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Q&R: Vous êtes à un pour cent de devenir un bonobo

    Anna Shen interviewe DENI BÉCHARD, un auteur et journaliste sur les questions de l’environnement

    NEW YORK, 8 oct (IPS) – Lorsque l'auteur Deni Béchard a découvert que les bonobos (grands singes) partageaient près de 99 pour cent de l'ADN humain, et se fondant sur leurs relations en matière de coopération et de collaboration, il savait qu'il devait écrire sur eux.

    Il était fasciné par le fait qu’il s’agit d’une espèce phare et le seul grand singe qui ne tue pas les siens. Plus important encore, il a voulu comprendre comment une ONG novatrice pourrait les utiliser comme un symbole pour des questions plus grandes en matière de conservation, et savait que les sauver de la disparition était d'une importance extraordinaire.

    Dans son livre qui vient de paraître, intitulé "Mains vides, bras ouverts: La course pour sauver les bonobos au Congo et rendre virale la conservation" (Milkweed Editions, 2013), il puise dans une riche palette de défenseurs congolais profondément engagés qui ont vécu la guerre et perdu tout ce dont ils s’occupaient. Contre vents et marées, avec peu de ressources, ils continuent à s'engager à sauver ces grands singes.

    Béchard fait également la chronique des efforts déterminés et héroïques de l’Initiative pour la conservation des bonobos (BCI), une ONG qui travaille directement avec des communautés congolaises, tout en s'attaquant aux causes profondes de la pauvreté et du chômage qui entraînent la chasse des bonobos en premier lieu.

    L’un de ses objectifs est de montrer comment les choix de nos dirigeants et nos appétits de consommation ont affecté ce pays. Il le fait, mais raconte aussi des contes très humains de la culture et de l'histoire du Congo, dépeignant une image vivante de l’endroit et de ses habitants.

    La visite de son livre a commencé il y a une semaine.

    Voici quelques extraits de l’interview accordée à Anna Shen.

    Q: Comment le fait d’avoir appris des choses sur les bonobos a-t-il changé votre vision de l'humanité?R: En tant qu'humains, nous avons du mal à voir les limites de notre culture ou à concevoir les manières par lesquelles nous pourrions changer radicalement. La réunion sur les bonobos – en particulier le fameux bonobo Kanzi à 'Iowa Primate Learning Sanctuary' – qui peut comprendre l'anglais et communiquer avec les humains grâce à l'utilisation de lexigrammes, m'a amené à comprendre comment les grands singes peuvent changer dynamiquement avec leurs milieux et avec leurs cultures. Kanzi illustre la puissance de la culture à modifier bon nombre des traits que nous associons à une espèce.

    A un niveau plus remarquable, la structure matriarcale et largement non-violente de la société des bonobos, et les circonstances évolutives qui peuvent l’avoir créée m'ont amené à considérer le degré auquel les humains sont un produit de notre environnement. Une abondance de ressources et l'absence relative de concurrence qui en résulte peuvent avoir permis aux bonobos de développer des sociétés plus stables, pacifiques dans lesquelles tous les jeunes sont choyés.

    Les sociétés humaines disposent d’une telle richesse de ressources au point où aucun enfant ne devrait être privilégié par rapport à d'autres, et j'ai considéré la rapidité avec laquelle notre culture changerait si notre priorité était d'utiliser nos ressources au profit des jeunes – pour leur éducation, soins de santé, et leur bien-être environnemental.

    Après quelques générations d'investissement de notre richesse nationale dans nos jeunes, à quoi ressemblerions-nous en tant que race? Je pense que nous paraîtrions différents de façon spectaculaire. Il est essentiel pour nous de nous rappeler le contrôle que nous avons en réalité sur notre environnement et notre culture, les façons dont nous pouvons utiliser cela pour changer activement notre race pour le meilleur, et la vitesse à laquelle nous verrions des résultats.

    Q: Quelles sont les similitudes et les différences entre les bonobos et les humains?R: Les bonobos partagent bon nombre des mêmes traits que les humains: empathie, imagination, loyauté, chagrin, espérance et amour. La seule différence entre nous, pour autant que je puisse dire – n’ayant pas été intégré dans leur société – est que leur expérience de la vie semble beaucoup plus non-mitigée.

    Les humains ont tendance à enterrer leurs expériences dans des sens; nous nous racontons des histoires, idéalisant et dramatisant, ou essayant désespérément de donner à nos amours et luttes – les récits de nos vies – une importance plus grande. Le fait d'avoir appris des choses sur les bonobos a mis à nu une bonne partie de cela et m'a rappelé à quel point nous sommes de grands singes, dans une longue lignée évolutive, et que souvent, en tentant de surcharger nos vies de sens, nous perdons le contact avec les simples impulsions animales qui nous guident – des impulsions qui ne sont pas moins réelles ou belles pour le fait d’être un animal.

    Plutôt, comme le suggère le primatologue Frans de Waal, ce que nous considérons comme nos valeurs éthiques les plus élevées, est codé dans notre biologie.

    Q: Quelles sont quelques-unes des méthodes de conservation qui pourraient la rendre "virale"?R: Ce qui amène un système de conservation à s’auto-reproduire ou à être "viral", c’est de l’adapter le plus étroitement possible à la culture et aux conditions dans lesquelles il est mis en œuvre. L'organisation au sujet de laquelle j'écrivais pour "Mains vides, bras ouverts", la 'Bonobo Conservation Initiative', amène son personnel à rencontrer divers groupes sociaux différents dans une future zone protégée.

    Ils arrivent à comprendre comment les dirigeants locaux voient les forêts et la faune ainsi que les projets de conservation possibles, ainsi que la façon dont les différents membres des communautés procèdent. Quand il s'agit du temps pour mettre en place des projets, le personnel de la BCI appuie un dirigeant qui est de la région qui deviendra une réserve, quelqu'un qui comprend les valeurs de la population, et ils élaborent la conservation en fonction des traditions spirituelles des communautés.

    Le résultat final est que les gens ont un sentiment profond d'appropriation des projets. Leurs succès sont fêtés, et les écologistes qui viennent de l'extérieur se remettent souvent à leurs connaissances. La population locale embrasse tellement à fond la conservation que les communautés voisines en voient les avantages et commencent à surveiller les espèces sauvages menacées dans leurs propres régions et à créer leurs propres zones protégées avec un appui relativement faible de l'extérieur.

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