendre plus du Brésil que des pays avancés qui sont parfois très orgueilleux. Nous trouvons le Brésil très accueillant, particulièrement pour les pays africains.Jusqu'à présent, les gens ne savent pas que le Brésil a été le premier pays qui a établi des relations diplomatiques avec le Soudan du Sud, le premier jour de notre indépendance. Cela est très significatif.Q: Vous ne voyez pas l'intérêt du Brésil, et celui de ses entreprises, en Afrique comme une invasion ou une sorte de néo-impérialisme?R: Le Brésil est totalement différent, c'est un pays accueillant et il ne s'immisce pas dans les affaires d'autres pays; il ne dicte pas des choses aux autres pays et n’impose pas la démocratie par la force.Voici certaines des choses qui nous ont attirés vers le Brésil, l'hospitalité et la non-ingérence dans les affaires des autres pays. Le Brésil peut seulement conseiller, ils disent comment ils ont fait les choses, mais ils ne vous forceront pas à faire des choses, et c'est cet esprit que nous voulons vraiment pour nous.Q: Cinq décennies de guerre avant que le Soudan du Sud ne devienne indépendant ont coûté la vie à deux millions de personnes. Et le pays est toujours confronté à des tensions et conflits internes.R: La construction d'une nation est un défi. Le Soudan a eu du mal à construire une nation dans cette lutte violente qu'il n’a pas pu éviter par des moyens diplomatiques. Le résultat a été la séparation, mais cette séparation n'a pas réglé les choses, les problèmes internes demeurent à la fois au nord et au sud.(Nous estimons que nous pouvons trouver des solutions en apprenant) la manière diplomatique du Brésil. Nous n'avons pas besoin de nous lancer dans la violence quand il y a des différences. Oui, nous avons beaucoup de (conflits entre tribus par rapport à la répartition des terres et) des réserves de pétrole. Beaucoup de facteurs peuvent facilement nous pousser dans la violence, mais la meilleure façon est de savoir comment nous pouvons apprendre à résoudre (les problèmes) par le dialogue et la négociation. Alors, les défis sont encore énormes pour nous; l'unité de notre peuple est toujours très difficile.Nous avons 61 groupes ethniques avec 61 langues. Nous croyons que dans la génération future, nous allons surmonter (les difficultés que cela pose). Dans dix ans, la nouvelle génération, qui n'était pas vraiment impliquée dans la guerre et la violence, règlera les différences de manière plus diplomatique. La génération que nous avons maintenant est traumatisée à cause des longues guerres.Q: Quelle est la situation par rapport à la fourniture de services de base à la population?R: Nous avons un grand défi en termes de sécurité alimentaire. Nous ne produisons pas assez, alors nous importons de l'Ouganda, du Kenya et du Soudan lui-même, mais ces derniers jours, le Soudan a fermé sa frontière; donc c’est très difficile… il n'y a pas d’échanges commerciaux entre nous et le Soudan maintenant.Une grande partie du pétrole se trouve au sud, mais l’oléoduc va du sud vers les raffineries au nord. Nous avons décidé que nous ne devrions pas arrêter le flux de pétrole, le commerce est fermé, mais l’oléoduc fonctionne toujours parce que si nous le fermions, nous aurions un problème dans notre budget, dont 99 pour cent provient du pétrole. Donc, si le (flux de pétrole est arrêté), notre budget tombe à zéro. Nous pensons que nous pouvons négocier et conclure des accords commerciaux afin qu'ils puissent rouvrir et que nous obtenions nos aliments.Le pétrole part de chez nous au sud vers le nord pour être raffiné, mais nous ne recevons pas de carburant du nord; alors, nous l'obtenons auprès de l'Ethiopie, de l'Ouganda et du Kenya. Et à Juba (la capitale du Soudan du Sud), nous vivons une crise relative au carburant.Jusqu'ici, nous dépendons encore de nos voisins. Nous pensons que le nord est un voisin important pour nous et que nous devons négocier. Nous estimons que le Brésil peut aider dans les négociations et pourrait être un partenaire de confiance qui pourrait servir de médiateur de façon neutre. C'est la meilleure façon de le faire.

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