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Q&R: Les gros pollueurs devraient "rester chez eux" loin de la conférence sur le climat

    By Rousbeh Legatis s’entretient avec PATRICK BOND, un économiste politique à la Faculté des études en développement à l'Université de KwaZulu-Natal, à Durban, en Afrique du Sud

    NATIONS UNIES, 30 sep (IPS) – Pour que les politiques et les efforts mondiaux dans la lutte contre les changements climatiques avancent, un activisme local intense et les pays les plus touchés par les changements climatiques doivent jouer un rôle de premier plan.

    S'ils ne le font pas, une prochaine réunion des Etats parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) en Afrique du Sud sera une conférence de "paralysie" et des "profiteurs", affirme Patrick Bond, un expert de la justice climatique et auteur du livre intitulé "Politics of Climate Justice" (La Politique de la justice climatique) qui paraîtra en novembre."Les élites ont raté leur chance de résoudre la crise climatique", estime Bond.Le 17 décembre, lors de la Conférence des parties (COP17) à la CCNUCC, 194 pays évalueront les progrès mondiaux dans les changements climatiques. Ils négocieront et s'accorderont, en particulier, sur des objectifs contraignants de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) pendant la deuxième période d'engagement du Protocole de Kyoto, qui guidera les efforts internationaux dans la politique climatique pour les quatre prochaines années.Les conférences précédentes ont décrit et conceptualisé les changements climatiques comme un problème qui présente principalement un impact économique, en raison de l'idéologie selon laquelle "vous devez toujours régler un problème de marché avec une solution de marché", a déclaré Bond.En conséquence, la discussion sur l'utilisation des marchés de carbone, où les émissions sont vendues de façon irrégulière, comme l'outil principal pour contenir les changements climatiques, est dominante.Bond a parlé au correspondant Rousbeh Legatis, à l'ONU, des pays du Sud – acteurs clé dans les politiques climatiques futures – ainsi que de leurs perspectives et besoins.Q: Quand il s’agit de changements climatiques, vous avez vu des conférences au cours desquelles des promesses vides abondent. Qu’est-ce qu’il faut à Durban en décembre pour parvenir à un résultat qui rompt avec l'approche habituelle?R: Ce qu’il faut, sur la base des résultats passés, est que les délégations venues de Washington, d’Ottawa, de Londres, de Bruxelles, de Tokyo, de Moscou, de New Delhi, de Beijing, de Brasilia et de Pretoria restent à la maison, et laissent les principales victimes des changements climatiques établir les règles par lesquelles les grands pollueurs arrêtent ce qu'ils font et paient des réparations à tout le monde – et créer aussi une Cour internationale des affaires climatiques pour imposer des sanctions et des pénalités à ceux qui ne respectent pas une solution pour sauver la planète.

    Bien que beaucoup d’activistes dans ces villes demandent à leurs dirigeants de rester chez eux dans l’intérêt d'une issue révolutionnaire à la COP17, ils seront ignorés, comme d'habitude…Nous voulons que les activistes venus d'Afrique et à travers le monde s'unissent pour des solutions de justice climatique, pour maintenir les combustibles fossiles dans le sol par une action directe, comme nous l'avons vu au début du mois à la Maison Blanche (1.252 personnes arrêtées pour avoir protesté contre la canalisation de goudron réalisée par Obama), et développer juste des stratégies de transition… loin des systèmes énergétiques, de transport, d'extraction, de production, de distribution, de consommation et d'évacuation (actuellement en place) qui menacent le climat.

    Q: Les élites à travers le monde, comme vous le dites dans votre livre, n'ont pas réussi à trouver une "véritable solution à la crise climatique". Comment se présenterait une telle solution et pourquoi ont-elles échoué?R: Les élites les plus destructrices à travers le monde sont celles dans le secteur des combustibles fossiles et leurs alliés à la Banque mondiale et à la Maison Blanche, au département d'Etat et au département de l'Energie des Etats-Unis, ainsi que dans le gouvernement conservateur du Canada et dans l'industrie d’extraction du goudron. Elles sont déterminées à étendre les émissions de gaz à effet de serre (GES) le plus loin possible.Elles ont enseigné cela aux gouvernements des pays à revenu intermédiaire, alors c’est comme si tout le monde – sauf peut-être la Bolivie – va aux COP avec un seul objectif en tête: augmenter le plafond des émissions de GES afin de permettre à chaque bloc national des élites de l'Etat, soutenues par leurs classes nationales capitalistes, de polluer autant que possible, quelles que soient les conséquences…La solution devrait suivre la jurisprudence du Protocole de Montréal en 1987 quand il s’agissait de sauver le trou d'ozone créé par les chlorofluorocarbones (CFC): interdire purement et simplement les CFC après une période d’élimination progressive appropriée (dans ce cas, neuf ans).Mais les idéologues du marché et les industries des combustibles fossiles ne permettront pas cela, alors, les délégués sont bloqués et nous sommes fous si nous pensons qu'ils ont les moyens de lutter contre les changements climatiques à travers la CCNUCC, étant donné l’actuel équilibre défavorable des forces.Q: Voyez-vous des charges et responsabilités en train d’être correctement partagées entre les pays touchés, la communauté internationale et les Etats principalement responsables des changements climatiques?R: La dette climatique est le concept que nous devons comprendre, comme une composante de la dette écologique du Nord envers le Sud.Ce que nous savons tous est que la responsabilité pour les changements climatiques incombe à tout le Nord, qui comprend bien sûr des entreprises qui opèrent de façon irresponsable au Sud – telles que 'BHP Billiton' et 'Anglo American' ici en Afrique du Sud, qui reçoivent l’électricité la moins chère au monde et exportent ensuite leurs bénéfices à Melbourne et à Londres, respectivement.Le partage du fardeau ici, conviennent des activistes du climat, devrait être un arrêt définitif des accords spéciaux de prix de l’ère de l'apartheid qui donnent à ces entreprises leurs hyper-profits destructeurs du climat, de sorte que la vaste majorité des gens puissent plutôt avoir accès à plus d'électricité gratuite que les 50 kilowatts/heure symboliques par ménage par mois…Ceci n'est pas seulement une exigence du 'nationaliste de tiers monde'. La dette climatique – probablement au-delà de 400 milliards de dollars par an selon la plupart des estimations – ne devrait pas être payée par l’intermédiaire des tyrans, tels que Meles Zenawi d'Ethiopie, ou Mswati, le roi du Swaziland.Des mécanismes de paiement direct semblables au style de 'subvention du revenu de base' de la Namibie devraient plutôt garantir que ceux qui ont été touchés par les changements climatiques – une grande partie du Pakistan l'année dernière, par exemple – seront remboursés par des transferts de fonds locaux directement, sans passer par des Etats corrompus et des intermédiaires de l'industrie humanitaire.

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