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Q&R: Pourquoi 'les victimes de viol doivent parler de leur traumatisme'

    Rousbeh Legatis interviewe THÉRÈSE MEMA MAPENZI, qui travaille avec les victimes de viol au Sud-Kivu pour la Commission justice et paix à Bukavu

    NATIONS UNIES, 18 avr (IPS) – Le viol est souvent perçu comme un traumatisme individuel, mais en réalité, son impact va bien au-delà d'une seule personne et affecte plutôt des communautés entières, compliquant la tâche déjà difficile d'aider les victimes de violences sexuelles.

    Thérèse Mema Mapenzi, qui travaille avec les victimes de viol au Sud-Kivu, en République démocratique du Congo (RDC), ajoute que pour aider les victimes de viol et d'autres formes de violences sexuelles à aller de l’avant, elles doivent avoir quelqu'un pour les écouter.

    L'écoute est aussi importante afin d’aider à trouver des solutions pour faire face aux conséquences du viol sur les communautés dans leur ensemble, explique cette assistante sociale, qui travaille directement avec les populations affectées pour la Commission justice et paix à Bukavu.

    "Je ne leur donne ni argent ni nourriture, mais je les écoute et sympathise avec elles", déclare Mapenzi. "Ce qui me rend fière, c'est de constater que des mots doux peuvent aider à guérir le traumatisme des victimes".

    Dans une conversation avec la correspondante d’IPS à l’ONU, Rousbeh Legatis, Mapenzi explique comment le viol est utilisé comme une arme de guerre pour détruire les gens, les familles et les communautés. Voici quelques extraits de l'interview.

    Q: Pourriez-vous expliquer les conséquences destructrices des violences sexuelles sur les individus et les communautés?R: En RDC, le viol a été et est utilisé comme une arme de guerre. Les rebelles savent que dans notre culture, les femmes sont celles qui protègent la culture dans leurs communautés. Pour déstabiliser le pays et aider les acteurs de la violence à atteindre leurs objectifs, ils détruisent les familles et donc les communautés locales, affaiblissant la cohésion sociale. Ils ont violé nos sœurs, mamans, tué nos frères sous nos yeux, nous humiliant et nous menaçant.

    Ces violences viennent avec une atmosphère de silence sur le viol. Il n'est pas facile pour une victime de viol de dire qu'il ou elle a été violé(e), parce que dans nos communautés, les gens ne parlent pas facilement des sujets touchant les rapports sexuels, alors le viol est considéré comme un tabou.

    Beaucoup de familles ont été et sont séparées du fait de ces expériences; les femmes violées se retrouvent isolées, l'harmonie au sein des familles brisée. Des communautés entières sont affaiblies et divisées, entraînant un climat de peur dans lequel les rebelles deviennent plus puissants.

    Q: Souvent, les victimes de viol sont persécutées à nouveau au niveau communautaire. Pouvez-vous expliquer comment cela se passe?R: Ces personnes souffrent d’un traitement terrible de la part des groupes rebelles. Quand elles retournent dans leurs communautés, elles sont victimes de discrimination. Jusqu'en 2010, beaucoup de victimes de viol n'étaient même pas considérées dans leurs communautés et étaient discriminées par leurs familles et leurs voisins.

    Les hommes étaient souvent forcés de regarder leurs femmes se faire violer et étaient menacés d'être tués s'ils tentaient de les secourir. Ensuite, il est difficile pour les hommes de parler de cette expérience, parce qu'ils étaient censés protéger les femmes, ils se sentent donc impuissants et ont honte.

    Il arrive aussi que les hommes qui n'étaient pas avec leurs femmes au moment du viol, les considèrent alors comme des collaboratrices des rebelles.

    Q: Vous travaillez avec 16 centres d'écoute (centres de traumatologie) dans différents villages du Sud-Kivu. Pourquoi l’écoute est-elle si importante?R: C’est seulement en écoutant activement les problèmes des gens que l’on peut les comprendre ou savoir quel type d'assistance apporter. C'est pourquoi il est si crucial d'écouter. Ainsi, nous contribuons à leur guérison en faisant preuve de compassion et de sympathie. La plupart du temps, les secrets liés au traumatisme que nous devons garder nous détruisent de l'intérieur sans même que nous le sachions.

    Par exemple, beaucoup de gens ici, en particulier les femmes, souffrent de maux de ventre, de tension et de maux de tête parce qu'ils ne savent pas à qui ils peuvent révéler leurs problèmes et les émotions associées.

    Q: Les victimes devraient-elles oser parler aussi?R: Les victimes doivent parler de leur traumatisme afin d’être guéries. Dans le processus de guérison, l’un de nos objectifs est de permettre aux victimes traumatisées de parler de leur situation ainsi que de là où et pourquoi elles ont des problèmes dans leur vie quotidienne, afin qu'elles puissent se sentir soulagées. S’il ou elle ne parle pas, le processus de guérison du traumatisme ne peut pas évoluer.

    Q: Que faites-vous concrètement là-bas pour aider et soutenir les femmes, les enfants et les hommes?R: Pour trouver les victimes de viol, nous entrons dans les communautés pour informer les gens sur le problème et les rendons plus sensibles aux conséquences physiques et psychologiques du viol. Nous faisons cela pour rappeler à tout le monde que les violences sexuelles constituent un problème communautaire.

    Nous leur demandons également de ne pas stigmatiser les victimes de viol et expliquons l’aide que nos centres d'écoute apportent, afin qu'eux aussi puissent parler à d’autres de nos programmes.

    La façon dont nous les aidons ensuite diffère d’une personne à une autre. Parfois, il faut une assistance juridique, des soins médicaux, un soutien psychologique ou économique. Nous fournissons des conseils en démontrant qu'il ou elle n'est pas responsable du viol. S'ils n'ont jamais fréquenté un hôpital pour des soins médicaux, nous les orientons vers un.

    Nous faisons également de la médiation familiale, qui vise à rétablir la paix dans les familles détruites par le viol. Et si le violeur est connu ou si un enfant est né du viol – souvent les plus maltraités parmi les victimes – nous aidons à les amener vers la justice.

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