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Q&R: 'Pour les Etats fragiles, l’aide c’est la vie, pas l’argent'

    Suvendrini Kakuchi interviewe EMILIA PIRES, ministre des Finances du Timor-Leste

    BUSAN, Corée du Sud, 6 déc (IPS) – Le nouvel accord pour les 'Etats fragiles', obtenu du G7+ – un groupe de 19 pays qui sont aux prises avec la pauvreté, l'instabilité et les conflits violents – a été salué comme une avancée majeure lors du quatrième Forum de haut niveau sur l'efficacité de l'aide ici, au début de la dernière semaine de novembre.

    Le 1,5 milliard de personnes qui vivent dans les Etats fragiles ont besoin d'une aide importante pour la gouvernance de base et la transformation économique. La plupart d'entre eux ont connu des conflits depuis 1989 et 30 pour cent de l'aide publique au développement est dépensée dans des contextes fragiles et affectés par des conflits.Malgré les engagements d'aide, les Etats fragiles sont davantage loin d'atteindre les objectifs du millénaire pour le développement (OMD).Le nouvel accord s'ajoute aux cinq nouveaux objectifs de base – la politique légitime, la justice, la sécurité, des fondations économiques et des revenus et services – qui sont adaptés à chaque situation. Les Etats fragiles comprennent l'Afghanistan, le Soudan du Sud, le Kenya et le Timor-Leste.Emilia Pires, ministre des Finances du Timor-Leste, a travaillé sans relâche pour changer l'aide traditionnelle au développement pour contenir les vulnérabilités particulières des Etats fragiles.Voici des extraits de l’interview:Q: L'approbation du nouvel accord à Busan est considérée comme une réalisation majeure en matière de développement. Qu'est-ce que cela signifie?R: Pour les Etats fragiles, l’obtention de ce nouvel accord symbolise un changement de taille dans la manière dont l'aide a été déboursée et nous a touchés. Pour commencer, Busan a clairement admis que ces pays ouvriront la voie de leur développement.

    Le message de notre part, c'est que l'objectif d'atteindre les OMD d'ici à 2015 ne peut être appliqué aux Etats fragiles qui ont connu ou connaissent déjà des conflits et des crises. Il y a clairement la nécessité que de nouvelles conditions soient appliquées à l'aide pour les Etats fragiles. C'est ce que nous agitions et avons obtenu finalement.Q: Quels sont les nouveaux moyens qui seront mis en œuvre suite au nouvel accord?R: Evidemment, la percée de Busan n’est que le début. Maintenant, vient la partie difficile de la mise en œuvre et je m'attends à une forte lutte avec nos partenaires donateurs pendant que nous avançons. Par exemple, l'élaboration d'indicateurs précis pour mesurer les résultats. La pratique traditionnelle a été que les donateurs surveillent les progrès réalisés.Le nouvel accord qui entérine l’appropriation par les pays ouvrirait la voie pour les gouvernements fragiles de s'attendre à ce que les donateurs appuient notre propre surveillance à travers des experts.Ce qui est important est que les experts travailleraient avec nous pour développer les résultats au lieu d'être envoyés par les institutions créancières pour faire leur propre surveillance. Ce changement permettrait au partenaire local d’être en mesure de participer et d'apprendre davantage sur les résultats de suivi et de contribuer à l'efficacité du développement.Q: Pourquoi l'aide au développement a-t-elle échoué dans les Etats fragiles?

    R: L'exemple ci-dessus est approprié pour illustrer pourquoi les formes traditionnelles d'aide n'ont pas marché – simplement parce que la modalité de l'aide dans le monde n'a pas renforcé la capacité des communautés sur le terrain. Notre dialogue avec les partenaires du G7 a souligné la nécessité de changer la forme de l'aide qui se concentre strictement sur les OMD pour les Etats fragiles.Par exemple, une aide élargie pour améliorer l'accès à l'éducation pour les pauvres – un OMD – ne pouvait pas être efficacement utilisée dans les Etats fragiles parce qu'une crise signifierait que les enfants ne peuvent pas aller à l'école. En conséquence, les fonds doivent être retournés.Toutefois, avec le nouvel accord, les indicateurs qui englobent les problèmes dus à la crise seront pris en considération. Le développement de telles nouvelles structures, sur la base des systèmes de chaque pays, est le moyen clé pour aller de l'avant.Q: Le nouvel accord a spécifiquement identifié l’engagement des jeunes et des femmes comme des acteurs importants dans la construction de la paix et de l'Etat. Comment cela sera-t-il fait?R: Encourager le renforcement des capacités chez les jeunes au Timor-Leste est extrêmement important. Je décrirais cela comme étant l'extension des possibilités pour eux d'apprendre et de regarder vers l'avenir. Ils méritent d'être exposés aux mêmes opportunités que leurs homologues dans les pays qui n'ont pas connu de conflit et de violence.Il faut noter que des générations de jeunes qui ont vécu de longs conflits, y compris au Timor, n'ont connu que des violences. Un symbole fort de cela, c’est le fait que les enfants au Timor n'ont pas joué sur les balançoires qui représentent une joie pour d'autres enfants.Pour changer la mentalité, les gouvernements doivent investir dans le renforcement des capacités et dans des projets qui donnent de l'espoir et appuient des systèmes familiaux solides. Autant nous avons besoin de balançoires, de concerts pour les jeunes, autant nous avons besoin d'hôpitaux et d'écoles. C'est pourquoi je dis: construisons les routes qui, par exemple, peuvent conduire nulle part, mais seront toujours efficaces parce que les jeunes acquerront les compétences de la construction d’une route.Q: Qu’est-ce qui a changé à Busan dans l’efficacité de l’aide?R: La Déclaration de Paris a balisé le chemin pour l'appropriation nationale, mais à Busan, nous voyons cela devenir une réalité. Les statistiques lamentables dans l'efficacité de l'aide ont prouvé au monde la nécessité de changer le comportement actuel. Le nouvel accord lui offre un nouveau moyen en prouvant que l'aide pour lui implique l'argent, mais pour nous, c'est la vie.Les principes de base ne sont pas différents. Je crois en l'importance de la transparence, des processus démocratiques et de la reddition des comptes. Par exemple, le budget national au Timor est disponible en ligne. Donc, c’est l'attitude que nous devons changer. Les pays donateurs doivent remarquer que les pays pauvres peuvent prendre leurs propres décisions et beaucoup s'efforcent de le faire.

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