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Q&R: Maîtriser le plan de reboisement pour sauver Haïti

    Patricia Grogg interviewe JEAN FRANÇOIS THOMAS, ministre de l’Environnement d’Haïti

    PORT-AU-PRINCE, 4 mai (IPS) – Des sécheresses et inondations, des ouragans dévastateurs et l'érosion des sols avec un impact dramatique sur la sécurité alimentaire rendent Haïti extrêmement vulnérable au changement climatique et dans un besoin d'énormes efforts d'adaptation.

    Le pays a lancé un plan directeur pour le reboisement et la gestion des terres en janvier afin de commencer à s'attaquer à ces vulnérabilités, a expliqué à IPS, le ministre de l'Environnement haïtien, Jean François Thomas.

    "A cause de ses caractéristiques morpho-géologiques, notre pays est soumis à de brusques changements qui le rendent très fragile. Le fait qu'il soit une île le rend encore plus faible", a déclaré Thomas, qui a été nommé à son poste en janvier.

    "Le problème le plus grave, c’est la déforestation massive, qui crée une situation dans laquelle toute tempête provoque de graves inondations", a-t-il dit avant de décrire l'ampleur du plan, qui a été renforcé par la déclaration de 2013 comme l'Année de l'environnement à Haïti.

    Thomas a parlé avec IPS dans la capitale haïtienne, Port-au-Prince. Voici quelques extraits de l’interview.

    Q: En quoi consiste la nouvelle stratégie d'Haïti pour faire face à la crise climatique?R: La première ligne d'action, c’est l'éducation environnementale, dans laquelle nous travaillerons ensemble avec le ministère de l'Education. Nous voulons amener cette question à l'ensemble des écoles primaires et secondaires dans le pays, afin que les jeunes se sentent impliqués dans le processus.

    Nous croyons qu'avec un bon programme de sensibilisation et d'éducation, nous pourrions opérer un changement, afin que les gens se comportent d'une manière moins agressive à l’égard de l'environnement.

    La deuxième ligne d'action est le reboisement. Malheureusement, nous avons moins de deux pour cent de couvert forestier. Si nous continuons ainsi, dans peu de temps, il faudra juste une heure de pluie pour provoquer une catastrophe.

    Nous devons inverser cette situation, et avec les plans que nous mettons en pratique, nous espérons accroître le couvert forestier à 4,5 ou cinq pour cent au cours des trois prochaines années.

    Nous allons mener ce projet de reboisement massif avec l'aide des pays comme la République dominicaine, Cuba, le Mexique et bien d'autres qui se sentent impliqués dans ce domaine. Des accords binationaux sont en place pour le mettre en œuvre et faire une différence.

    Q: Ces plans comprennent-ils la conception d’alternatives afin que les familles aient accès à des combustibles autres que le charbon et le bois de chauffage?R: Exactement. La troisième ligne d'action est la recherche d'alternatives. Nous ne pouvons pas punir les gens et nous ne pouvons pas dire que nous allons changer les choses sans leur offrir d'autres possibilités.

    De nombreuses études ont déjà été menées sur de nouvelles techniques et des sources d'énergie, y compris les foyers améliorés, le développement de forêts sèches et plusieurs technologies qui pourraient contribuer à alléger la pression sur nos ressources forestières.

    Q: Et quelle est la quatrième ligne d’action?R: La surveillance de l'environnement, dont j'étais en charge pendant près de huit ans (en tant que chef de la brigade de contrôle de l'environnement au ministère de l'Environnement). Nous devons appliquer les lois existantes afin de parvenir à une gestion saine de l'environnement.

    Il y a des gens (qui nuisent à l'environnement) simplement pour survivre. Mais il existe aussi les prédateurs, qui ne se soucient pas de la préservation de l'environnement, mais sont seulement préoccupés par des profits.

    Nous devons donc aller de l'avant avec la législation que nous avons déjà, et avec toute la force du pays, dans le processus de surveillance de l'environnement.

    Avec ces quatre lignes d’action, nous pouvons faire une différence.

    Q: En termes d'énergie renouvelable, à quelles sources spécifiques pensez-vous?R: Par exemple, l'établissement de centres de production de l'énergie solaire… Des poêles solaires sont également en cours de fabrication. Tout cela fait partie d'un effort visant à soutenir les communautés locales et à alléger la pression sur nos ressources naturelles.

    Q: Haïti est-il dans une position d'inclure l'adaptation aux changements climatiques dans ses plans de développement économique?R: Nous reconnaissons qu’Haïti est dans une situation d'urgence, mais il a encore l'obligation incontournable de développer des mécanismes d'adaptation. (Le changement climatique) n’est plus de la science-fiction; c'est une réalité que nous vivons. Il y a une grande préoccupation par rapport à ce phénomène et au besoin d'adaptation dans notre pays.

    Des stratégies pour apprendre aux communautés à s'adapter à ces changements sont déjà en train d’être développées.

    Q: Comment la création de la réserve de la biosphère de La Selle, déclarée en février par l'UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture), contribuera-t-elle à la préservation?R: La réserve de la biosphère, la première à Haïti, permettra une meilleure intégration des populations et de l'environnement. L'idée n'est pas seulement de protéger les ressources naturelles, mais d’apprendre également aux gens à coexister avec l'environnement, en cherchant des moyens d’améliorer leurs conditions de vie sans nuire à leur environnement. Elle fournira de nombreuses sources d'emplois également.

    C’est également un processus scientifique intéressant. Mais la chose la plus importante, c’est qu’on apprendra aux gens là-bas à vivre, à respecter et à utiliser judicieusement l'environnement dans lequel ils vivent et dont ils dépendent.

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