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RD CONGO: De plus en plus de civils déplacés, et l’ONU menace

    By Taylor Toeka Kakala

    GOMA, RD Congo, 2 août (IPS) – La population de Goma, au Nord-Kivu, a manifesté vendredi en début d’après-midi contre la MONUSCO, demandant à la Mission des Nations Unies au Congo d'étendre son périmètre de sécurité au-delà de la ville et ses environs pour toucher les zones où se trouvent des groupes armés.

    La police a tiré en l'air pour disperser les manifestants, mais en vain.

    "La MONUSCO devrait plutôt commencer par sécuriser les zones rebelles, notamment celles sous contrôle du M23 au lieu de sécuriser Goma et ses environs où il n’y a pas de groupes armés", a déclaré à IPS, Bienvenu Mazirane, président de la Ligue des jeunes de Rutshuru, au Nord-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).

    La situation était pourtant calme jeudi à Goma, la capitale de la province du Nord-Kivu, après l’expiration de l’ultimatum de l’ONU qui avait donné 48 heures aux groupes armés pour déposer les armes et se retirer de la ville en vue de la sécuriser et protéger les civils.

    Mais le M23 avait rejeté l’ultimatum mercredi. Le périmètre de sécurité s’étend sur un rayon de 28 kilomètres sur l’axe Goma-Sake (à l’ouest de Goma) et de 15 km sur l’axe Goma-Rutshuru (au nord), en contournant la position du M23 sur 10 km. Le M23 se trouve sur l’axe Goma-Rutshuru.

    Le M23 a indiqué que ses hommes ne quitteront pas les zones délimitées par la MONUSCO. Ils affirment qu’ils riposteront en cas d’attaque. "Nous considérons que cette mesure ne nous concerne pas car nous ne sommes ni à Goma, ni sur l’axe Goma-Sake", a déclaré Bertrand Bisimwa, président du M23.

    "La MONUSCO a exclu la zone M23 de son périmètre en conformité avec les recommandations de la CIRGL (Conférence internationale de la région des Grands Lacs) de décembre 2012, nous exigeant de nous retirer (de 20 km) de Goma", a expliqué à IPS, le lieutenant-colonel Jean Marie Vianney, porte-parole militaire du M23.

    Mais la société civile n’est pas d’accord. "Pour quelle raison doit-on sécuriser un périmètre où il y a quatre généraux (un général des Forces armées congolaises, un de la Police nationale congolaise, un de la MONUSCO et un de la nouvelle brigade de la MONUSCO?)", a demandé Mazirane, de la Ligue des jeunes de Rutshuru.

    Pendant ce temps, plus de 5.000 nouveaux déplacés de guerre s’entassent, depuis le 14 juillet, dans les écoles et églises de Goma. Ils expriment des besoins urgents en abris, articles ménagers essentiels et en vivres.

    Quelque 622 déplacés de guerre se bousculent et envahissent le moindre recoin de la cour de l’école primaire Ushindi, au nord de Goma, pour se faire identifier et enregistrer auprès d’un responsable de l’organisation 'Caritas Goma', Egide Samusaza, muni d’un mégaphone.

    "Nous allons d’abord vous enregistrer tous et puis revenir un autre jour pour procéder à la distribution de vivres", dit-il.

    Entassés dans des endroits exigus – un terrain favorable à la propagation de maladies – ces 5.000 nouveaux déplacés de guerre ont fui, depuis deux semaines, les combats entre les Forces armées de la RDC (FARDC) et les rebelles du M23, éclatés sur les collines de Mutaho, à huit kilomètres au nord de Goma, pour s’y réfugier.

    "Des obus ont été tirés dans des zones habitées, poussant des milliers de personnes à se mettre à l’abri pour sauver leurs vies… Des civils font l’objet de détentions arbitraires et de traitements dégradants", a indiqué Moustapha Soumaré, coordonateur de l’action humanitaire pour l’ONU en RDC, dans un communiqué du 26 juillet.

    "Cette récurrence des combats à proximité des zones habitées pose un sérieux problème de protection pour des milliers de personnes et risque d’avoir de graves conséquences humanitaires", a-t-il ajouté.

    D’autres mouvements de populations sont également observés dans le territoire de Rutshuru, à une centaine de kilomètres au nord de Goma, à la frontière entre le Rwanda, l’Ouganda et le Congo. "Pas de chiffres pour le moment" sur ces déplacements, disent les humanitaires.

    "Je suis arrivée ici (Ushindi) dans la précipitation alors que mon mari était à Kibumba (à 17 km de Mutaho) et je n’ai rien", affirme à IPS, Inès Furaha, une mère de quatre enfants, dont le mari a fui vers Bunagana, une localité à la frontière de la RDC avec l’Ouganda.

    Selon le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), le Nord-Kivu abrite, au 25 juillet, 967.000 déplacés internes, soit plus d’un tiers des 2,6 millions de déplacés en RDC.

    Ces déplacés vivent dans des familles d’accueil, dans des sites publics (écoles et églises), dans des sites spontanés, gérés par l’Organisation internationale des migrations (OIM), ou dans des sites CCCM (Coordination et administration des camps), gérés par le HCR.

    Mais seuls 146.071 déplacés, au Nord-Kivu, sont installés dans 31 sites CCCM et 231.023 autres dans 39 sites spontanés de la province, bénéficiant de vivres du Programme alimentaire mondial.

    Les déplacés des sites publics ne dépendent que de la providence. "Il faut travailler comme domestique pour trouver à manger. Mais à condition de trouver où travailler", explique un déplacé d’Ushindi à IPS.

    Par ailleurs, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), a indiqué, le 25 juillet, que la capacité d’accueil restante de l’unique camp CCCM et de quatre camps spontanés de Goma ne s’élève plus qu’à 2.500 places.

    Cette situation pousse les acteurs humanitaires à chercher des options alternatives et des opérations de "fixing" avant de relocaliser les 5.000 nouveaux arrivants – dont la majorité sont des enfants qui bénéficient de la clinique mobile de 'Médecins sans frontières' – venant des sites publics vers des camps spontanés ou le CCCM.

    La perspective que la MONUSCO envoie au front sa brigade d’intervention rapide pour combattre les rébellions encore actives dans la région, inquiète davantage les humanitaires.

    "Nous craignons que le nombre de personnes forcées de quitter leurs milieux ne cesse d’augmenter avec une nouvelle guerre", indique à IPS, Eddy Yamweziyo, responsable des urgences à 'Caritas Goma'.

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