Home » Afrique, Developpement, Droits de L'Homme, Headlines, Politique, Reportage d'Afrique »

RD CONGO: Des écoles désertées au profit des mines d’or

    By Maurice Wa ku Demba

    LUBUMBASHI, 14 mai (IPS) – L’exploitation artisanale de l’or attire les élèves et enseignants de Nyunzu, un territoire au nord du Katanga, la province riche en ressources minières dans le sud-est de la République démocratique du Congo (RDC).

    Face à cette activité lucrative, ils sont nombreux à abandonner l’école, et les enseignants qui résistent à cette tentation, passent des journées avec très peu d’élèves dans leurs classes. Les plaintes des autorités et organisations de la société civile n’ont pu rien changer encore.

    Le matin du 29 avril, un lourd silence plane sur la cour de l’institut pédagogique Mawazo, dans le territoire de Nyunzu. Seul avec son bâton en main, le préfet des études dans cette école secondaire, Pascal Irung, visite les classes, l’une après l’autre. Son indignation est grande: sur un effectif d’environ 320 élèves, 194 fréquentent toujours l’école, mais tous ne sont pas réguliers.

    «Ils sont pleins dans les carrières, enseignants et élèves. L’or les attire parce qu’il leur permet de se faire un peu d’argent», déclare Irung à IPS, profitant d’une visite de journalistes et d’autorités politiques dans l’école.

    Faute d’enseignants, certaines promotions se regroupent pour suivre les cours ensemble, laissant des classes vides.

    A l’institut Bakanja, à environ un kilomètre plus au nord, les élèves sont seuls dans les classes. Les enseignants et le chef d’établissement sont réunis à la direction. «Nous cherchons comment terminer l’année en douceur bien que la tentation de descendre dans les carrières soit grande pour nous tous», déclare à IPS, Elie Mputu, le préfet de discipline de l’école.

    Sur 16 enseignants de Bakanja, sept sont encore réguliers à l’école, les autres multiplient des motifs pour s’absenter, selon Mputu. Mais Georges Kabwit, un des enseignants de Bakanja jure qu’il n’abandonnera pas son métier. «Si tous nous allons chercher de l’or, il n’y aura personne pour s’occuper de cette jeunesse», souligne-t-il à IPS.

    Les chefs d’établissement disent avoir fait un rapport en avril à l’inspection provinciale des enseignements, qui a le pouvoir de décider de leur sort. Mais certains reconnaissent qu’il n’est pas facile de remplacer des enseignants dans ces écoles où ils ne sont pas bien payés – entre 65 et 100 dollars par mois.

    Selon Arthur Yav, chef du bureau territorial des enseignements à Nyunzu, l’attrait de l’or vide petit à petit les écoles depuis janvier. Dans cinq écoles publiques de la cité du territoire, 1.032 élèves ne sont pas rentrés après les vacances de Pâques. «Nous avons informé les autorités et attendons de leur fournir un rapport détaillé à la fin de l’année scolaire», indique-t-il à IPS.

    Mais, les élèves ne manquent pas d’argument pour justifier l’abandon de l’école. «Nos parents sont incapables de payer les études pour nous, et même de nous nourrir et de nous habiller convenablement», affirme Cédric Ntumba.

    Ntumba et deux de ses camarades, âgés tous de moins de 16 ans, ont déserté l’école depuis mars. Ils transportent des graviers de carrières – pour des patrons – dans la carrière de Musebe, la plus peuplée avec plus de 20.000 creuseurs artisanaux, selon l’administration locale.

    Pour chaque journée de travail, ces nombreux mineurs bénéficient chacun – comme leur paiement – d’un tas de graviers qu’ils doivent tamiser le lendemain. «Je trouve au moins un gramme d’or après deux jours», déclare Ntumba à IPS.

    Sur place, dans les carrières, un gramme d’or se négocie entre 30.000 et 35.000 francs congolais (environ 33 à 38 dollars).

    Mais les autorités provinciales du Katanga ne veulent pas de la présence des enfants dans les carrières minières. Fin-avril, le gouverneur de la province, Moïse Katumbi, a appelé, le 30 avril, les ONG, les médias, les services de sécurité et la population katangaise à s’impliquer pour qu’aucun enfant ne se retrouve plus dans les carrières minières.

    Et une commission a été créée par le ministère provincial des Mines, comprenant également les représentants d’ONG, de la police, pour sensibiliser les parents en leur demandant de retirer leurs enfants des carrières. Cette commission doit aussi organiser les creuseurs adultes en coopératives.

    Le ministre provincial des Mines, Barthélemy Mumba, a ordonné aux creuseurs artisanaux de s’affilier aux coopératives minières ou d’en créer d’autres. «Cela permettra de veiller à ce que tous les exploitants artisanaux soient des majeurs», explique Mumba à IPS. Le gouvernement provincial retirerait l’agrément aux coopératives qui compteraient des enfants en leur sein, promet-il.

    Sur terrain cependant, ces appels n’ont pas encore changé grand-chose. «Quand on prend une décision, il faut au même moment des mesures pratiques pour la faire appliquer», estime Carol Tshidibi, administrateur du Programme communautaire de promotion des droits de l’enfant.

    En octobre 2012, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) et l’ONG 'Groupe one' avaient, dans un communiqué conjoint, déploré la présence de plus de 40.000 enfants dans les carrières minières au Katanga. Ces deux organisations ont mis en place un plan qui leur a permis de retirer 1.185 parmi ces enfants dans les villes de Likasi, Kolwezi, et dans la cité de Kipushi.

    Le travail des mineurs dans les carrières les expose à plusieurs dangers, souligne Dr Pierre Kasonde, médecin-chef du centre de santé Malaïka de Nyunzu.

    «Dans les matières qu’ils transportent, il y a des pourcentages d’uranium, de malachite, de cobalt, de zinc, de cuivre…», indique Kasonde à IPS. Les rayonnements de l’uranium ont un effet néfaste sur des cellules jeunes. Ceci peut détruire certaines de ces cellules et favoriser des malformations chez l’individu ou chez des enfants, dit-il.

    comment closed

    Tag Cloud

    Africa Centrale Asia/Pacifico Culture, Religion, Sport East Africa Education Energy Global Affairs Orient Peace and conflict Population, Refugies Science, Technologie Southern Africa Spécial Culture,Religion et Genre Travail West Africa