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RD CONGO: Des ex-combattants deviennent des producteurs agricoles

    By Badylon Kawanda Bakiman

    KIKWIT, RD Congo, 26 août (IPS) – Plus de 300 ex-combattants de la province du Bandundu, dans le sud-ouest de la République démocratique du Congo (RDC), s’impliquent dans l’agriculture et l’élevage pour assurer leur réinsertion sociale et contribuer à la sécurité alimentaire.

    «Grâce à une formation et aux équipements reçus, j’ai produit 36 sacs de millet en 2012 dans un champ de deux hectares», témoigne Claude Nkaka, 43 ans, ancien militaire des Forces armées de la RDC (FARDC). Il a été démobilisé en 2006 et s’est engagé dans l’agriculture depuis 2009.

    Nkaka affirme que ces récoltes lui ont permis de gagner, après la vente, 1,080 million de francs congolais (environ 1.173 dollars). «Je me suis facilement adapté avec la vie civile et je contribue, d’une façon ou d’une autre, à la sécurité alimentaire», ajoute-t-il à IPS. Il produit à Lubungu, à 10 kilomètres de Kikwit, la principale ville de la province.

    Il déclare également être membre de l’Association de Ndeke-Zulu (un quartier de Kikwit) pour le développement agricole, une organisation paysanne de 22 démobilisés et de trois membres de la communauté d’accueil composée d’ingénieurs agronomes et d’agents de développement.

    Un autre démobilisé, Paulin Malewa, 38 ans, avait produit, en 2012, 78 tonnes de maniocs dans un champ de deux hectares à Lukamba, à 60 km de Kikwit. «Je suis fier de cette activité par rapport aux armes de l’époque», dit-il à IPS.

    Malewa appartenait au Mouvement de libération du Congo de Jean-Pierre Bemba qui, à l’époque, était un groupe rebelle et sévissait dans la province de l’Equateur dans le nord-ouest de la RDC, avant de devenir un parti politique. Démobilisé en 2008 à Mbandaka, dans l’Equateur, Malewa est revenu au Bandundu, sa province d’origine, pour sa réinsertion sociale.

    De son côté, Donat Mubiala, 40 ans, démobilisé en 2006 des FARDC, pratique l’élevage des porcs. «Le peu d’argent (300 dollars) que le gouvernement m’avait donné grâce à la Banque mondiale et les deux porcs offerts par la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) m’ont permis d’avancer dans cette activité. Actuellement, j’ai 12 bêtes», déclare-t-il à IPS.

    Nkaka, Malewa et Mubiala font partie des quelque 300 démobilisés réinsérés dans l’agriculture et l’élevage. Tous font donc partie des 2.486 démobilisés dont 11 femmes que compte toute la province.

    Les vieux, les enfants de moins de 18 ans, les malades, les blessés de guerre et d’autres volontaires qui appartenaient aux groupes rebelles et ceux de la FARDC étaient concernés par la démobilisation, explique Charlotte Lila, une des responsables de l’Unité d’exécution du programme national de Désarmement, démobilisation et réinsertion en RDC.

    Le pays a connu une guerre civile (1998-2002), après le renversement de l’ancien président Mobutu Sese Seko en 1997. Elle avait fait plus de trois millions de morts, selon plusieurs organisations de défense des droits humains.

    Le document sur la Stratégie nationale de la réinsertion note qu’il fallait «contribuer à la standardisation des approches et pratiques de réinsertion jugées pertinentes par l’ensemble des partenaires clés…», selon Lula.

    Lula confirme que chaque démobilisé recevait d’abord un pécule de 300 dollars appelé 'filet de sécurité' pour se prendre en charge avant la formation et un kit composé de couvertures, sandales, pantalons, polos… «Tout cela était venu du gouvernement congolais grâce au projet» PARSAC II – IDA (Programme d'appui à la réinsertion socioéconomique dans le secteur agricole des ex-combattants) «avec l’appui financier de la Banque mondiale», dit-elle à IPS.

    «La FAO avait facilité la formation de ceux qui avaient choisi l’agriculture, la pêche et l’élevage après avoir été au Centre d’orientation pendant trois semaines», déclare Jean-Baptiste Mbwengele, président de la Coopérative de production, de vente… Cette ONG avait signé un contrat avec la FAO pour exécuter les activités de formation et de distribution des intrants dans la province du Bandundu.

    Mbwengele ajoute que les intrants offerts comprenaient 20 kilogrammes de semences de maïs, 60 kg de semences d’arachides, 60 kg de millet, huit houes, 40 sacs vides, des boutures de manioc, un vélo… pour l’agriculture. Et pour l’élevage, il y avait deux truies de race locale, 442 kg d’aliments pour les porcs, quatre agneaux, un lot de produits vétérinaires… Les démobilisés de la pêche avaient aussi reçu un kit de réinsertion.«Devenus acteurs du développement, ces démobilisés suivent la philosophie des gouvernements provincial et national qui valorisent l’agriculture déclarée priorité des priorités», souligne Léonie Ndundu, la ministre provinciale de l’Agriculture.

    Toutefois, Emilienne Mudingi, une paysanne de Kikwit, exprime une crainte: «Après tout, ce sont des militaires bien formés; tout peut arriver pendant qu’ils vivent avec le reste de la population».«Ces démobilisés sont bien disciplinés. Ils ne doivent pas poser des actes ignobles, sinon ils subiront la rigueur de la loi», ajoute le major Bernard Ngyombo, responsable de la communication à la première région militaire basée à Kikwit.

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