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RD CONGO: Conditions chaotiques de navigation avec des morts par naufrage

    By Emmanuel Chaco

    KINSHASA, 13 mars (IPS) – «Environ 100 personnes meurent par mois en République démocratique du Congo (RDC) du fait des naufrages des bateaux qui ne répondent pas aux règles de navigation fluviale et maritime», affirme un rapport gouvernemental, présenté par le 7 mars par Justin Kalumba, ministre congolais des Transports et Voies de Communication.

    Ce rapport dont copie est parvenue à IPS, indique que sur quatre ans, entre 2008 et 2011, «au moins 4.477 personnes sont mortes à travers les accidents survenus sur les fleuves et les lacs de la RDC». Il ajoute que «ces victimes ont été enregistrées sur 153 cas de naufrages des bateaux déclarés; ce qui fait une moyenne de plus de 38 naufrages chaque année».

    Par ailleurs, selon des rapports de la Commission internationale du Bassin du Congo et Oubangui, «les unités flottantes, dont la plupart sont des baleinières non identifiées et construites dans l’irrespect des normes universelles, engendrent annuellement près de 50 pour cent de naufrages enregistrés sur le fleuve et les rivières de la RDC».

    Mais pour le gouvernement, «les causes de ces naufrages sont généralement la mauvaise qualité des bateaux, la faible qualification du personnel naviguant, la corruption des agents commis aux ports et beaches,…» En effet, le rapport affirme que «plus de 600 capitaines de bateaux et conducteurs d’embarcations de fortune» n’ont pas de qualifications professionnelles et éthiques requises.

    Kalumba a également reconnu «l’incompétence et la complaisance de beaucoup de commissaires fluviaux lacustres qui n’obéissent qu’au pouvoir de l’argent sans aucune dignité et qui délivrent des titres de manière complaisante pour des bateaux ne remplissant pas les conditions de navigabilité».

    Selon Jean de Dieu Kabukayi, directeur au port de Boma, un des plus grands ports du pays, situé dans la province du Bas-Congo (ouest de la RDC), «l’ampleur de la corruption au port a été la cause principale de la suspension, par le ministre, de plusieurs dizaines d’agents et cadres de l’Etat au début du mois de mars 2013».

    Mais, «ce rapport est incomplet; il ne fait pas allusion au nombre de naufrages des pirogues et donc des morts qui se comptent par milliers à travers les rivières», affirme Georges Cikuru Balagizi, pêcheur et vendeur demi-gros des fretins frais tirés du lac Kivu, dans l’est de la RDC.

    Balagizi indique que «presque tous les matins, on retrouve des corps sans vie qui planent sur le lac. Il s’agit généralement des pêcheurs de nuit et des passagers qui voyagent dans des pirogues pour rejoindre les îles voisines où ils vont acheter des fruits et venir les revendre à Bukavu», la capitale de la province du Sud-Kivu.

    Il déclare à IPS: «La responsabilité de l’Etat est grande. Les autorités doivent interdire les voyages dans des pirogues et bateaux qui ne sécurisent pas les voyageurs. Elles doivent aussi encadrer les voyages de nuit en s’assurant que les bateaux et les pirogues…sont équipés de lumières, de boussoles et que leurs équipages sont professionnels».«Un autre problème qui relève du devoir du gouvernement, concerne les manifestes. Souvent, les bateaux et les pirogues cachent le nombre réel des passagers. Les bateaux et les pirogues embarquent au-delà de leurs capacités réelles», souligne Papy Kirongozi, propriétaire de deux bateaux qui naviguent entre Kinshasa – la capitale de la RDC – et l’Equateur, une province du nord-ouest.

    Justin Ntumba, directeur d’une entreprise privée de transport fluvial, reconnaît que «s’il est parfois procédé à une surcharge des bateaux, c’est parce que non seulement la demande est trop nombreuse, mais aussi parce que les opérateurs doivent rentrer dans leurs frais».

    Selon Ntumba, «il n’est pas facile d’être opérateur dans le domaine de la navigation fluviale et maritime dans un contexte où on fait, tous les jours, face à la multiplicité des taxes et à toutes sortes de tracasseries administratives et financières dans les ports et beaches».

    Afin de trouver une solution globale à tous ces problèmes, il s’est tenu, en août 2012 à Kinshasa, les états généraux sur le transport fluvial, maritime et lacustre.

    Les participants avaient recommandé au gouvernement «l’application rigoureuse des directives sur la fabrication des infrastructures portuaires, la mise à jour des règles sur les voies navigables et non navigables; la surveillance des normes pour la fabrication des bateaux et des baleinières ainsi que l’investissement dans la formation du personnel navigant».

    A l’issue de ces états généraux, le ministre des Transports et Voies de Communication a pris une note circulaire le 30 août 2012, ordonnant la fermeture de 20 ports et beaches qui ne répondent pas aux règles d’usage de la navigation maritime, fluviale et lacustre, notamment à Kinshasa. Le pays compte une trentaine de ports, dont un sur l’océan Atlantique et plusieurs ports fluviaux et lacustres.

    Mais, l’absence de balisage des voies navigables du pays persiste et continue de poser aussi problème. Sur les 15.000 kilomètres de voies navigables congolaises, 9.000 km ne sont pas balisés, selon le rapport des états généraux sur le transport fluvial, maritime et lacustre.

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