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RD CONGO: "Deux enfants ont peut-être péri pour que vous ayez votre portable"

    By Inés Benítez

    MALAGA, Espagne, 14 sep (IPS) – “Il est possible que deux enfants aient péri afin que vous n’ayez ce portable”, déclare Jean-Bertin, un activiste congolais de 34 ans qui veut mettre fin au “silence absolu” autour des crimes commis dans son pays pour exploiter des matières premières stratégiques comme le coltan.

    La République démocratique du Congo (RDC) a au moins 64 pour cent des réserves mondiales de coltan, le nom familier africain pour ce minerai noir sombre composé de deux minéraux, la colombite et la tantalite.Le tantale, le métal extrait de ce minerai, est un métal de transition rare, dur, gris-bleu et brillant qui est très résistant à la corrosion. Il est utilisé dans la fabrication de condensateurs pour des appareils électroniques tels que les téléphones portables, ordinateurs et les comprimés, ainsi que dans les écouteurs, prothèses, implants et les aubes de turbine, entre bon nombre d’autres produits.”La plus grande malédiction de la RDC, c’est sa richesse. L’Occident et tous les autres pays qui fabriquent des armes y ont le nez fourré”, déplore Jean-Bertin, qui est arrivé il y a huit ans dans la ville méridionale espagnole de Malaga à partir de Kinshasa, la capitale de la RDC, où vivent encore ses parents et ses deux frères.

    L’extraction du coltan contribue au maintien d’un des conflits armés les plus sanglants en Afrique, qui a fait plus de cinq millions de morts, des déplacements massifs de la population, et le viol de 300.000 femmes au cours de ces 15 dernières années, selon des organisations de défense des droits humains.Ce fait a été reconnu par le Conseil de sécurité des Nations Unies en 2001, qui a confirmé les “liens entre l’exploitation des ressources naturelles et la poursuite du conflit en République démocratique du Congo”.En 2003, un groupe d’experts formé par le Conseil de sécurité avait identifié 157 entreprises et individus à travers le monde qui sont impliqués d’une certaine manière dans l’extraction illicite de matières premières précieuses en RDC.L’exploitation du coltan dans des douzaines de mines informelles, éparpillées à travers la jungle dans l’est de la RDC, est utilisée pour financer des groupes armés et l’enrichissement personnel des responsables militaires et cadres gouvernementaux.L’exploitation minière artisanale, sans aucun contrôle, se fait dans des conditions de travail semi-esclavagistes et cause d’importants dommages à l’environnement et la santé des ouvriers, y compris les enfants, selon le film documentaire “Blood in the Mobile” (Du sang dans le téléphone portable) publié en 2010 par le réalisateur danois, Frank Piasecki.

    Mais des sources de l’industrie, telles que le Centre international d’étude du tantale et du niobium (TIC), prennent la peine de souligner que les réserves de coltan en RDC et ailleurs en Afrique centrale sont loin d’être la principale source de tantale au monde.L’Australie était le premier producteur de tantale pendant plusieurs années et la production a augmenté récemment en Amérique du sud et en Asie, en plus de la production à partir d’autres sources, telles que le recyclage.Selon le TIC, les plus grandes réserves connues de tantale sont au Brésil et en Australie, et des découvertes ont été annoncées récemment au Venezuela et en Colombie.La RDC possède d’autres formes de richesses naturelles qui sont également largement exploitées clandestinement, telles que l’or, la cassitérite (un minerai d’oxyde d’étain), le cobalt, le cuivre, des bois précieux et des diamants. Néanmoins, le pays occupe la dernière place sur l’Indice de développement humain de 2011.Face à cette situation, des organisations de la société civile mettent plus l’accent sur la sensibilisation des consommateurs de produits contenant ces matières.En Espagne, un réseau de groupes non gouvernementaux et de centres de recherche qui se concentrent sur la RDC, a lancé une campagne en février pour exiger un engagement de la part des fabricants qu’ils n’utiliseront pas le coltan provenant de sources illicites.La découverte de nouvelles sources de tantale et le recyclage devraient contribuer à réduire la demande pour le coltan congolais.

    L’ONG Entreculturas et la branche espagnole de la Croix-Rouge se sont associées depuis 2004 dans une campagne dénommée “Dona tu móvil” (Donnez votre protable), encourageant le public à se débarrasser de ses vieux appareils électroniques pour la réutilisation ou le recyclage de leurs pièces. L’argent recueilli est investi dans des projets éducatifs, environnementaux et de développement pour les secteurs pauvres de la population.Jusqu’en juillet, elles avaient collecté 732.025 appareils et gagné plus d’un million d’euros, a indiqué à Tierramérica, Ester Sanguino, la coordinatrice de la campagne pour Entreculturas.Mais ces organisations et les entreprises impliquées dans le recyclage, consultées par Tierramérica, ont convenu qu’il serait impossible pour cette source de tantale de contribuer à satisfaire la demande mondiale croissante pour ce métal à un degré significatif quelconque.Les pressions du marché encouragent les gens à remplacer leurs téléphones portables après seulement une courte période de temps, ce qui signifie que même si le recyclage se faisait sur une grande échelle, le tantale obtenu ne répondrait pas à la demande, a indiqué une source à ‘BCD Electro’, une société spécialisée dans la réutilisation et le recyclage des équipements électroniques et informatiques.Et les téléphones portables ne représentent qu’un segment du marché dans lequel le tantale est actuellement utilisé.Apple et Intel ont annoncé en 2011 qu’elles n’achèteraient plus du tantale auprès de cette ancienne colonie belge (la RDC). Nokia et Samsung ont pris des engagements similaires.* Cet article a été initialement publié par des journaux d’Amérique latine qui font partie du réseau Tierramérica. Tierramérica est un service spécialisé d’informations produit par IPS avec l’appui du Programme des Nations Unies pour le développement, le Programme des Nations Unies pour l’environnement et la Banque mondiale.

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