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Q&R: "Le système alimentaire d’aujourd’hui délaisse les petits fermiers"

    TerraViva interviewe KANAYO F. NWANZE, président du Fonds international de développement agricole (FIDA)* – TerraViva

    RIO DE JANEIRO, 12 juin (IPS) – Avec le Sommet des Nations Unies sur le développement durable, la semaine prochaine à Rio de Janeiro, il est généralement admis que repenser l'agriculture dans le monde est l'une des questions les plus cruciales qui se posent aux générations présentes et futures.

    Des chefs d'Etat de plus de 120 nations et des dizaines de milliers d’experts de la société civile et du développement international se réuniront, du 20 au 22 juin, dans cette ville du Brésil pour les travaux de ce sommet.TerraViva a parlé avec Kanayo F. Nwanze, président du Fonds international de développement agricole (FIDA), une agence des Nations Unies qui se concentre sur l'éradication de la pauvreté rurale dans les pays en développement à travers des interventions pratiques comme les services financiers, les marchés, la technologie, les terres et autres ressources naturelles.Voici quelques extraits de l’interview.Q: Le FIDA, et en général les experts des questions agraires, voient la lutte contre la pauvreté comme indissociable de la préservation de l'environnement. Dans ce contexte, qu'attendez-vous de Rio+20?R: Telles que les choses se présentent, les systèmes alimentaires et agricoles d’aujourd’hui délaissent les petits producteurs des pays en développement. C'est parce que deux points clé ne sont pas assez bien compris par les décideurs et le public en général. Tout d'abord, des 1,4 milliard de personnes vivant avec moins de 1,25 dollar par jour, un milliard d'entre elles sont dans des zones rurales dans les pays en développement, et la grande majorité dépend de l'agriculture pour leur subsistance. Donc, la pauvreté demeure un phénomène rural et les petites fermes jouent un rôle central dans la fourniture de la nourriture et de l'emploi.Deuxièmement, bien que l'on sache que l'agriculture a d’énormes impacts sur l'environnement, il n'est pas pleinement reconnu que les petites fermes dans les pays en développement occupent de vastes zones de ressources naturelles. Par exemple, 80 pour cent des terres agricoles en Asie et en Afrique subsaharienne sont constituées de petites fermes.Le problème est que ces agriculteurs, hommes et femmes, ne sont pas souvent habilités à gérer leurs ressources naturelles. Ils n'ont pas un accès sécurisé à leurs terres. Ils sont tributaires de la météo et n'ont pas accès aux institutions et aux marchés.En plus de cela, les petits fermiers sont confrontés à davantage de menaces et risques de volatilité des prix des denrées alimentaires et à la raréfaction croissante des ressources naturelles, telles que la terre et l'eau. Les changements de régimes climatiques et les augmentations attendues des conditions météorologiques extrêmes rendent la vie encore plus difficile pour les communautés rurales.Pendant que les négociations de Rio+20 sont en cours, le FIDA continue de travailler avec des organisations paysannes, des agences basées à Rome et d'autres partenaires, afin de mener une sensibilisation sur les défis auxquels les petits fermiers sont confrontés dans le monde et promouvoir un programme axé sur l’action, avec l'agriculture au centre. Nous espérons que les négociateurs prendront en compte le cas des petits agriculteurs et les mettront sur un même pied d’égalité.Q: Pouvez-vous définir la position que vous soutenez à Rio+20?R: Nous militons pour trois grands changements dans le système alimentaire et agricole d’aujourd’hui. Bien sûr, des politiques doivent être en place pour que les femmes et les hommes pauvres des zones rurales accèdent aux nouvelles technologies. Après près de trois décennies de baisse de l’appui à l'agriculture, il semblerait que notre objectif de sécurité alimentaire et nutritionnelle universelle soit plus difficile à atteindre que jamais.Mais au milieu de ces nuages noirs, il y a des lueurs d'espoir. Grâce à des efforts coordonnés, la dévastation causée par la famine dans la Corne de l'Afrique aujourd'hui a été moins que ce que nous avons vu dans des circonstances similaires par le passé.Et en raison des engagements pris ces dernières années pour le développement agricole – de la Déclaration de Maputo de l'Union africaine au Sommet du G8 à L'Aquila – nous sommes en train de développer le cadre pour nous assurer que les crises de sécurité alimentaire, telles que celles observées aujourd'hui, deviendront un jour de l'histoire.Nous faisons pression pour un accroissement massif des investissements dans "la petite agriculture durable" qui peuvent augmenter la productivité et les revenus des fermiers, améliorer leur résistance aux conditions météorologiques irrégulières, et éviter à la base des ressources naturelles davantage de dégradation.L'agriculture durable avec les petits fermiers signifie que nous ne devons pas faire le mauvais choix entre la réduction de la pauvreté et la lutte contre les changements climatiques. Dans le long terme, nous pouvons faire les deux à travers des approches qui provoquent la planification agricole, telles que l’accroissement de la production de cultures ou de bétail, ensemble avec la planification dans d'autres secteurs comme l'environnement, l'énergie et les transports. C'est la seule façon par laquelle nous obtiendrons l'équilibre des avantages sociaux, environnementaux et économiques, qui constitue la base du développement durable.Deuxièmement, les petits agriculteurs sont des entrepreneurs qui ne sont pas au même pied d'égalité pour la gestion de leurs entreprises. C'est incroyable à quel point ils accomplissent beaucoup de choses à la sueur de leur front, grâce à leurs connaissances traditionnelles et leur ingéniosité inébranlable.Les petits fermiers s’adaptent, depuis des générations, au changement des conditions et aujourd’hui que le climat change beaucoup plus rapidement, il y a beaucoup de choses que nous pouvons apprendre d'eux. Nous pouvons les appuyer avec des technologies accessibles qui peuvent les aider à s'adapter aux nouvelles conditions incertaines. Mais leur vie ne changera pas beaucoup s’ils ne peuvent pas se connecter aux marchés.Il y a beaucoup d'exemples de petits agriculteurs qui conduisent la production agricole et approvisionnent des marchés au niveau national et même mondial. Ils ont le potentiel d'accroître leur production et de contribuer à l’alimentation de neuf milliards de personnes d’ici à 2050. Ils ont besoin d'un peu de soutien et non de charité. Une partie de ceci changera la perception du secteur privé pour voir les petits fermiers comme des entrepreneurs à part entière et de potentiels partenaires pour les affaires commerciales.Dernier point mais pas le moindre, c'est qu’aucun gouvernement ni aucune organisation ne peut faire cela seul. Nous avons besoin de meilleurs partenariats pour relier les petits agriculteurs – femmes et hommes – aux institutions gouvernementales, la société civile, le secteur privé et aux chercheurs. Il nous faut un nouveau paradigme de collaboration qui nous permet de planifier à travers des secteurs allant de l'agriculture et la santé, au transport et à l'éducation, ainsi que de couper en travers les paysages écologiques qui ne partagent pas les frontières de nos communautés et activités humaines.

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